Martin vu par Mélanie

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, j’ai reçu en cadeau le livre Contacts, une bande dessinée créée par Mélanie Leclerc. La personne qui me l’a donné savait que pendant une dizaine de jours, j’avais côtoyé l’homme dont il est question dans cette histoire, le père de l’auteure et dessinatrice. Il a pour nom Martin Leclerc et pendant le plus clair de sa vie, il a participé au tournage de documentaires en tant que caméraman.

Ses images peuvent être vues dans des films de Pierre Perreault, l’un d’eux étant La bête lumineuse. Il figure également au générique du long métrage Le steak, réalisé par Pierre Falardeau et Manon Leriche, dans Rew. Ffwd de Denis Villeneuve, ainsi que dans les documentaires Mission arctique: Menaces sur le toit du monde et Le dernier continent, de Jean Lemire.

C’est juste avant la longue expédition menée par ce dernier, en Antarctique, que j’avais fait connaissance avec Martin Leclerc. Nous nous trouvions sur ce continent, plus précisément dans la péninsule antarctique, à l’invitation de l’organisation Students On Ice. Pendant les sorties en Zodiac avec les étudiants et les scientifiques qui les encadraient, Martin et Jean Lemire, de même qu’un preneur de son, utilisaient une autre embarcation pour faire du repérage en vue de leur retour à bord du Sedna IV.

Dans le livre, on découvre un personnage taciturne, habité par son métier. Comme un correspondant de guerre, soit il était loin de la maison, soit il pensait à sa prochaine mission. Néanmoins, un lien très fort s’est développé avec la petite Mélanie. Elle aussi a voulu filmer et photographier, en plus de dessiner. Entre deux plages de silence, on la voit progresser dans son art, autant que dans sa relation avec le paternel.

En Antarctique, j’ai constaté que derrière la réserve affichée par Martin Leclerc se cachait une âme vibrante. Il fallait juste attendre que ça lui tente de partager ses enthousiasmes, comme la fois où, revenant d’une sortie en Zodiac, il avait filmé un phoque léopard en train de liquider un manchot. La scène était dure, mais de la voir à travers la lunette de sa caméra, quelques minutes après l’événement, a constitué pour moi un souvenir impérissable.

Dans Contacts, j’ai revu cet homme un peu ours, mais chaleureux à sa manière, un homme animé par l’amour du travail bien fait, ce qui n’est pas si fréquent de nos jours. J’ai aussi aimé les dessins en noir et blanc de Mélanie Leclerc, ainsi que les photographies de son père regroupées à la fin du livre. Elles sont si belles qu’un de ces jours, il faudra les présenter chez nous, dans le contexte d’une exposition.