PHOTO DE LA UNE: Martin Petit croit que son collègue Guy Nantel contribuera positivement à la course à la direction du Parti québécois. Il estime que l’arène politique est accessible à tous, y compris les artistes.

Martin Petit, Guy Nantel et la politique

Martin Petit estime que la course à la direction du Parti québécois sera bonifiée par la participation de Guy Nantel, dont les intentions ont été confirmées le 13 février. L’humoriste sera en mesure de participer au débat de manière constructive, notamment lorsqu’il sera question du projet indépendantiste, a mentionné son collègue au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

«Ça fait longtemps qu’il s’intéresse à la politique et, gagne ou perd, Guy va enrichir la course en amenant ses idées. Je sais qu’il est bon pour parler de la souveraineté, une question que le PQ n’a pas su aborder depuis le dernier référendum. On va aussi découvrir ce qu’il a à dire sur les autres sujets. C’est un gars qui n’a pas peur de l’humour pour exprimer sa vision. Bien utilisé, cet outil peut être efficace», énonce Martin Petit.

Loin de dénigrer les politiciens, comme c’est devenu la mode, Martin Petit les admire en raison de leur engagement presque total. Lui préfère le rythme de vie propre à la carrière d’humoriste, laquelle lui permet de se retirer dans ses terres lorsque le coeur lui en dit.

Réactions positives

En attendant de connaître l’identité du prochain chef, il note avec satisfaction les réactions positives suscitées par la décision de Guy Nantel. Le fait que celui-ci gagne sa vie en effectuant des blagues n’a pas été retenu contre lui, en effet. Ce sera à l’humoriste de montrer de quoi il est capable dans l’exercice de ses nouvelles fonctions, sans égard à son parcours atypique.

«La politique, ce n’est pas une arène à laquelle tu ne devrais pas t’intéresser si t’es un artiste. C’est pourquoi je trouve ça le fun, ce que Guy va amener. Moi, par contre, je n’ai jamais pensé aller là-dedans parce que je tolère mal les dynamiques de groupe. Je suis un auteur, en même temps qu’un marcheur solitaire. Je vais dans le monde, puis je me retire dans mes terres», décrit Martin Petit.

Loin de dénigrer les personnes qui posent le geste de se présenter à des élections, il souligne leur engagement presque total envers la communauté. Ce don de soi qui, depuis quelques jours, balise la vie de Guy Nantel, l’humoriste en a été témoin à maintes occasions dans les dernières années, alors qu’il a multiplié les démarches afin de créer Le Grand Montréal Comique, un organisme sans but lucratif dont il assume la présidence.

«J’ai rencontré plusieurs responsables politiques en rapport avec ce projet, ce qui m’a permis de constater que des horaires de ministres, c’est des horaires de fous. Ils travaillent fort et sont toujours entourés par plein de monde. Ces gens ont toute mon admiration», assure Martin Petit dont le nouveau spectacle, intitulé Pyroman, fera escale le 27 février, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

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UN REGARD DIFFÉRENT SUR L'ACTUALITÉ

À défaut de s’engager en politique comme son collègue Guy Nantel, Martin Petit profite de la tribune que lui offre son nouveau spectacle, Pyroman, pour aborder des questions d’actualité. Le politiquement correct, l’environnement et l’éducation passent sous sa loupe qui, bien sûr, possède les attributs d’un miroir déformant. Trouver des angles originaux, parfois déstabilisants, a fait partie du plaisir au moment où l’humoriste rédigeait les textes de cette quatrième production.

«J’aime qu’un spectacle ait un effet ‘‘désangoissant’’, parce qu’on ne prend pas de bonnes décisions lorsqu’on panique. Si on reste dans la lucarne des médias, on finit par penser que la fin du monde approche», énonce-t-il en donnant l’exemple du réchauffement climatique. Le phénomène est bien réel, mais a-t-on la bonne manière de le rentrer dans le crâne des gens?

«Nous, les humains, je trouve que nous sommes habiles pour virer fous sur une question comme celle-là. Ça me fait penser à l’époque où on croyait qu’une guerre nucléaire était imminente», souligne Martin Petit. C’est sous cet angle, identifié à la suite d’une longue réflexion, que l’environnement a trouvé une niche dans Pyroman. Quant à l’éducation, elle se manifeste par le biais de l’abandon scolaire, en vertu d’un raisonnement qui, dans le contexte actuel, frôle la provocation.

«Je parle du décrochage sans le démoniser, alors que c’est peut-être le seul sujet qui fasse consensus au Québec. J’ai trouvé une porte pour entrer là-dedans en rappelant que plein de gens se sont réalisés hors du système d’éducation, une réalité sur laquelle on garde le silence. Je m’appuie également sur mon expérience en tant que parent. J’ai un enfant qui réussit à l’école, tandis que l’autre éprouve des difficultés», confie l’humoriste qui se produira le 27 février, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

La structure du spectacle lui permet d’accrocher plein de sous-thèmes à l’intérieur des grands chapitres, des éléments qui peuvent être enlevés, ajoutés, modifiés, au gré de ses humeurs et de l’actualité. C’est une liberté que n’autorisait pas son effort précédent, Micro de feu. Dans ce cas-ci, le concept était tissé tellement serré que la seule part d’improvisation - ou presque - résidait dans la longueur des applaudissements.

«J’ai aimé vivre cette expérience, mais cette fois, je ne veux pas figer le spectacle, fait observer Martin Petit. Mes blocs, mes «jokes», sont toujours en compétition. Ça bouge beaucoup, puisque chaque soir, il y a sept ou huit endroits où je peux introduire des nouveautés. C’est pour cette raison qu’avant d’entrer en scène, je dois être bien concentré.»

Lui-même reconnaît qu’il aurait pu passer son tour, puisque d’autres projets solliciteront son attention dans les prochaines années. Ne pas se produire devant public aurait toutefois constitué un trop grand renoncement. Après avoir travaillé pendant cinq ans sur sa série télévisée, laisser passer un autre cycle de tournée n’a jamais constitué une option. «Je savais que je reviendrais après Les pêcheurs, confirme l’humoriste. Après tout, c’est parce que j’aime la scène que je pratique ce métier depuis 30 ans.»

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LES PÊCHEURS: BIENTÔT AUX ÉTATS-UNIS ET PEUT-ÊTRE EN FRANCE

«La série n’a pas dit son dernier mot», laisse échapper Martin Petit.

L’humoriste parle évidemment de l’émission Les pêcheurs, qui a tenu l’antenne pendant cinq saisons à la télévision de Radio-Canada. Portée par des cotes d’écoute vigoureuses, cette production réunissant des artistes dans un contexte parfois stressant, plus souvent convivial, a constitué une aventure dont la résonnance ne cesse de l’étonner.

Elle a quitté les ondes au Québec, mais voici que d’autres moutures apparaissent, dont une qui sera diffusée à compter de la mi-mars sur Netflix. Six épisodes ont été mis en boîte, révèle Martin Petit. Pendant ce temps, il est question d’une version «made in France», preuve que le concept n’est pas arrivé au bout de sa vie utile. «Il y a des discussions à propos d’une adaptation dans ce pays», confirme le principal intéressé.

Déjà, il se comptait chanceux d’avoir connu du succès pendant cinq saisons, une période pendant laquelle sa vie a tourné autour des Pêcheurs. «C’est pour ça que j’ai dû retarder le début de mon nouveau spectacle, en raison de la charge de travail qu’impose une série télévisée. En incluant l’écriture et le tournage, ça représentait un engagement étalé sur 12 mois, avec deux semaines de vacances à Noël», rapporte l’humoriste.

Loin de se plaindre de son sort, il affirme que ce marathon de création lui a appris beaucoup de choses, notamment en ce qui touche la scénarisation. C’est ce qui lui donne le goût de pousser le bouchon plus loin dans cette direction. Des propositions ont été soumises, tant pour le petit que pour le grand écran. Dans un avenir rapproché, certaines d’entre elles le ramèneront devant son ordi.

«Il y a des offres sur la table, ainsi que de bonnes idées, mais il faudra que je trouve le temps de les concrétiser pendant que je donnerai des spectacles dans le cadre de la tournée Pyroman. Pour bien faire, dans un an, il faudrait que j’aie écrit le scénario d’un long métrage, en plus de développer la base d’une série télévisée», laisse entrevoir Martin Petit.