Martin Matte a savamment écorché notre quotidien, hier soir, à La Baie.

Martin Matte, maître du malaise

Fracassant la glace mardi pour une série de trois spectacles au Théâtre du Palais municipal de La Baie, l’humoriste Martin Matte a séduit un public déjà gagné d’avance qui s’était déplacé en grand nombre pour assister à sa troisième mouture, Eh la la.

Le populaire et charismatique farceur a immédiatement tissé des liens avec la salle, soulignant son premier passage dans l’arrondissement baieriverain et clamant avoir déjà connu le tiers du patelin lors de son souper en ville, quelques heures auparavant. Il faut dire que l’ambiance était déjà bon enfant à la suite du passage, en première partie, de Daniel Grenier, que quelques-uns avaient connu dans le défunt trio Les Chick n’ swell. Les minces dix minutes qui lui furent accordées portèrent brillamment leurs fruits, entre absurde, non-dit efficace et utilisation d’accessoires tournant efficacement au dérisoire. Quelques gags surréalistes touchèrent leur cible : notamment lorsque Grenier, au crâne dégarni comme Matte, mentionna que la soirée allait compter autant de chauves que d’humoristes. Le bal était lancé.

C’est dans un décor assez épuré que l’auteur des Beaux malaises a débuté son stand up, parodiant la scène cocasse du mariage de son père malade, laquelle allait rapidement se transformer en funérailles inattendues. 

Se tenant constamment de façon très habile entre le drôle, le fatalisme et la réflexion, Matte a fait référence à plusieurs reprises à sa famille, dont son frère traumatisé crânien et son manque d’inhibition causant surprise et hilarité. À la fois sa sœur (depuis 30 ans en thérapie, selon ses dires) et sa tante aux comportements déplacés furent caricaturées, causant l’esclaffement, cependant toujours dans un respect bien senti. Si l’auteur (qui s’est entouré du scripteur François Avard pour l’écriture du spectacle) verse parfois dans la vulgarité, sa parfaite maîtrise du malaise l’empêche de sombrer dans le mauvais goût.

Écorcher avec style 

La construction du one man show se révèle en tous points habile, particulièrement en ce qui a trait au cadre anecdotique dans lequel évolue l’humoriste : les reprises sont efficaces et maintiennent le spectateur aux aguets, alors que certaines ellipses tiennent tricotés serrés les segments du show. D’un aveu du plaisir d’être voyeur à une dissection désopilante du réseau social (Facebook) qui en mène large dans nos vies, les thématiques sont pertinentes et montrent le savoir-faire de Matte, décapant à la fois dans le tragique et la critique de notre quotidien.

Pince-sans-rire, touchant, mais acerbe, Martin Matte surfe avec aisance tout au long de sa prestation. Il demeure possible de passer cet excellent moment en sa compagnie, quelques billets ayant été libérés pour les représentations à venir.