Nicolas de la Sablonnière (à gauche) invite les gens à assister à la première du documentaire Planète Bol, le 7 juin, à 20 h, à la salle François-Brassard de Jonquière. Il porte sur le peintre et musicien Martin Bolduc (ci-haut), dont l’esprit singulier, qui irrigue autant ses créations que sa manière d’être, est demeuré trop longtemps sous le boisseau.

Martin Bolduc vu par son ami Nicolas

Pour une quatrième fois, Nicolas de la Sablonnière présente un documentaire mettant en relief le travail d’un artiste du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Cette séquence a été amorcée en 2013 par le film Colonel Merzen, un portrait du sculpteur Martin Thivierge. Ont suivi des longs métrages consacrés à Hervé Leclerc (Époque 1916) et à Thomas Meloche (Tomahawk), une filiation dans laquelle s’inscrit le dernier-né, Planète Bol.

La première aura lieu le 7 juin, à 20 h, à la salle François-Brassard de Jonquière. Ceux qui feront acte de présence – le réalisateur souhaite qu’ils soient nombreux – découvriront un homme doté d’un charisme étonnant, compte tenu de sa propension à fuir les réflecteurs. Peintre et musicien au sein du groupe Grand Manitou, Martin Bolduc pratique également le métier d’exterminateur.

« Dans le film, Martin raconte qu’il possède deux personnalités, comme artiste et à la job, entre la réalité imaginaire et la réalité tangible. Je le montre au travail et aussi dans le cadre de sa démarche créative. On découvre ses idées, son côté un peu extraterrestre. Il a une zone à lui, des concepts à lui », a mentionné le cinéaste au cours d’une entrevue accordée au Quotidien.

Pourquoi a-t-il passé deux ans sur ce projet mené à compte d’auteur, sans nulle perspective de rentabilité ? Nicolas de la Sablonnière évoque son désir de porter la parole d’un artiste singulier, un gars né à Shipshaw et qui y vit toujours, un libre penseur qu’il connaît depuis que celui-ci a joué dans l’un de ses premiers films, une fiction tournée à l’époque où tous deux fréquentaient l’École polyvalente Jonquière.

« C’est un type méconnu que plusieurs n’ont pas pris au sérieux, notamment parce qu’il est à côté de la track traditionnelle du milieu universitaire à propos de ce qui doit être considéré comme de l’art. Un professeur dira que James Cameron (le réalisateur de Titanic) n’est pas un grand artiste parce qu’il fait du cinéma populaire, par exemple, alors que Martin s’en nourrit au même titre qu’il le fait avec Mozart, Einstein, Nirvana, la métaphysique, la fin du monde et la Cabbale », fait observer l’Arvidien.

Il a donné la parole à son camarade et l’accompagne au fil d’une démarche qui se révèle à la fois personnelle et artistique. Va-t-il céder à l’envie de sortir de son terrier pour aller à la rencontre de gens ? Cet homme qui laisse dormir ses tableaux chez lui, faute de leur trouver une place dans l’espace public, osera-t-il présenter ses compositions à d’autres personnes que les membres de Grand Manitou ? « Il y a une progression dans le film », laisse entrevoir Nicolas de la Sablonnière, aussi connu sous le nom de Delasablo.

Lui-même a vu dans ce projet l’occasion de travailler sur la forme. Le montage est plus serré, plus punché que dans les documentaires précédents. On sent le plaisir que lui ont procuré ses rencontres avec Martin Bolduc et peut-être, de manière souterraine, son désir féroce d’exister en tant que réalisateur, loin des cadres officiels. Entre marginaux, on se comprend.

« Dans le monde culturel, plein de gens sont mis de l’avant, même si ça ne vaut pas de la marde, alors qu’autour de moi, il y a des pépites sur qui personne ne jette de lumière. J’ai une caméra, par contre, et je suis mon propre pays. Je peux agir souverainement afin de les mettre en évidence. Même si je suis un os... de pauvre, je n’ai pas besoin de la SODEQ (Société de développement des entreprises culturelles) ou de Téléfilm », proclame Nicolas de la Sablonnière, dont le prochain documentaire portera sur le peintre Daniel T. Tremblay. La sortie est prévue pour 2020.