Ces magnifiques images témoignent du talent de Mario Roy, un spécialiste des tournages en eaux froides qui donnera une conférence le 24 mars, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Mario Cyr, le caméraman devenu conférencier

Tout a commencé aux Îles-de-la-Madeleine, comme bien des choses dans la vie de Mario Cyr. Propriétaire d’un bistrot là-bas, il avait pris l’habitude de donner des conférences centrées sur sa carrière de caméraman. C’était toujours plein, quelque chose comme une quarantaine de personnes, attirées par ses images captées principalement dans l’Arctique et l’Antarctique. Un jour, Julie Snyder assiste à l’une des représentations, et cette activité qu’on pourrait qualifier d’artisanale a pris un tour différent.

« Elle est venue sept ou huit fois et m’a proposé de monter une tournée appuyée par les Productions J. Les tâches que je ne suis pas à l’aise de faire – trouver des salles et des dates –, c’est son équipe qui s’en occupe », a raconté le grand bonhomme il y a quelques jours, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. 

Depuis quelques mois, il sillonne donc le Québec, et pour une fois, c’est lui qu’on regarde, pas juste les ours blancs, les phoques et les baleines caressés par son objectif. C’est ainsi que le 24 mars, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, on pourra découvrir une sélection de ses plus belles images.

« Je présente une centaine de photographies et une dizaine de bouts de films. Plusieurs proviennent de l’Arctique, où j’ai vu des ours polaires et des morses, entre autres. Je livre des anecdotes tirées de mes voyages et je dis que je fais le plus beau métier du monde. En plus de voir les animaux de près, j’ai appris beaucoup de choses sur eux en côtoyant les scientifiques. J’en sais davantage à propos de leur intelligence, de leur longévité, de la façon dont ils se nourrissent », indique Mario Cyr.

Lui qui approche de la soixantaine a connu toutes les mutations technologiques propres au cinéma. À force de travailler pour des organisations comme Disney, IMAX, la BBC, le Discovery Channel et le National Geographic, ainsi que le commandant Cousteau, il a troqué la caméra Super 8 pour la haute définition (HD) et le 4K. Bientôt le 6K et le 8K, s’il faut se fier aux nouvelles pratiques introduites au Japon. 

Cela signifie que les gens comme lui doivent constamment retourner sur les lieux du crime, puisque les anciennes images sont jugées obsolètes.

« L’avènement de la haute définition dans les années 2000 a constitué une révolution, une avancée extraordinaire. Aujourd’hui, par contre, on peut agrandir une image, l’allonger sur 100 pieds en ayant la certitude qu’elle restera belle. Les caméras sont plus compactes, aussi, tout en étant plus légères », s’émerveille le spécialiste de la plongée en eaux froides. Elles atteignent un tel degré de sophistication qu’on lui demande de plus en plus de faire du ralenti. C’est ainsi que des événements comme l’attaque d’un animal par un prédateur deviennent plus compréhensibles que si on les voyait se déployer en temps réel.

La demande demeure donc vigoureuse, tandis que les conditions sur le terrain sont de plus en plus imprévisibles en raison des changements climatiques. Prenez les phoques dans le golfe du Saint-Laurent. Faute de glace, il n’a pas été possible de les photographier au cours des deux dernières années. « Il n’y a plus de dates qui tiennent, confirme Mario Cyr. En novembre, je devais filmer les orques en Norvège et je suis resté en ‘‘stand-by’’ jusqu’au moment où il a fallu renoncer parce qu’elles étaient arrivées trop tard. Or, ces voyages coûtent cher à organiser. Les animaux s’adaptent au climat, mais pas nous. »

Ses conférences font écho à ces réalités, tout en ménageant une place aux informations de fraîche date. Regroupées entre les tournages, elles connaissent un succès que le principal intéressé n’avait pas anticipé. « Dans les trois premières villes où je suis passé, il y a eu des supplémentaires, et je sais que la tournée va se poursuivre l’automne prochain », lance-t-il avec un brin de fierté dans la voix.

Mario Cyr profite de ses conférences pour partager son amour de la nature, ainsi que les images qui ont balisé sa carrière de caméraman au service 
d’organisations telles que la BBC, le National Geographic et Disney.

Un rêve: tourner dans le Saguenay en 2019

Mario Cyr a filmé partout sur la planète, mais rarement dans la rivière Saguenay. Premier à reconnaître que cette expérience lui laisse un goût d’inachevé, le spécialiste des tournages en eaux froides souhaite créer un documentaire qui engloberait le fjord, de même que le golfe du Saint-Laurent.

«Je cogite là-dessus. Ce serait le fun de prendre une année pour réaliser ce projet, qui serait mon premier en tant que producteur. L’été prochain, ce ne sera pas possible, mais en 2019, je n’ai rien de précis à mon agenda. J’aurais donc l’occasion de travailler chez nous», laisse entrevoir le caméraman originaire des Îles-de-la-Madeleine.

Espace unique

Ses brèves incursions dans le Saguenay constituent une puissante source de motivation. Cet homme, pour qui l’Arctique et l’Antarctique représentent des régions familières, garde le souvenir d’un espace unique qui mériterait d’être exploré davantage. «C’est extraordinaire, ce qu’on peut voir dans le fjord, note Mario Cyr. Il s’agit d’un système en soi, le genre de lieu où j’ai le goût de travailler plus souvent.»

À ce propos, il rappelle que dans les profondeurs du Saguenay, l’eau est très sombre. Or, l’équipement dont disposent les cinéastes a beaucoup évolué depuis le passage du commandant Cousteau en 1980. «Pour obtenir de belles images, il faut apporter des lumières, et justement, celles qui existent de nos jours sont beaucoup plus puissantes. Et c’est la même chose pour les capteurs intégrés aux caméras», mentionne le plongeur.

Ce qu’on ne sait pas

Une autre raison de monter une expédition tient, selon lui, à ce qu’on ne sait pas du Saguenay. «Je suis sûr qu’il y a plein d’espèces que nous ne connaissons pas. La rivière est si profonde et le territoire tellement vaste», énonce Mario Cyr qui, à 58 ans, ne voit pas venir le moment où il lèvera le pied. Il y a encore tant de choses à voir et surtout à montrer. Daniel Côté