Marie Vien, la femme derrière le film

Le ton du film 14 jours 12 nuits est si personnel qu’on est tenté de croire que l’histoire racontée par le réalisateur Jean-Philippe Duval est celle de la scénariste Marie Vien. La réalité est plus diffuse, cependant. Ce n’est pas elle qu’incarne la comédienne Anne Dorval, cette femme qui, après le décès de sa fille originaire du Vietnam, ressent le besoin de partager son deuil avec la mère biologique. Néanmoins, ce que vit ce personnage ne lui est pas étranger.

« J’ai deux filles qui ont été adoptées, l’une en Chine et l’autre au Vietnam. C’est une chose qui est devenue fréquente au Québec, mais les enfants issus de l’adoption internationale ne sont pas nés dans une feuille de chou », a rappelé Marie Vien au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien. C’est ainsi qu’elle a visité la Chine avec son aînée, lorsque celle-ci a atteint l’âge de 18 ans. Dans son esprit, il s’agissait d’un pèlerinage, le début d’un nouveau chapitre.

Plus tard, la scénariste a demandé à ses filles la permission de produire un scénario décrivant la rencontre de deux mères comme celles qu’on voit dans 14 jours 12 nuits. Pour comprendre le sens de cette démarche, il faut savoir que cette rencontre passait par la mort de l’enfant constituant le trait d’union entre leur destinée. « Il était nécessaire que ces deux femmes se trouvent dans la même réalité », affirme-t-elle.

Comme ce fut le cas pendant la gestation de La passion d’Augustine, Marie Vien a fouillé son sujet avec un zèle de croisé avant de rédiger le scénario. Il fallait maîtriser l’histoire complexe du Vietnam, colonisé par la France avant de devenir, du point de vue du gouvernement américain, un enjeu vital dans sa lutte contre l’expansionnisme soviétique.

On connaît le résultat. Cette nation a été le théâtre de deux guerres à l’intérieur d’une fenêtre de 25 ans, des guerres particulièrement féroces, vicieuses, comme l’a illustré l’usage du napalm par les États-Unis. Puis, il y a eu la paix à compter de 1975. Puis, la fin de l’embargo imposé par Washington, en 1990. « C’est à partir de ce moment que le pays s’est ouvert au monde et que l’adoption internationale a commencé », fait observer la scénariste.

La ligne du temps

Pour structurer l’histoire de 14 jours 12 nuits, Marie Vien a d’abord établi une ligne du temps. Il fallait s’appuyer sur les faits historiques pour tisser une trame cohérente, à l’intérieur de laquelle chaque personnage allait trouver sa vérité. L’un de ces ancrages fut le bombardement américain qui a lourdement endommagé Hanoi, la capitale du Nord-Vietnam, en 1972.

« Thuy, la mère biologique, est née juste avant cet événement qui a coûté la vie à ses parents. Elle a donc été élevée par sa grand-mère qui, même si elle considérait les étrangers comme des barbares, lui a transmis son amour de la langue française. Quant à son grand-oncle, professeur aux beaux-arts, il lui a communiqué l’amour de la peinture », décrit la scénariste.

Quant à l’enfant prénommée Clara, celle qui a abouti au Québec, elle a été enlevée à sa mère biologique dans les heures qui ont suivi sa naissance. On comprendra que le père, originaire de la France, ne trouvait pas grâce aux yeux de la grand-mère. Il en résultera un conflit non résolu avec Thuy, jusqu’au moment où Isabelle Brodeur, le personnage incarné avec tant de sensibilité par Anne Dorval, met le pied dans l’agence de voyages où la Vietnamienne exerce le métier de guide.

Pourquoi Isabelle Brodeur va-t-elle au Vietnam après le décès accidentel de Clara ? « Parce que c’est le seul endroit où cette femme tourmentée pourra retrouver sa fille, par l’entremise de sa mère biologique », répond Marie Vien.

Dès lors, le film devient un pas de deux tragique, où l’une des partenaires sait qu’elle brisera le coeur de l’autre en essayant de réparer le sien. Tout en se moulant à la ligne de temps évoquée plus tôt, l’auteure saisit l’occasion d’explorer l’âme des personnages.

« Chacun porte sa vérité, son humanité et son bagage de souffrance, mais ce fut complexe d’écrire pour ces deux femmes. J’ai dû noter tous les silences, décrire leurs regards », indique Marie Vien, qui ne tarit pas d’éloges à l’endroit d’Anne Dorval et Leanna Chea, celle qui prête ses traits à Thuy Nguyen, de même qu’au réalisateur Jean-Philippe Duval.

« Le tournage au Vietnam a été intense, mais l’âme du scénario est là », se réjouit la scénariste, dont le long métrage est projeté depuis vendredi dans les cinémas du Québec.

Marie Vien raconte que l’écriture du scénario de 14 jours 12 nuits a constitué un vaste chantier. Il a fallu arrimer l’histoire des deux protagonistes, une mère biologique originaire du Vietnam et une mère adoptive vivant au Québec, au contexte historique dans lequel elle s’est déployée.