Marie-Nicole Lemieux donnera un récital fait sur mesure pour son public de la région, le 29 mars. La contralto, qui se produira à Alma, chantera des airs faisant écho aux heureux événements qui ont balisé son année 2017.

Marie-Nicole Lemieux chantera devant les siens

Le récital que Marie-Nicole Lemieux donnera le 29 mars, à la Salle Michel-Côté d’Alma, possédera un caractère unique. Puisqu’il marque son retour à la maison, devant son premier public, la contralto a eu l’idée de présenter des pièces évoquant les bonnes choses qui lui sont arrivées en 2017, l’une des années les plus gratifiantes d’une carrière qui n’en manque pas.

« J’ai monté un programme pour le monde de chez nous en ayant une pensée particulière pour mes parents. J’ai fait des choses importantes l’année dernière, dont trois prises de rôles et des tournées en Europe. J’ai été tellement occupée que je n’ai pas pu venir au Lac-Saint-Jean aussi souvent que d’habitude », a souligné l’interprète il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

La pièce de résistance du récital sera le cycle de Berlioz intitulé Les nuits d’été. Elle l’a chanté pendant la tournée européenne de l’Orchestre Métropolitain, dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Comprenant six mélodies, il dure 30 minutes et fera l’objet d’un enregistrement dans les prochains mois, annonce Marie-Nicole Lemieux, qui s’y glissera en compagnie du pianiste François Zeitouni.

« J’ai aussi donné des récitals où je livrais des textes de Goethe, le symbole du romantisme. Je ferai donc quatre lieder de Schubert, Schumann et Wolf, des oeuvres que je reprendrai le 15 mai, à Wiesbaden. Elle ajoute en passant qu’un autre poète, Baudelaire, constituera le point d’appui d’une tournée québécoise qui devrait se matérialiser en 2019. Elle chantera, tandis que le comédien Raymond Cloutier récitera quelques textes, une formule testée avec succès au Domaine Forget.

Carmen, Roselinda et les autres

Le rendez-vous du 29 mars permettra aux mélomanes de découvrir l’autre facette de la vie de Marie-Nicole Lemieux, les rôles tenus à l’opéra. Si elle fera l’impasse sur sa participation aux Troyennes, l’oeuvre de Berlioz où, pour la première fois, elle a prêté sa voix à Cassandre, ils auront droit à un petit bout de Carmen et de Roselinda, des opéras de Bizet et Haendel.

Sa Carmen a fait un triomphe à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées. L’opéra a été présenté sans décors, le temps de deux soirées qui furent particulièrement émotives. « Puisque je suis connue là-bas, les gens m’attendaient en raison des dialogues que comporte cette oeuvre. Je les voyais venir sur la question de mon accent, mais la réaction a été fantastique. À la fin, ça pleurait dans la salle », relate la contralto.

Il était tout aussi approprié de faire écho à l’album Si, Si, Si, Si ! consacré à Rossini, tandis qu’un extrait de l’opéra Mignon, une pièce intitulée Connais-tu le pays ? , sera offerte pour une raison qui n’est pas liée aux événements ayant marqué la dernière année. « C’est l’un des airs préférés de ma mère », confie Marie-Nicole Lemieux.

Revenant sur les trois prises de rôles, un nombre exceptionnel dans le contexte d’une carrière comme la sienne, elle met en relief la somme d’efforts que cela nécessite. 

« C’est énorme. Il faut les apprendre et comme la voix est un muscle, elle doit s’adapter à chaque oeuvre, ce qui constitue l’équivalent de jouer sur différentes surfaces au tennis », explique la Jeannoise.

Elle se réjouit à l’idée que de tels défis lui seront épargnés en 2018 et souhaite que le programme défendu à Alma satisfera les amants de l’art lyrique. « J’espère que le public sera content. On me voit souvent faire la fofolle dans les médias, mais on ne m’entend pas souvent chanter. Comme je ne sais pas à quel moment je pourrai revenir, c’est le temps de venir me voir », lance Marie-Nicole Lemieux d’un ton enjoué.

Marie-Nicole Lemieux telle qu’elle apparaîtra au Metropolitan Opera en 2019, dans l’opéra Falstaff. Elle y assume le rôle de Ms. Quickly, qui lui va comme un gant.

Une première visite au Met en 2019

Pour la plupart des chanteurs, la première incursion sur la scène du Metropolitan Opera constitue une grosse affaire. Certains y voient même une forme de couronnement, l’aboutissement des efforts consentis pendant des années dans le but d’affiner leur talent. Ce n’est pas le cas de Marie-Nicole Lemieux, cependant.

Elle qui a fait résonner sa voix de contralto dans les grandes salles d’Europe, de l’opéra de Vienne à la Scala de Milan, en passant par le Capitole de Toulouse et l’Opéra national de Paris, ne s’est pas encore produit dans l’enceinte la plus prestigieuse de New York. Ses débuts auront lieu en 2019, alors que deux oeuvres solliciteront son concours.

La Jeannnoise incarnera Geneviève dans Pelleas et Mélisande de Debussy, ainsi qu’un personnage qui est devenu une sorte de signature, celui de Ms. Quickly dans le Falstaff de Verdi. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une mise en scène qu’elle a créée à Covent Garden, après s’être fait les dents sur ce rôle au Festival de Glyndebourne.

Quand on lui demande ce que représente pour elle cette première présence à New York, Marie-Nicole Lemieux répond d’un ton légèrement fataliste : « Il manquait juste le Met. » Vient ensuite l’explication, le facteur souterrain qui a longtemps repoussé ce rendez-vous. « Les endroits que je ne connais pas, je n’aime pas ça », confie-t-elle.

L’une des questions qui la taraudent tient à l’acoustique de la salle, plus spécifiquement la manière dont elle accueillera sa voix. « Le Met, c’est gros, bien plus que Covent Garden où il est possible d’avoir de la subtilité au plan musical. C’était d’ailleurs mon plus grand rêve que de chanter à cet endroit et d’être réinvitée. Ça fait trois fois que je travaille dans ce théâtre à l’acoustique remarquable », indique la contralto.

Elle apprécie également la tradition qui imprègne ce temple de la vie culturelle londonienne, au même titre que celle qui fait de chaque événement présenté à l’Opéra de Vienne l’équivalent d’une cérémonie païenne. « J’y retournerai en 2020 pour assumer deux rôles. L’orchestre joue fort, mais là aussi, le public est averti », souligne Marie-Nicole Lemieux.