Marie-Ève Munger estime que les artistes sont mieux protégés en France qu’au Canada, dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
Marie-Ève Munger estime que les artistes sont mieux protégés en France qu’au Canada, dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Marie-Ève Munger s’inquiète pour les artistes d'ici

Vivant en France depuis trois ans, Marie-Ève Munger est bien placée pour comparer la situation des artistes dans ce pays, comparativement à celle des Canadiens. Confrontés à un cataclysme comme la présente pandémie, ceux de l’Hexagone sont mieux protégés, constate la soprano.

« J’ai de la sympathie pour mes collègues du Canada. Le jour où la prestation d’urgence va prendre fin, ils n’auront rien, alors qu’ici, on a droit à l’intermittence, qui est une sorte d’assurance-chômage, a-t-elle énoncé au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Ce système est bien organisé. Il devrait exister partout, notamment pour les artistes. »

Il s’agit d’un précieux parachute pour la chanteuse, qui a perdu la moitié de ses contrats pour l’année 2020. Le seul promoteur qui lui a quand même versé son cachet – comme à tous les artistes – fut le 12 Nights Festival de New York, un événement tenu à la Trinity Church de Wall Street. Elle devait s’y produire ces jours-ci, à la faveur d’un programme Handel.

L’ironie est que ce printemps, Marie-Ève Munger prévoyait effectuer un séjour de trois mois en Amérique du Nord. Plusieurs rendez-vous avaient été fixés, dont un à l’Opéra de Québec. Elle devait incarner le personnage de Rosalinde dans l’opérette La chauve-souris, de Johann Strauss. Une prise de rôle pour un premier rôle.

« C’est pour une voix qui prend une certaine ampleur. Même si j’ai l’impression d’avoir avancé en le travaillant chez moi, je suis triste à l’idée de ne pas assumer ce rôle sur la scène. J’espère que j’aurai la chance de revenir le faire », raconte la soprano, qui a aussi renoncé à sa participation à un concert produit par l’Opéra de Québec, lui aussi disparu de l’agenda.

Un autre programme qui la réjouissait à l’avance était prévu le 6 juin, à Montréal. Il comprenait le Gloria de Handel, ainsi que le Stabat Mater de Vivaldi et celui de Pergolese. « Je devais retrouver mon amie Ariane Girard », précise Marie-Ève Munger.

C’est remis au printemps 2021, tout comme son récital à la chapelle Saint-Cyriac et le gala de l’Ordre du Bleuet, où on lui rendra hommage.

L’ironie évoquée plus tôt réside dans le fait qu’en France, les contrats, même annulés, ne disparaissent pas en fumée. « Ce qui est différent, là-bas, c’est qu’on va payer 70 % des cachets lorsqu’un spectacle n’a pas été présenté », confirme la chanteuse.

Or, c’est de ce côté-ci de l’Atlantique qu’elle était attendue, pas dans la patrie de Bizet.

Revenant sur le sort de ses camarades canadiens, Marie-Ève Munger s’interroge sur ce qui se produira l’hiver prochain, quand on voudra enfin les embaucher. « Ce serait bien qu’il reste des artistes. Il ne faudrait pas qu’ils soient passés à autre chose. Le problème est que ç’a coupé sec pour eux et qu’ils ne savent pas s’ils auront de l’aide jusque-là », déplore-t-elle.

Retour à la terre

Sur une note plus légère, la chanteuse révèle qu’une nouvelle activité fait du bien à son moral, depuis la mi-mars. Vivant avec son conjoint et son enfant dans une maison située entre les villes de Nantes et de La Rochelle, elle est passée de la culture à l’agriculture, pourrait-on affirmer en exagérant à peine.

« C’était l’environnement idéal pour le confinement. Il y avait une vieille serre que j’ai réparée. J’ai aussi enrichi la terre et semé du maïs, des citrouilles, beaucoup de plants de tomates, des fines herbes, des fleurs et bien d’autres choses. Ça m’a aidée à garder la tête ensemble. C’est devenu ma planche de salut pour ne pas tomber dans la torpeur », confie Marie-Ève Munger.

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DEUX PROJETS POUR RENOUER AVEC LE PUBLIC

« J’ai envie d’être comédienne, de trouver une liberté là-dedans », mentionne Marie-Ève Munger, afin d’illustrer à quel point ça lui manque, chanter devant de vrais spectateurs. Privée de ce plaisir depuis plus de trois mois, la soprano ne peut qu’espérer que les projets ayant survécu à la pandémie finiront par se concrétiser. Il y en a de très beaux, en effet, dont un qui pourrait la ramener sur les planches avant la fin de l’année.

Il est porté par Les Frivolités Parisiennes, une compagnie d’opéra spécialisée dans le répertoire lyrique des 19e et 20e siècles. Le programme comprendra des airs de Reynaldo Hahn et Rossini, ainsi que de la musique espagnole, clin d’oeil au personnage historique au coeur de cette production. Il s’agit de la princesse Eugénie, l’épouse de Napoléon III. Née à Grenade, elle fut impératrice de France de 1853 à 1870.

« Nous serons quatre solistes avec un orchestre. Des représentations seront données à Vichy, de même qu’à Compiègne, tandis que les répétitions se dérouleront à Paris, précise Marie-Ève Munger. Comme c’est une petite structure, il y a plus de chances que ça fonctionne qu’avec les grandes maisons, comme l’Opéra de Paris et le Metropolitan Opera, où tout est annulé jusqu’en janvier. »

En 2021, par ailleurs, l’un des projets qui l’enthousiasment le plus se concrétisera au Québec. Il consiste en un programme centré sur des compositions de Mozart écrites entre l’âge de 10 et 16 ans. Un concert et un album figurent dans les plans, autant d’occasions pour la Saguenéenne de se faire plaisir.

« Ce n’est pas mon répertoire. Je suis davantage dans le bel canto et les romantiques, mais à l’occasion de ce projet magnifique, je travaillerai sur des bijoux. Même tôt dans sa vie, Mozart affichait une maturité incroyable. La musique transcende la jeunesse et c’est d’une virtuosité ! On retrouve les couleurs de L’Enlèvement au sérail », s’émerveille la soprano.

Le fait qu’un album pourrait immortaliser ce tête-à-tête avec l’Autrichien lui sourit, sans toutefois procurer des sensations comparables à la rencontre avec le public. « C’est agréable de graver des interprétations. Ça me manque, mais je suis vraiment une fille de scène. C’est là que je suis le plus heureuse. Il y a une magie, une communication différente. Comme on chante sans micro, la voix donne sa pleine mesure », fait valoir Marie-Ève Munger.