C’est une Marie-Ève Munger en état de grâce, manifestement heureuse de chanter aux côtés des Violons du Roy, qui s’est pointée à la cathédrale de Chicoutimi, dimanche après-midi. — photo le quotidien, rocket lavoie

Marie-Ève Munger envoûte la cathédrale

La cathédrale de Chicoutimi accueillait de la belle visite, dimanche après-midi. Les Violons du Roy étaient de retour dans la région après une absence de deux ans, tandis que la soprano colorature originaire de Jonquière Marie-Ève Munger se joignait à eux pour la première fois de sa carrière. Elle qui venait de triompher aux côtés du Chicago Lyric Opera se trouvait dans d’excellentes dispositions, à l’occasion du concert de Noël tenu au profit de la fabrique Saint-François-Xavier.

Tous les bancs étaient occupés pour la circonstance, une performance aux guichets qui a dépassé les attentes du comité organisateur présidé par Marc-André Bédard. Celui-ci était rayonnant, à la fois heureux et reconnaissant au moment de s’adresser aux 1300 personnes qui débordaient jusqu’au jubé. 

« Je peux vous dire que la cathédrale pleine, c’est impressionnant. On me dit que les gens sont un peu tassés. C’est une sensation plutôt rare de nos jours », a-t-il lancé en affichant un large sourire.

Associé à cet événement depuis plusieurs années, le Choeur Euphonie a amorcé le programme en interprétant quatre chansons associées au temps des Fêtes. Dirigés par Micheline Hamel et accompagnés par Gervaise Tremblay au piano, ses 70 membres ont été particulièrement alertes dans Le Noël des petits santons, une pièce au rythme changeant. On notera également la participation d’une toute petite fille dans Les enfants oubliés, où les voix des hommes et des femmes se sont superposées avec élégance.

Parlant des enfants, il faut signaler la participation surprise d’un musicien âgé de 10 ans, l’organiste Étienne Savard. Si petit que ses pieds n’atteignent sans doute pas les pédales du Casavant de la cathédrale, il a ouvert le concert en s’attaquant à une composition de Bach, rien de moins. Quand la foule l’a applaudi, il était touchant de le voir saluer de la tribune, sans doute pas pour la dernière fois.

Une fois de plus, le Choeur Euphonie a participé au concert de Noël de la cathédrale, un événement dont les profits aident à financer les activités de la fabrique Saint-François-Xavier.

Un Gloria glorieux

Dirigés par Mathieu Lussier, Les Violons du Roy avaient concocté un programme attrayant, accessible à tous, afin de célébrer Noël à Chicoutimi. Ils se sont lancés en reprenant des airs traditionnels provenant du répertoire de Michel-Richard de Lalande, dont Où s’en vont ces gays bergers ? , aussi connu sous le nom de Ça, bergers. « C’est un privilège de faire partie de ce concert, qui est à l’image de notre formation, puisque nous ferons des Noël baroques », a énoncé le maestro.

C’est à ce moment que Marie-Ève Munger est apparue, chantant d’une voix ample, parfaitement maîtrisée, un extrait d’une cantate de Bach. C’était impressionnant, mais les mélomanes ne perdaient rien pour attendre. L’œuvre suivante, le Gloria de Handel, allait constituer le moment le plus mémorable du concert, au point de provoquer une ovation debout qui était amplement justifiée.

« Il s’agit d’une pièce redécouverte il y a 15 ans, dans une bibliothèque de Londres. Elle est excitante et je suis heureuse de la faire avec Mathieu et Les Violons du Roy », a confié la Saguenéenne. C’est dans le sixième et dernier air, Quoniam Tu Solus, que la soprano a pris possession de la cathédrale, du public, de Handel et de sa partition si piégeuse.

Dès les premières notes, le rythme fut enlevé, le débit tellement rapide qu’on aurait dit un feu d’artifice. Or, malgré la complexité de l’œuvre, malgré les innombrables déclinaisons du mot « amen », truffées de variations nécessitant des moyens techniques supérieurs, Marie-Ève Munger se trouvait en état de grâce. Elle parvenait à sourire entre deux notes, affichait un plaisir tel qu’il s’est communiqué à toute l’assistance, soufflée par tant de virtuosité. 

Mathieu Lussier a pris acte de cette performance glorieuse, une fois que les applaudissements, les cris et les sifflets ont fini par s’éteindre. « On ne peut pas aller plus haut », a-t-il reconnu. Les Violons ont calmé le jeu avec deux extraits du Messie composé par le même Handel. Ils ont notamment offert une Ouverture exécutée sur les chapeaux de roues, mettant en relief la vigueur des cordes.

Marie-Ève Munger a complété cette jolie séquence en interprétant Rejoice Greatly avec tellement d’allant que les pages de sa partition semblaient voler quand venait le temps de les tourner. La joie qu’évoque le titre était manifestement partagée par les musiciens, qui ont ouvert la seconde partie du concert avec des œuvres de Charpentier et de Colin de Blamont.

Le chant a repris ses droits lorsque la soprano, appuyée uniquement par les cordes, a proposé une version pleine d’intériorité de la pièce intitulée Le sommeil de l’Enfant Jésus. Grâce aux éclairages concoctés par le metteur en scène Louis Wauthier, une lumière rose a alors enveloppé la cathédrale, ce qui faisait écho à la ferveur que laissait filtrer l’interprétation. Tout doucement, un sentiment de félicité s’est installé dans l’église, une impression renforcée par Sainte Nuit. Pendant que le chœur baignait dans le bleu, Marie-Ève Munger a créé une douce illusion, laissant croire que par la magie d’une chanson, ce monde troublé pourrait trouver la paix et l’harmonie.