Sur cette image, on voit les danseurs évoluer devant des dessins créés par Henri Michaux au début des années 1950.

Marie Chouinard s’adresse à tous les publics

Vancouver, Portland, Sherbrooke, Munich, Stuttgart, Alma. Ces villes ont pour trait commun de figurer sur l’itinéraire des membres de la Compagnie Marie Chouinard, cette saison. Certaines sont des métropoles, alors que d’autres affichent un profil plus modeste, mais aux yeux de la fondatrice, de telles considérations sont, pour ainsi dire, immatérielles. Ce qui importe, c’est le contact que les danseurs établissent avec le public, les profanes autant que les spectateurs avertis.

« Il faut reconnaître que partout, la danse constitue un art underground. Or, nos productions sont aimées par tout le monde, y compris les gens qui n’ont jamais assisté à ce genre de spectacle, parce qu’elles sont axées sur l’humain. Elles permettent de faire un voyage vers quelque chose de différent, une incursion dans une autre dimension », a fait valoir Marie Chouinard jeudi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Parmi les chorégraphies qui circulent ces temps-ci, on note Le sacre du printemps et Henri Michaux : Mouvements. Elles seront à l’affiche aujourd’hui (vendredi) à 20 h, à la Salle Michel-Côté d’Alma, et possèdent tantôt un caractère ludique, tantôt des accents poétiques. « Nous n’essayons pas de raconter une histoire. Notre objectif consiste à faire vivre au public une expérience poétique », énonce la chorégraphe.

Cette photographie donne un aperçu de la chorégraphie de Marie Chouinard inspirée par Le sacre du printemps.

Sur Le sacre du printemps, elle a mis ses pas dans la partition de Stravinsky, mais en évitant de voir ce qu’en ont fait ses prédécesseurs. « Pour rester fraîche, je ne devais pas être influencée par ce qu’ils avaient proposé. J’ai essayé de faire vibrer la musique dans le corps des interprètes, notamment en évoquant le fait qu’à l’époque où il a composé Le sacre, Stravinsky s’est déplacé dans un train transportant des bestiaux. J’ai intégré l’idée des cornes dans la chorégraphie », relate Marie Chouinard.

La musique du maître russe lui apparaît comme « une impulsion vitale qui me parlerait de la vie organique, mais aussi de la force du mouvement, avant même que la vie existe ». Quand est venu le temps de créer le ballet, cependant, elle a mis de côté cette analyse jugée par trop cérébrale. « C’est au niveau du ressenti, des impressions, que nous abordons Le sacre. Ça appelle tous nos sens », affirme la chorégraphe.

Sur Henri Michaux : Mouvements, par ailleurs, elle partage le fruit d’une expérience éminemment gratifiante, une sorte d’illumination. Pendant une vingtaine d’années, Marie Chouinard a pris plaisir à examiner un ouvrage regroupant des dessins réalisés par Henri Michaux au début des années 1950. Elle les décrit comme des traits, « des taches ressemblant à des corps en mouvement », une vision qui s’est imposée tardivement, au cours d’une nouvelle exploration de l’œuvre.

« Ce jour-là, pour la première fois, j’ai vu une partition chorégraphique, raconte la chorégraphe. Comme c’est un grand bonheur d’avoir une intuition d’une telle puissance, je me suis dit : “Il faut que je le fasse”. » Ce que le public voit sur la scène, ce sont des danseurs reproduisant les dessins de Michaux, qui sont projetés simultanément. Un mouvement multiplié par dix, en quelque sorte.

« De cette manière, nous établissons une connexion avec les spectateurs. De voir ce défilement, c’est excitant, très ludique, et nous aussi, nous avons eu du fun à créer une chose comme celle-ci, une chose qui n’a jamais été vue. C’est ce qui nous attire et j’espère que pour les gens aussi, cette œuvre sera perçue comme un cadeau », fait observer Marie Chouinard.