Maria Chapdelaine de Sébastien Pilote: 7 millions $, 160 scènes et 33 jours de tournage

C’est à Normandin, en plein milieu forestier, sans eau ni électricité, que Sébastien Pilote a mobilisé près d’une centaine de personnes, de l’équipe de tournage et des comédiens, pour tourner le film Maria Chapdelaine. Pour y arriver, ce dernier dispose d’un budget de 7 millions de dollars, un montant qui est loin d’être un luxe pour tourner 160 scènes en 33 jours.

Dans la maison de Samuel Chapdelaine, à Péribonka, Laura Chapdelaine raconte à ses enfants, Maria, Anna-Rose et Télesphore, qu’elle a dû quitter la belle paroisse de Saint-Prime, avec ses terres planes, pour aller défricher de nouvelles terres à Péribonka. De retour d’un séjour à Saint-Prime, Maria demande si tout s’est bien déroulé pendant son absence.

C’est dans une maison construite pour les besoins du tournage, selon les techniques des premiers colons qui se sont installés au Lac-Saint-Jean, que se déroule cette scène du film Maria Chapdelaine, de Sébastien Pilote, à laquelle Le Quotidien a pu assister lundi. Tout a été réfléchi pour respecter l’époque, avec des pipes accrochées au mur, un fanal, une pompe à eau, une vieille bouilloire et des outils d’époque accrochés aux murs de la grange. À l’extérieur, des souches ont été plantées dans la neige, pour simuler une terre fraîchement défrichée, explique Pierre Even, producteur du film. « On a même trouvé une vache avec des cornes comme celles que les colons avaient à l’époque », dit-il, en ajoutant qu’il est assez unique de bâtir complètement une maison pour un tournage.

Les créateurs ont vraiment voulu recréer l’esprit forestier et l’isolement du reste de la civilisation, en choisissant un milieu en forêt à une vingtaine de kilomètres de Normandin. « On a travaillé en collaboration avec la Corporation d’aménagement forêt Normandin pour trouver le meilleur site », ajoute ce dernier.

« C’est très demandant et assez unique de construire un décor en milieu naturel et de tourner un film au beau milieu de la forêt, sans électricité ni eau courante, avec une équipe de près d’une centaine de personnes », remarque pour sa part le réalisateur Sébastien Pilote.

Tourner dans sa région

Pour son quatrième film, le natif de Saint-Ambroise, au Saguenay, dispose d’un d’un budget de 7 M$ pour tourner 160 scènes en 33 jours. « C’est loin d’être un luxe pour tourner un film d’époque en région, parce qu’il faut déplacer toute l’équipe de travail sur de longues périodes, souligne-t-il, en ajoutant qu’il a tourné tous ses films en région. Il faut vraiment le vouloir. »

Après avoir tourné Le Démantèlement, Le Vendeur et La Disparition des lucioles, le réalisateur a choisi de faire un film tiré du roman culte de Louis Hémon, Maria Chapdelaine, publié en 1913, racontant l’histoire d’une famille de colons qui défrichent une nouvelle terre à Péribonka et, surtout, l’histoire de Maria Chapdelaine, qui doit choisir avec quel prétendant elle désire se marier.

« J’avais le goût de revenir sur cette histoire-là, pour en faire une relecture, commente Sébastien Pilote. J’ai donc adapté l’histoire pour écrire un nouveau scénario. Je trouvais que je pouvais utiliser le matériel pour dire des choses nouvelles, parce que j’avais l’impression que certaines choses n’avaient pas été dites. Les plus belles histoires sont celles qu’on se raconte encore et encore pour dire des choses différentes. »

Acteurs comblés

Les acteurs prennent aussi plaisir à plonger dans le patrimoine collectif québécois, comme en témoigne Sébastien Ricard, qui joue le rôle de Samuel Chapdelaine. « C’est un vrai bel hommage aux pionniers et ça fait vraiment plaisir de jouer un chef-d’oeuvre de Louis Hémon, qui est vraiment bien écrit », a-t-il raconté.

Pour Sara Montpetit, l’actrice de 18 ans qui incarne Maria Chapdelaine, tout est nouveau, car elle en est à son premier tournage au cinéma. « Je ne connaissais pas vraiment l’histoire avant le tournage, mais je me suis plongée dans l’histoire et c’est vraiment cool de jouer ce rôle », dit-elle.

Hélène Florent, la mère de famille qui campe Laura Chapdelaine, apprécie également l’ambiance et l’atmosphère. « En étant tous éloignés de la maison, on se crée une famille et ça permet d’être complètement disponibles pour le tournage, parce qu’on n’a pas à se soucier des petits tracas de la vie quotidienne », note la comédienne, qui s’ennuie toutefois de son garçon.

Même si Maria Chapdelaine se tient dans un tout autre registre que les précédents films de Sébastien Pilote, on reconnaîtra très bien la couleur du réalisateur, estime Hélène Florent.

Pour éviter de sombrer dans les clichés, les acteurs ont travaillé conjointement avec Sébastien Pilote, qui veille au grain, afin de trouver le ton juste et authentique, ajoute Sébastien Ricard.

Le tournage du film a débuté le 21 février et les scènes hivernales se poursuivront jusqu’au 20 mars. Alors que 75 % des scènes sont tournées en milieu forestier, à la maison familiale, des tournages sont aussi prévus à Val-Jalbert, au poste de traite de Desbiens, au Zoo sauvage de Saint-Félicien, dans des pistes de ski de fond et au presbytère d’Albanel.

Près de 90 figurants locaux ont été recrutés pour le tournage. L’équipe reviendra au mois d’août pour faire les 12 derniers jours de captation pour faire les scènes estivales. La sortie du film est prévue pour décembre 2020.