Mara Tremblay a offert des versions électriques de ses compositions, vendredi soir, devant une centaine de personnes rassemblées au Côté-Cour de Jonquière.

Mara Tremblay dans son bien-aimé Côté-Cour

Le spectacle que Mara Tremblay a offert vendredi soir, à Jonquière, n’avait rien de techno. Pourtant, c’est une forme de réalité augmentée qu’il a fait ressentir, alors que la chanteuse n’avait pas rendez-vous seulement avec ses fans, mais avec son bien-aimé Côté-Cour. Chaque fois qu’elle y joue, ce qui s’est produit fréquemment au cours des 30 dernières années, il règne une atmosphère que le mot intimiste ne saurait définir à lui seul. C’est comme s’il n’y avait plus de frontière entre la salle et la scène, juste une centaine d’âmes prêtes à se faire du bien.

Il a suffi que l’artiste sorte des coulisses avec ses trois musiciens, dont son fils Victor Tremblay-Desrosiers à la batterie, pour que la Terre donne l’impression de tourner plus rond. Le temps d’une pirouette tenant lieu de salut et le quatuor ouvrait ces retrouvailles avec une version rock de Ton corps au mien, une composition tirée de l’album Cassiopée, le plus récent. La guitare de Sunny Duval a grondé tout du long, bien des mots se sont perdus dans le mix et pour une fois, ce n’était pas grave. Mara Tremblay en version musclée, c’était aussi ça, la réalité augmentée.

Il n’y avait nulle trace de country là-dedans, pas plus que dans la très pop et très jolie composition d’Olivier Langevin, Lumières et diamants. Comment accoter la mouture originale, qu’on ne se lasse pas de réentendre ? En mettant les guitares en avant, y compris celle de la chanteuse, afin de générer une pulsation irrésistible à laquelle elle a répondu par quelques pas de danse accompagnés de roulements de tête. On aurait dit un rappel, alors que la soirée ne faisait que commencer. Une soirée électrique au Côté-Cour.

« J’ai souvent joué ici et comme mon père vient de Chicoutimi, j’ai toujours considéré ce lieu comme un salon. Aujourd’hui encore, j’ai de la parenté ici, ainsi que des amis proches. C’est hyper touchant », a confié Mara Tremblay avant de reprendre le fil du spectacle. Il y a eu Mon chéri, où le country qu’elle affectionne a montré le bout de son nez, puis un autre brûlot suivi par l’une de ses immortelles, Le printemps des amants. Une version sur les stéroïdes, portée une nouvelle fois par la guitare de Sunny Duval, tantôt ébouriffée, tantôt aérienne.

Même un problème technique qui a résisté plusieurs minutes aux efforts du technicien, la pause étant meublée par les facéties de la chanteuse, n’a pas brisé le charme. D’autres perles ont suivi, dont un Elvis balançant entre la ballade et le rock touffu, mais le moment le plus transcendant est survenu juste avant la pause, lorsque Mara Tremblay s’est présentée avec son violon, seule comme une grande. « Cet instrument fait partie de ma vie depuis 41 ans. C’est mon bras gauche. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans lui, comment j’aurais régularisé mes émotions », a-t-elle souligné.

Un air mélancolique a ensuite enveloppé la salle, un peu chinois dans le ton jusqu’au moment où la musique a pris des accents celtiques. C’était encore doux, mais presque dansant, ce qui a poussé les gens à battre la mesure en tapant du pied. On n’était plus à l’intérieur d’une salle de spectacles, plutôt dans le salon évoqué tantôt, chacun absorbant le moindre frémissement des cordes, se réjouissant à la vue du léger sourire barrant le visage de l’artiste. Le temps avait suspendu son cours.