Magie lente: la création du monde racontée aux enfants

Avant même le début officiel du spectacle, jeudi avant-midi, les enfants rassemblés dans le vestibule de la salle Pierrette-Gaudreault ont découvert l’esprit qui imprègne Magie lente, une production de la compagnie Des mots, d’la dynamite qui amorçait un fructueux séjour à Jonquière. Assis par terre, les bambins provenant de quelques garderies ont vu les comédiens Nathalie Derome et Steeve Dumais taper sur des bols asiatiques avec des baguettes de plastique.

Émettant des sons cristallins qui faisaient penser à de la musique traditionnelle thaïlandaise, ils se promenaient parmi les jeunes vêtus de dossards verts ou rouges, se penchant parfois pour établir un contact visuel. Il ne restait plus qu’à pénétrer dans la salle où, pendant une trentaine de minutes, ces petits Saguenéens ont eu le privilège d’assister à la création du monde. Rien de moins.

D’autres bols de taille variable étaient posés le long de la scène, autant d’occasions d’enrichir la palette musicale des comédiens, appuyés pour un temps par la conceptrice sonore Anne-Françoise Jacques. « Au début de l’univers, y avait rien », ont-ils chanté d’une voix douce. « Y avait pas d’ordinateurs. Pas d’oiseaux. Pas d’écrevisses. Pas de maisons. Pas de bonbons. Il n’y avait rien à faire. C’était long », ont ajouté les interprètes, qui sont aussi les auteurs de la pièce.

L’histoire qu’ils racontent trouve son origine dans une légende algonquine attribuant la création du monde à des enfants qui auraient séparé le Ciel et la Terre. On devine que le défi consiste à retenir l’attention des enfants, pour qui ces notions ont quelque chose d’abstrait. Or, l’inventivité des artisans du spectacle, autant que cette faculté qu’ils ont de doser leurs effets, a permis au public d’entrer dans leur univers et d’y trouver du plaisir.

Quand l’attention des petits commence à faiblir, en effet, les comédiens trouvent une façon de relancer l’action. C’est ainsi qu’après avoir revêtu des combinaisons blanches, ils ont versé de la boue sur le plancher, laquelle a trouvé son chemin partout sur la scène. Les enfants riaient de les voir réaliser un de leurs fantasmes : se salir en toute impunité en chantant : « De la boue partout ».

La poésie a repris ses droits lorsque les personnages ont soulevé la pellicule de plastique sur laquelle ils venaient de s’activer. Elle est devenue le support d’un drôle de tableau, les traces de boue empruntant la forme de fleurs, ainsi que d’un arbre, dont l’éclat a été magnifié par une lumière placée à l’arrière. À partir de ce moment, le monde est devenu vertical, un effet appuyé par la création d’une tente au moyen de quatre tiges coiffées par des étoiles.

L’humour n’est jamais loin, cependant, comme l’a illustré l’apparition de mottes de glaise ou de pâte à modeler, servant aux comédiens pour se faire de faux nez. « C’est pas beau, ça », a lancé une fillette avec une belle spontanéité. Puis, la matière a été transformée en téléphones, ce qui a servi de prétexte à une conversation épousant la forme de grognements.

L’ultime image provenant de Magie lente est constituée de silhouettes d’arbres et d’animaux plantées dans des roches aux couleurs pastel. Des tricycles se promènent dans ce paysage qu’on croirait sorti d’un film de Wes Anderson, puis le personnage incarné par Nathalie Derome prend la parole : « La morale de cette histoire est que tu ne dois pas avoir peur de te salir. C’est comme ça qu’on apprend », une vérité éternelle qui sera proclamée une nouvelle fois aujourd’hui, alors que la pièce sera jouée à 11 h.