Paul Daraîche est si content de présenter de nouvelles chansons, ses premières en dix ans, qu’il intégrera tous les titres regroupés sur son plus récent opus, Ma maison favorite, dans le spectacle proposé ce soir au Vieux Théâtre de La Baie.

Ma maison favorite, du disque à la scène

Paul Daraîche n’avait sorti de nouvelles chansons depuis dix ans, occupé qu’il était à enregistrer des duos célébrant ses réalisations passées. C’est donc un homme heureux qui prend la route avec sous le bras l’album Ma maison favorite, sorti le mois dernier. Ses 14 titres ont été intégrés au spectacle, dont trois livrés avec la complicité de ses enfants Katia, Émilie et Dan, qui lui tiennent compagnie sur scène.

« Je suis excité. J’ai un band écoeurant qui comprend sept musiciens, dont Cindy Bédard qui chante et joue de la guitare, en plus d’ouvrir la soirée. Mes enfants sont aussi présents et j’en profite pour raconter l’histoire de ma vie. Je commence en parlant de mon enfance en Gaspésie, notamment de mon père et de ma mère, grâce à des compositions puisées dans mon répertoire. C’est intense », a confié l’artiste mercredi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Comme sur l’album, ses duos avec Dan sur Mon gars, Katia sur Le coeur ouvert et Émilie sur Je serai près de toi constituent des temps forts du spectacle intitulé, tout naturellement, Ma maison favorite. Il n’a pas été difficile de rameuter les enfants, puisqu’ils font partie des tournées du paternel depuis des lunes. « C’est mon garçon qui joue de la batterie, tandis qu’Émilie s’occupe du télésouffleur. De son côté, Katia chante avec moi depuis longtemps. Nous avons fait des disques ensemble », note le chef du clan.

Ainsi que le constateront les fans rassemblés au Vieux Théâtre de La Baie, aujourd’hui à 20 h, toutes les pièces figurant sur le nouvel encodé seront interprétées. Certaines évoquent sa chère Gaspésie, des airs entraînants tels Sur la terre des musiciens et Ton coeur, c’est mon village, où le violon occupe une place de choix. L’homme est fier, aussi, de poser sa voix joliment graveleuse sur un texte d’Adamo, Dans la nuit. Il rappelle qu’avant de faire du country, cet artiste faisait figure de modèle à ses yeux.

Une signature peu familière a aussi emporté son adhésion, celle d’Alexandre Boies. « Un de ses amis l’a conduit à mon chalet pour me présenter son démo. La chanson Mon gars en faisait partie et je l’ai reprise. Elle était parfaite pour le duo que je voulais faire avec Dan », affirme Paul Daraîche, qui s’est également approprié les mots de son ami Mario Pelchat, ainsi que de Nelson Minville, Luc de Larochellière et Andréa Lindsay.

Un thème grave est aussi évoqué, celui du suicide, par l’entremise de la pièce Qu’est-ce qui t’a pris ? . C’est un texte créé par un autre vétéran de la scène country, Benjamin Bessette, qui a servi de support au témoignage d’un homme attristé par le départ d’un être cher. L’interprète souhaite que ça puisse aider des gens, tout en reconnaissant que le sujet est délicat.

Il ajoute que l’auteur n’était pas à l’aise avec la couleur musicale de cette composition, pas franchement country. Lui, en revanche, n’y a vu aucun inconvénient. À 71 ans, il croit avoir acquis le droit d’explorer d’autres voies sans qu’on lui en tienne rigueur. « C’est un gros slow rock, plutôt qu’une toune country, mais je sais que les amateurs vont aimer ça, vu que ça passe par moi. Ce que j’ai accompli m’a permis de dégager une marge de manoeuvre », se réjouit Paul Daraîche.

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AZNAVOUR ET DARAÎCHE, COMME «DEUX PETITS GARS»

La mort de Charles Aznavour a touché Paul Daraîche à plus d’un titre. Lui qui avait appris à jouer de la guitare en reprenant ses classiques s’est retrouvé en sa compagnie il y a quatre ans. Après une prise de contact à Saint-Jean-sur-Richelieu, à l’occasion de l’International de montgolfières, le Français et le Gaspésien avaient enregistré une chanson dans un studio parisien, le tout sous le regard émerveillé du producteur Mario Pelchat.

« J’étais sur le cul, le jour où j’ai appris sa disparition. Une idole, on pense qu’elle est éternelle. C’est pourquoi j’étais triste et Mario aussi », fait observer Paul Daraîche. Il chérira donc éternellement le souvenir de leurs deux rencontres et des échanges qui ont suivi, une merveilleuse séquence enclenchée par le Jeannois. C’est lui qui a fait les premiers pas, en effet, à l’insu de son protégé.

« Un jour, le téléphone a sonné. Mario m’a dit qu’on irait le voir aux montgolfières et c’est ce qui s’est produit quelques heures plus tard. Deux des enfants d’Aznavour nous ont accueillis en disant que leur père faisait une sieste, qu’il faudrait attendre qu’elle soit finie pour voir comment les choses tourneraient. Un peu plus tard, nous avons pu entrer dans un grand motorisé où il pianotait tout seul », décrit Paul Daraîche.

Le nonagénaire s’est d’abord attardé aux partitions apportées par la vedette country, vieilles d’une cinquantaine d’années. Elles ont aidé à briser la glace, si bien qu’après cinq minutes, les deux hommes avaient l’air de se connaître depuis le berceau. « Ma blonde m’a dit qu’on ressemblait à deux petits gars. Il était tellement charmant », souligne l’auteur d’À ma mère.

Mario Pelchat a alors évoqué le succès commercial de son camarade, précisant qu’il était devenu le meilleur vendeur de disques au Québec. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, si bien qu’Aznavour a accepté d’enregistrer une chanson qu’il a écrite en 1953, Noël au saloon, avec son nouvel ami. Il devait le faire en Suisse, mais ce projet s’est finalement concrétisé dans un studio parisien.

« Aznavour ne se souvenait pas de cette pièce que j’ai intégrée à l’album Ces Noëls d’autrefois, sorti en 2013. Nous avons pris le temps de l’apprendre ensemble, avec lui au piano. Il a été fin au ‘‘boutte’’ », rapporte Paul Daraîche. Il n’a jamais revu son idole, mais les deux ont gardé contact à la faveur de quelques échanges téléphoniques. L’aîné lui a aussi fait une faveur d’autant plus appréciée qu’elle arrivait de nulle part.

« Aznavour m’a fait un cadeau, soit un coffret regroupant 60 CD, dont dix comprenant des duos enregistrés au fil de sa carrière. Le tout dernier était notre chanson », révèle Paul Daraîche. S’il est trop tôt pour la reprendre en spectacle, il se promet de l’interpréter à l’approche des Fêtes, histoire de rendre hommage à un homme qui a su transcender sa légende.