Jean-Louis Millette dans la pièce The Dragonfly of Chicoutimi

L’UQAC, un terreau culturel

CHRONIQUE / En lisant le dernier numéro de la revue Saguenayensia, celui qui traite des 50 ans de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), mon attention s’est tournée vers un sujet que n’ont pu aborder ses collaborateurs, faute de temps et d’espace. Il s’agit de la place qu’ont occupée les arts dans le parcours de l’institution. Ils n’ont pas provoqué un afflux d’étudiants dans ses murs, mais plusieurs initiatives ont rayonné bien au-delà du campus, parfois même à la grandeur du Québec.

Dans la revue, on ne mentionne qu’une chose et non la moindre, soit la création du spectacle La Fabuleuse Histoire d’un Royaume par l’un des employés de l’UQAC, l’homme de théâtre Ghislain Bouchard. C’est le projet qui a eu la plus grande résonnance, mais d’autres ont aussi généré des retombées importantes. Ainsi en est-il de la formation en théâtre, longtemps chapeautée par Rodrigue Villeneuve. S’il existe huit compagnies professionnelles à Saguenay, une partie du mérite lui revient.

Dans la même foulée, il faut mentionner son rôle au sein des Têtes Heureuses, où tant d’artisans ont travaillé avant de voler de leurs propres ailes. Quant au lieu où cette compagnie avait l’habitude de se produire, le Petit Théâtre, il a accueilli le grand Jean-Louis Millette en 1999, alors qu’il a présenté – seul, bien sûr – la pièce du Chicoutimien Larry Tremblay, The Dragonfly of Chicoutimi. Ce fut sa dernière apparition sur les planches, puisqu’il est décédé quelques jours plus tard, à Montréal.

On ne peut ignorer, non plus, l’impact qu’ont généré les arts visuels. Tout le monde connaît Denys Tremblay, en particulier la démarche artistique qui a fait de lui le roi démocratiquement élu de L’Anse-Saint-Jean. D’un naturel plus discret, son collègue, le sculpteur Ronald Thibert, a aussi frappé l’imagination des gens grâce à une sculpture installée au Musée Louis-Hémon de Péribonka. Elle a pour titre Femme et Terre, mais plusieurs la connaissent sous le nom de L’Hymen à Maria.

Comme au théâtre, la formation en arts visuels a donné naissance à un écosystème créatif de premier ordre : les centres d’artistes établis à Saguenay et à Alma. Pas étonnant que des oeuvres produites chez nous soient présentées dans les musées de Québec et Montréal. Et que dire de la formation en cinéma, sinon qu’elle constitue le terreau à partir duquel a émergé le festival REGARD sur le court métrage au Saguenay, de même qu’une impressionnante cohorte de réalisateurs et artisans de tous ordres ?

Ce ne sont qu’une poignée d’exemples et on n’a pas évoqué la littérature, si foisonnante au sein de l’institution. C’est bien la preuve que le sujet mériterait bien plus qu’un article afin de lui rendre justice. Un livre serait approprié. Avec beaucoup de photos.