Louis T se sentait comme un poisson dans l’eau, vendredi soir, lors d’un spectacle présenté à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Il était de retour dans son patelin, à un moment dans sa carrière où son travail est apprécié à sa juste valeur.

Louis T parmi les siens, drôle et touchant

D’habitude, à la fin d’un spectacle d’humour, les gens se lèvent, applaudissent vigoureusement, puis fouillent dans les poches de leur veste afin de récupérer les clés de leur véhicule. C’est ce qui s’est produit vendredi soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, lorsque Louis T a fermé les livres sur un autre chapitre de la tournée Objectivement parlant. Du moins, c’est ainsi que les choses se dessinaient jusqu’à ce qu’il reprenne la parole.

«J’ai commencé il y a dix ans, dans cette même salle, et j’avais été mauvais. Or, voici que le spectacle que vous venez de voir a été mis en nomination au gala des Olivier. Ça fait de quoi de sentir que les autres humoristes te trouvent bon, les mêmes qui, il y a deux semaines, trouvaient aussi que Gilbert Rozon était bon», a souligné l’artiste originaire de Jonquière avec ce mélange de candeur et de logique poussée à l’absurde qui le caractérise.

On percevait tout de même une réelle émotion, le désir de montrer que ce rendez-vous dans son patelin, parmi les siens, ne constituait pas une escale parmi tant d’autres. «Ce soir, je couche chez ma mère», a d’ailleurs précisé Louis T avant d’ajouter que l’homme qui a écrit ces textes, il y a deux ans, était différent de celui qui venait de les livrer avec tant d’aplomb. Cet homme était pessimiste, semble-t-il, du genre à voir le verre à moitié vide.

«Aujourd’hui, je suis plus positif. Je crois qu’il y a plein d’affaires qui vont bien, même si les médias sociaux donnent l’impression que c’est le contraire.  À force d’aller sur Internet, les gens sont rendus extrémistes. Chaque famille a un mononcle radicalisé, alors que c’est dangereux, quelqu’un qui s’inscrit sur Facebook quand il arrive à la retraite. Facebook avec plein de temps libre», a lancé l’humoriste d’un ton mi-blagueur, mi-sérieux.

«Ça prend moins de médias sociaux, plus de contacts humains», a conclu Louis T, ce qui a déclenché une nouvelle salve d’applaudissements, suivie par un exode vers la sortie. En descendant l’escalier menant au rez-de-chaussée, plusieurs affichaient leur satisfaction et pas juste parce que l’invité de Diffusion Saguenay est un gars de la place. Tout au long du spectacle, en effet, les rires ont fusé. Même quand les sujets abordés représentaient l’équivalent d’un champ de mines.

Prenez les religions, surtout l’une d’entre elles, souvent présente dans les nouvelles. Un sondage réalisé au Canada a révélé que les gens évaluaient à 20% le pourcentage de musulmans au sein de la population, alors que le vrai chiffre est 3%, ce qui a suscité cette réaction moqueuse: «Il y a aussi 3% de Hollandais au Canada. Vous sentez-vous envahis par les Hollandais? C’est rendu qu’on a peur d’être envahis par des musulmans vivants et morts, comme à Saint-Apollinaire.»

Même la Faucheuse prête à rire lorsqu’elle passe sous sa loupe. Il donne la liste, par ordre d’importance, des causes de mortalité au pays en relevant combien de vies elles interrompent. À la toute fin, juste après la foudre, il y a les personnes écrasées par une vache. Deux par an. «Quant au terrorisme islamiste, il a fait deux victimes au cours des dix dernières années. C’est moins que n’importe laquelle des autres causes», a relativisé Louis T.

Il aime les statistiques et d’une certaine manière, elles font partie de lui. Après avoir annoncé que le nombre d’animaux tués chaque année s’élevait à 60 milliards, en effet, l’humoriste a soutenu qu’il était plus crédible que la moyenne des ours. «Faites-moi confiance pour les chiffres, je suis autiste», a résumé le trentenaire aux airs de nerd, dont la première partie - trop brève - a été assurée par Léa Stréliski.