Voici All I Need Is A Miracle, le tableau qui a marqué une forme de renaissance pour l’artiste Louis Julien. Il l’a complété en avril, quelques mois après une lourde chute qui aurait pu lui coûter la vie.
Voici All I Need Is A Miracle, le tableau qui a marqué une forme de renaissance pour l’artiste Louis Julien. Il l’a complété en avril, quelques mois après une lourde chute qui aurait pu lui coûter la vie.

Louis Julien recommence à peindre, après un grave accident

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
« C’est comme ma deuxième vie d’artiste. Il y a un avant et un après », a confié Louis Julien à la fin de l’entrevue accordée au Progrès.

Le peintre jonquiérois référait à l’accident dont il a été victime l’hiver dernier, en dégageant la toiture de sa maison. Une lourde chute sur son patio qui aurait pu se révéler fatale. Sa convalescence n’est pas terminée, mais elle a suffisamment progressé pour l’autoriser à créer quelques toiles, dont une en avril, intitulée All I Need Is A Miracle. La première de ce que sera sa nouvelle vie, eu égard aux limitations avec lesquelles il doit désormais composer.

Le dos restera fragile et son visage laissera voir des traces de paralysie, bien qu’elle soit moins sévère. À ces maux, il faut ajouter la perte de l’audition de son oreille droite et, toujours de ce côté, un oeil devenu inopérant. « Pour moi, c’est la pire chose, surtout pour un peintre, énonce-t-il. Sur de courtes distances, je ne vois plus en trois dimensions. »

Le ton de sa voix laisse deviner l’état d’esprit dans lequel se trouve l’artiste. Au détour d’une phrase, on sent poindre une trace de mélancolie, mais pas longtemps. De plus en plus, en effet, l’homme mesure sa chance. Il peut encore peindre et bientôt, il retournera chez Rio Tinto en sa qualité d’analyste, quitte à porter un oeil de pirate. « C’est ma priorité, affirme Louis Julien. J’ai hâte de reprendre une vie à peu près normale. »

Les mots « à peu près » résument bien la situation, notamment dans l’exercice de son art. La production de son premier tableau, si gratifiante fut-elle, a représenté un parcours du combattant. Lui qui pouvait compléter une oeuvre de 30 pouces sur 60 en deux jours, avant l’accident, a eu besoin de cinq ou six semaines pour réaliser All I Need Is A Miracle. « Ce n’est pas mon plus beau, mais il représente tellement de choses pour moi », laisse-t-il échapper.

Quand on regarde cette oeuvre, on reconnaît sa manière. Il y a du rythme, tellement qu’on se croirait sur une mer agitée, un thème que le peintre affectionne. Cette fois, cependant, l’agitation réside ailleurs que sur les eaux. Parfois consciemment, parfois malgré lui, le peintre a semé plein de références à ce qui lui est arrivé. Pas étonnant que cette création ne soit pas à vendre, même si un collectionneur a offert une somme appréciable pour l’accrocher chez lui.


« Le vert est un signe d’espoir et la bâtisse à l’arrière-plan témoigne de ma forme physique, qui m’a aidé à récupérer. »
Louis Julien

« Il y a un pont brisé avec de petites cordes qui me font penser aux nerfs coupés lors de mon accident. Elles se trouvent à droite, là où j’ai été brisé. Toujours de ce côté, les parties blanches illustrent les jours où je suis demeuré inconscient, tandis que brouillard représente les pertes de mémoire qui m’affectent encore aujourd’hui, note Louis Julien. Par contre, le vert est un signe d’espoir et la bâtisse à l’arrière-plan témoigne de ma forme physique, qui m’a aidé à récupérer. »

On reconnaît son style, mais il laisse entendre que le processus créatif est différent. « Je recule souvent pour voir l’ensemble du tableau et je travaille plus fort sur la structure », rapporte l’artiste.

Ce qui ne change pas, en revanche, c’est son amour des grands formats. Ceux-ci lui ont permis de rayonner à l’international, tout en lui procurant l’espace nécessaire afin de préserver la liberté du geste.

D’autres tableaux ont suivi All I Need Is A Miracle, mais avant de revenir sur le marché de l’art, Louis Julien se donne jusqu’à l’automne. « C’est à ce moment que je souhaite produire des oeuvres sur une base plus régulière, annonce-t-il. Et même si j’en fais moins, je sais que ce sera juste du positif. »

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UNE COLLECTION EN HOMMAGE À SES SAUVETEURS

Le processus de guérison amorcé par Louis Julien comprenait une activité où, pour une fois, les questions médicales ont été reléguées à l’arrière-plan. Elle a eu lieu le 28 juin, à son domicile de Jonquière. Souhaitant rendre hommage à six personnes qu’il appelle ses sauveteurs, le peintre les a invitées à une soirée dont elles se souviendront longtemps.

Ayant pris soin de brouiller les pistes, il a attendu quelques heures avant de leur montrer des tableaux portant sa signature. Six étaient récents et deux plus anciens. « Comme ils étaient attribués par tirage au sort, je voulais que tout le monde puisse exercer un choix, y compris le dernier dont le nom sortirait », fait remarquer l’artiste.

Plus de deux mois ont été nécessaires afin de produire les nouvelles oeuvres et spontanément, ce sont elles qui ont été sélectionnées par ses invités. Leur création a coïncidé avec la période de confinement découlant de la crise sanitaire. Le marché de l’art étant tombé au neutre, Louis Julien a pu s’investir dans ce projet sans avoir le sentiment de rater des opportunités.

Au plan personnel, en revanche, ce fut tout bénéfice. Cette soirée a ramené près de lui des gens qui ont veillé sur lui à différentes étapes de son cheminement. Ceux qui l’ont trouvé sur son patio dans les minutes suivant sa chute étaient présents. Idem pour les personnes qui l’ont veillé à l’hôpital et celles qui, de toutes sortes de manières, ont facilité sa convalescence.

En les recevant en compagnie de sa conjointe, Annie Tremblay, le peintre reconnaît qu’il s’est fait plaisir. L’ambiance était conviviale et pour la première fois de sa carrière, il avait produit une collection de tableaux. Ainsi a-t-il le sentiment d’avoir fermé la boucle ouverte de manière si brutale.

« Je trouvais ça important de remercier ces personnes qui, dans bien des cas, sont mes voisins. Ça faisait partie de mon processus de guérison. Je peux maintenant passer à la prochaine étape », affirme Louis Julien.