Depuis quelques jours, les interprètes de l'opéra Carmen unissent leurs voix dans les locaux de la Société d'art lyrique du Royaume.

L'opéra Carmen, version physique

La Société d'art lyrique du Royaume (SALR) a choisi de faire d'un des opéras les plus joués dans le monde sa production majeure cette année. Carmen de Bizet, dans sa version originale avec textes parlés, prendra vie sur la scène du Théâtre Banque Nationale du 17 au 19 février. À quelques jours de la première, toute l'équipe est réunie dans les locaux de la SALR afin de mettre la touche finale à la production. Au total, une centaine d'artisans ont mis l'épaule à la roue afin de présenter au public de la région l'opéra-comique en quatre actes mettant en scène amour et violence.
Gianna Corbisiero est une habituée
La production de la Société d'art lyrique du Royaume donne l'occasion à Gianna Corbisiero de renouer avec Carmen. La soprano campe la jeune bohémienne libre au tempérament rebelle pour une deuxième fois. Il s'agit toutefois de la première prestation à Saguenay de l'artiste dont la voix voyage partout dans le monde.
Gianna Corbisiero a accepté d'emblée de camper le rôle-titre de la production de la SALR. Il s'agit du troisième Carmen de la Montréalaise qui a déjà joué le personnage de Micaëla à l'opéra de Banff il y a plusieurs années, puis celui de Carmen sous la direction musicale du Saguenéen Jean-Philippe Tremblay.
«J'ai tout de suite dit oui. Retravailler avec Jean-Philippe et avec une gang que je connais depuis des années, c'est vraiment bien. La musique est tellement bien écrite. J'adore Bizet. Carmen, c'est sexy, il y a de la danse, on chante en même temps, mais on ne se fatigue pas parce que c'est bien écrit. À la fin, l'Air des Cartes, c'est un legato riche, somptueux, c'est un plaisir de chanter ça», affirme-t-elle.
Gianna Corbisiero a interprété plusieurs premiers rôles au cours de sa carrière, autant en Europe qu'en Asie et en Amérique du Nord. Elle a notamment chanté sous la direction de Kent Nagano, Charles Dutoit et Yannick Nézet-Séguin. Au cinéma, elle a joué le rôle de la diva Florence da Costa dans le dernier film de Charles Biname, Elephant Song.
À quelques jours de la première au Théâtre Banque Nationale, elle est heureuse de reprendre les traits de Carmen.
«Le rôle est aussi exigeant qu'extraordinaire à jouer. Carmen a beaucoup d'amour dans sa vie, mais pour elle, les amitiés sont très importantes. Elle aime la liberté. Pour elle, le plus important, c'est de garder cette vie de gitane», décrit celle qui est reconnue pour son timbre de voix chaleureux et sa présence sur scène.
Guylaine Rivard aime l'expérience
Guylaine Rivard assure la mise en scène et la direction d'acteurs de l'opéra<em> Carmen</em> de la Société d'art lyrique du Royaume.
Guylaine Rivard ne regrette pas le moins du monde s'être lancée dans l'aventure de Carmen avec la Société d'art lyrique du Royaume. Même si le rôle de metteure en scène et directrice d'acteurs demande énormément de travail, l'expérience comble l'artiste de bonheur.
Guylaine Rivard est le genre de personne qui n'a pas peur du travail. Son année à titre de directrice générale et artistique du Théâtre CRI, organisation qui célèbre ses 20 ans, s'annonçait déjà chargée. Passionnée par son art, elle a tout de même accepté de se joindre à l'équipe de la Société d'art lyrique pour Carmen.
«C'est tellement gros. Je n'ai jamais été aussi nerveuse de ma vie. C'est très demandant depuis juillet, mais j'aime tellement ça que je vais avoir de la difficulté à dire non si l'offre se représente. C'est une expérience que je ne regrette pas du tout et que j'espère un jour refaire», assure-t-elle d'emblée. «C'est un plus dans ma vie de metteure en scène, mais aussi d'interprète. En théâtre actuel, on essaie souvent d'approcher le texte par rapport à sa rythmique. Avec Carmen, je vais chercher une expérience en ce sens.»
Guylaine Rivard avait une petite idée de la charge de travail qui l'attendait. L'an dernier, elle a assisté Serge Potvin à la scénographie. «Quand on m'a approchée pour la mise en scène, j'ai réfléchi. Puis j'ai demandé de travailler avec Lyne Rompré comme assistante à la mise en scène. C'est une femme inépuisable, on forme une belle équipe», affirme celle qui n'a que de bons mots pour l'équipe de la production.
«Avec le pianiste Dominic Boulianne qui est tellement talentueux et Lyne Rompré, on fait un gros travail d'équipe. Je ne le ferais pas sans eux. Le choeur est aussi extraordinaire. Le vrai travail de création, on l'a amorcé avec le choeur, Lyne Rompré, Jean-Philippe Tremblay (directeur artistique et musical) et Serge Potvin (scénographe). C'est ma première histoire d'amour. Il y a aussi une brochette incroyable d'interprètes. Ils ont de belles voix, mais ils savent aussi jouer», se réjouit-elle.
Depuis quelques jours, la réunion de toute l'équipe lui permet de voir ses idées prendre vie.
«Ma lecture de Carmen est beaucoup axée sur le rapport entre Carmen et Don José. Je ne voulais pas que Don José soit une victime. Je ne voulais pas faire de lui quelqu'un de faible. Même chose pour Micaëla. Pour moi, ce n'est pas une faible, c'est une passionnée. Ma touche, ce sera la manière d'approcher ces deux personnages.»
Visuellement, la metteure en scène imaginait un mouvement circulaire. Elle a mis en place un immense carrousel qui sera activé manuellement. «Ça image l'amour infini. Carmen aime passionnément. En même temps, la mort est omniprésente tout le long de la pièce. Tout ça fait une boucle.»
Antonio Figueroa sort du cadre
Antonio Figueroa interprète Don José dans l'opéra Carmen produit par la Société d'art lyrique du Royaume. Le ténor connaît bien l'équipe de la SALR, lui qui avait également campé Orphée dans la production Orphée aux Enfers en 2013.
Antonio Figueroa sort du cadre qui lui est habituellement imposé grâce à Carmen. Pour une première fois, le ténor originaire de Montréal campe Don José, un personnage tourmenté qui lui permet d'explorer de nouvelles facettes du jeu.
«Normalement, Don José, ce n'est pas trop dans mon répertoire. Je suis plutôt confiné aux rôles de jeune premier. Cette fois, c'est un jeune premier, mais profondément tourmenté qui fait face à une émotion qu'il n'a jamais vécue. La passion le consume complètement. Il tombe de sa superbe», explique le ténor.
Les sentiments qui habitent le personnage permettent à son interprète d'explorer le jeu. «Je vais complètement ailleurs. C'est passionnant à jouer. Don José est troublé, c'est le moins qu'on puisse dire. Il perd toute sa dignité par amour, ou plutôt en raison de la jalousie qui le consume», affirme celui que le public de la région a pu entendre en 2013, alors qu'il a interprété le rôle d'Orphée dans Orphée aux Enfers de la Société d'art lyrique du Royaume.
Antonio Figueroa a hâte de monter sur les planches du Théâtre Banque Nationale. Arrivé dans la région il y a quelques jours à peine pour un séjour de deux semaines, il est heureux du travail accompli jusqu'à présent. «Déjà, ça va très bien, ça avance rapidement», estime-t-il.
Après Carmen, il participera au Barbier de Séville à l'Opéra de Québec, notamment avec la mezzo-soprano originaire de Dolbeau-Mistassini, Julie Boulianne. Il participera également à Don Pasquale à Bienne ainsi qu'à Les Mousquetaires au couvent à Avignon. Il reprendra aussi Prima Donna de Rufus Wainwright à Montréal, Paris et Avignon.
Sabrina Ferland et Élizabeth Boudreault comblées
Sabrina Ferland et Élizabeth Boudreault, deux sopranos originaires de la région qui oeuvrent maintenant à l'extérieur, interprètent Frasquita et Mercedes, les deux amies de Carmen dans l'opéra du même nom.
Sabrina Ferland et Élizabeth Boudreault ont saisi l'occasion de se produire dans la région. Respectivement originaires de Jonquière et de Saint-Ambroise, les deux sopranos savourent les occasions de chanter devant le public qui les a vus évoluer.
Sabrina Ferland et Élizabeth Boudreault interprètent Frasquita et Mercedes, les deux amies de Carmen dans l'opéra du même nom.
Les deux sopranos sont heureuses de se produire dans leur région natale. «C'est très excitant, agréable. C'est l'endroit où j'ai commencé à chanter. Ma première opérette c'était ici, en 2002. Carmen c'est ma troisième et je ne me lasse pas», affirme Sabrina Ferland. «C'est toujours l'fun de travailler avec des gens d'ici et des solistes d'ailleurs. On est gâté avec l'équipe de Carmen», ajoute-t-elle.
Le plaisir est aussi présent chez Élizabeth Boudreault. La jeune femme de 22 ans est maintenant installée à Montréal où elle approfondit sa technique à l'Université McGill.
«C'est toujours l'fun de revenir chez nous. On connaît le public. Les gens viennent nous voir après. L'approche est différente. C'est plus personnalisé», ajoute-t-elle.
Leurs personnages, Frasquita et Mercedes, forment un trio avec Carmen. «Ce sont ses deux grandes acolytes. Elles sont tissées serré. Elles sont derrière elle pour l'appuyer dans ses décisions, dans ses magouilles. On est trois grandes amies», décrit Sabrina Ferland qui prend plaisir à partager la scène avec sa collègue saguenéenne.
«On est un trio», conclut Élizabeth Boudreault, visiblement aussi heureuse de chanter aux côtés de l'interprète de Frasquita.