Appuyés par quatre musiciens, les gars de Loco Locass ont montré, jeudi soir, qu’ils méritaient d’ouvrir la 36e édition du Festival de la chanson de Tadoussac.

Loco Locass, toujours la même vigueur

TADOUSSAC — Dire qu’ils étaient attendus constituerait une exagération, puisque leurs sorties sont rarissimes. Désirés, appréciés, en revanche, cela ne faisait aucun doute jeudi soir, alors que Biz, Batlam et Chafiik ont ouvert le 36e Festival de la chanson de Tadoussac. Rassemblés à l’église, la plus grande enceinte dont dispose le comité organisateur, les fans de Loco Locass étaient un poil moins nombreux que les mouches noires qui pullulent ces temps-ci, mais tout aussi vigoureux.

Il y avait des jeunes et des gens de la même génération que les membres du trio, tous prêts à communier aux beats, mais surtout à la parole déliée, toujours aussi engagée, essentielle, qu’à l’époque où les gars appelaient de leurs vœux la fin du règne libéral à Québec – ils ont été moins chanceux avec le Canadien de Montréal, toujours loin de la Coupe Stanley.

Dès les premiers titres, le ton a été donné. « Faut maintenir la pression ! » « À l’assaut de la palissade ! » Chaque fois, des forêts de bras se sont dressées, ponctuant le rythme de gestes saccadés. Il faisait déjà chaud sur le parterre quand Biz, vêtu d’un chandail des Nordiques de Québec dont le sigle était en berne, a salué les festivaliers »

Appuyés par quatre musiciens, les gars de Loco Locass ont montré, jeudi soir, qu’ils méritaient d’ouvrir la 36e édition du Festival de la chanson de Tadoussac.

« Comment ça va, simonak ? On est contents d’être là à l’occasion de notre tournée mondiale qui comprend trois dates, celle-ci étant la dernière. On se sent privilégiés », a-t-il lancé, avant de réveiller le fantôme de l’ADQ. Cette fois, il y avait plus d’ironie que de hargne dans le rendu, peut-être parce que « Super Mario » ne risque plus de prendre le pouvoir.

C’était une chanson « pour le fun », en somme, tout comme celle qui a suivi, traitant de la légalisation de la mari. « Faut faire attention à ce qu’on demande », a mentionné Biz avec sagesse pendant que la scène baignait dans le vert. Cette fois, la caricature était si délirante, genre « Mêlé, mêlé. Chu mêlé, mêlé », qu’on aurait dit un sketch de Rock et Belles Oreilles. Un pur plaisir qui a été salué par des cris perçants.

Loco Locass aurait pu surfer là-dessus, mais ce n’est pas dans son ADN d’ignorer les sujets qui fâchent. Batlam s’est ainsi insurgé contre ceux qui critiquent la loi sur la laïcité. « Lorsque le Québec s’affirme, il y a toujours un suppôt de Satan qui nous traite de racistes, alors que c’est faux. Chu pu capable d’entendre ces accusations », a-t-il affirmé. Le terrain était mûr pour un brûlot toujours d’actualité, La censure pour l’échafaud.

L’énergie vitale que le groupe continue de déployer, plus de 20 ans après sa création, montre qu’il n’est pas à la veille de s’affadir ni de se muer en pièce de musée. On l’a signalé tantôt, cette parole est essentielle et pour en donner un ultime exemple, évoquons ici la pièce M’accrocher. « Tadoussac, c’est le fondement de l’Amérique, mais n’oubliez pas qu’au Québec, il y a des gens qui souffrent », a fait observer Biz en guise d’introduction.

Cette référence au suicide a débouché sur une mise en place à la fois triste et sobre, la musique prenant toute la place, un brin solennelle, pendant que les gars se tenaient immobiles, le visage fermé. Biz, encore, a porté ce texte dont le crescendo survient sur ces mots : « Si jamais je m’accroche, ce sera à la vie. » Il y a eu un solo de guitare déchirant, puis la scène s’est illuminée de la même manière que les cœurs.