Vicky Côté, dans la pièce Haïkus de prison, étrennée l’été dernier et reprise jusqu’au 5 novembre, à la Salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi.

L'incendie qui a tout changé

Même dans un contexte idéal, Vicky Côté aurait été très occupée en 2017. La directrice du Théâtre À Bout Portant devait participer à une campagne de financement au bénéfice de cette compagnie professionnelle, porter deux spectacles à la scène, poursuivre sa collaboration avec le Théâtre CRI dans le cadre du projet Entre 4 murs et donner des représentations de Strict minimum, son avant-dernière production, ailleurs au Québec.

Il fallait que tout marche au quart de tour, mais en janvier, le destin a jeté une barre à clous dans cette mécanique fragile, sous la forme d’un incendie qui a ravagé l’Atelier des arts de La Baie. Avant même de songer à la suite des choses, l’auteure, comédienne et metteure en scène a dû faire le deuil de plusieurs œuvres dont les décors et accessoires avaient été réduits en poussière.

« Ces spectacles étaient encore actifs. Il était facile de les ressortir pour répondre à la demande, mais après le sinistre, il ne restait que des vestiges. De voir son répertoire partir... », a-t-elle confié sans compléter sa phrase, à l’occasion d’une entrevue accordée au Quotidien. Neuf mois se sont écoulés depuis ce jour funeste et même si Vicky Côté en parle d’un ton presque neutre, on sent que la blessure demeure vive.

Si elle a pu réactiver Strict minimum parce que cette pièce voyage léger, Le déclin des soleils de glace et Rage ne vivront plus que dans les souvenirs. Or, ces œuvres avaient été appréciées et pas juste dans la région. Même pour Haïkus de prison, étrennée l’été dernier et reprise jusqu’au 5 novembre, à la Salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi (on peut y assister du mercredi au samedi, à 20 h, et le dimanche à 14 h), on a dû faire un pas de côté.

« Des objets ont brûlé. Comme il s’agissait d’antiquités, il n’a pas été facile de les remplacer. On a demandé aux gens de fouiller dans leur grenier », rapporte la Baieriveraine. Cette création a quand même été présentée dans le cadre du Festival international des arts de la marionnette en juillet, parallèlement à Incubateur, une œuvre de 12 minutes destinée à la vitrine du café L’érudit de Jonquière.

« L’incendie a généré une pression supplémentaire, mais on ne pouvait passer outre à l’offre provenant du festival. C’est devenu une année surchargée qui a nécessité beaucoup d’énergie et de soutien. Après les représentations de Haïkus de prison, par contre, je pourrai m’accorder une pause et ça fera du bien. Je me concentrerai sur la diffusion des nouvelles pièces », anticipe Vicky Côté.

Elle qui a emménagé dans le secteur Rivière-du-Moulin, dans les locaux de la Société d’art lyrique du Royaume, attendra aussi des nouvelles de la ville de Saguenay. Sans doute en raison du contexte électoral, le processus de relocalisation a été mis sur la glace. Un jour, cependant, il faudra que les autorités prennent une décision.

« Tout comme le conseil d’administration, je souhaite que le Théâtre À Bout Portant demeure à La Baie, qui constitue notre camp de base. Mais pour tout ce qui touche l’avenir, j’y vais au jour le jour », énonce Vicky Côté, dont la priorité immédiate consiste à incarner une prisonnière aux côtés de Bruno Paradis, son partenaire dans Haïkus de prison.

Dans cette pièce, ils jouent et manipulent des marionnettes afin de prêter vie à une histoire tirée du livre du même nom, écrit par Lutz Bassmann. Ce texte découvert il y a dix ans est réapparu fréquemment sur sa table de chevet. « J’en suis tombée amoureuse et, pour le mettre en scène, j’ai senti que la manipulation et le théâtre d’ombres représentaient les moyens les plus appropriés », relate la Baieriveraine.

Elle s’est moulée aux péripéties contenues dans le livre, qui comprennent un projet d’évasion et un voyage en train. C’est à chacun, toutefois, d’interpréter les scènes à sa manière, à partir de ses références personnelles. « Tout n’est pas codifié, mais on ressent le poids de l’oppression », fait remarquer Vicky Côté.