Cette photographie captée sur le site du Festival international des Rythmes du Monde montre Labess en compagnie du réalisateur Philippe Belley.

L’immigration est-elle mieux perçue grâce au FIRM?

Est-ce que le Festival international des Rythmes du Monde (FIRM) a fait évoluer les mentalités au sujet de l’immigration, depuis sa création en 2003? C’est avec cette question en tête que le réalisateur baieriverain Philippe Belley a amorcé le tournage du documentaire Aux rythmes du monde: couleur sur fond blanc, il y a quelques mois. Le fruit de ses démarches prend la forme d’un film de 52 minutes qui sera projeté en avant-première mardi à 20h, à l’Hôtel Chicoutimi.

L’accès est gratuit et tous sont invités. S’il y a trop de monde, on tiendra une deuxième séance, a précisé le cinéaste vendredi, lors d’une entrevue accordée au Quotidien. Une autre façon d’y avoir accès consistera à regarder la télé de Radio-Canada, mercedi, à 20h. La station qui dessert le Saguenay-Lac-Saint-Jean présentera le film en primeur. Ensuite, il sera disponible sur ici.tou.tv.

Le chanteur Wyclef Jean prend la parole dans le film Aux rythmes du monde: couleur sur fond blanc. Il a été interviewé sur le toit de l’Hôtel Chicoutimi, l’an dernier.

La télévision d’État se trouve d’ailleurs à l’origine de ce projet. C’est grâce à son partenariat avec Les Films de La Baie, en effet, qu’il a pu voir le jour. À partir d’une suggestion émise par le fondateur du FIRM, Robert Hakim, il y a un an, Philippe Belley a ouvert une réflexion qui ratisse large. Elle embrasse les défis posés par l’intégration des immigrants au sein d’une communauté qui compte parmi les plus homogènes au Québec.

«Robert Hakim met la table en cernant les intentions de départ, celles qui ont mené à la création du festival dans une ville qui n’est pas si multiculturelle. J’ai aussi inséré des entrevues qui avaient été mises en boîte pendant l’édition 2018, au tout début du tournage. J’ai parlé à Wyclef Jean, aux membres du groupe Afrikana Soul Sister et à Labess. Ils décrivent les retombées que génère le mariage des cultures», mentionne le cinéaste.

Pour les besoins du film, Mustapha Elayoubi a accueilli le réalisateur Philippe Belley à la mosquée de Chicoutimi.

Il note au passage que des liens plus étroits qu’on l’imagine arriment le FIRM au phénomène de l’immigration. Robert Hakim l’illustre à sa manière, lui dont les racines familiales plongent bien creux dans la terre libanaise. Un autre exemple est celui du propriétaire du restaurant Rodi, établi à Chicoutimi. «Pierre Allard, dont l’épouse est dominicaine, explique que la moitié de son personnel vient d’ailleurs. Il y a aussi une connexion avec le festival», laisse planer Philippe Belley.

Des personnes issues de l’immigration partagent également un bout de leur vécu au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dont Marcellin Gbazaï et Mustapha Elayoubi. Il est aussi question des incidents à caractère raciste qui ont ponctué l’actualité dans les dernières années, mais comme l’indique le réalisateur, la place du FIRM dans le documentaire ramène à la surface une vision plus positive. Elle a pour mérite de rendre le paysage plus lumineux.

Accompagné de sa fille Caroline, le propriétaire du restaurant Rodi de Chicoutimi, Pierre Allard, a raconté que la moitié de son personnel était formée d’immigrants.

Fier de montrer son nouveau film, il est aussi un peu essoufflé, puisque les délais de production ont été serrés, l’affaire d’une poignée de mois. Le bon côté pour Les Films de La Baie tient au maillage avec Radio-Canada, ainsi qu’à l’aide émanant de Téléfilm Canada. «Au cours de ce projet où il a fallu travailler rapidement, on est devenus un peu plus producteurs», résume Philippe Belley.