L’humoriste Phil Roy a fait preuve d’une agilité intellectuelle impressionnante, vendredi soir, à l’occasion du premier des deux spectacles qu’il présentera au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

L’humour à risque de Phil Roy

L’humour tel que le pratique Phi Roy fait penser à un tableau que l’artiste aurait truffé de petits dessins pas de rapport, mais irrésistibles. Dans son spectacle intitulé Monsieur, l’humoriste aborde des sujets comme son scooter, ses parents, l’apnée du sommeil et les joies de l’école au secondaire, mais comme l’ont constaté les fans qui ont rempli le Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi vendredi soir, le vrai plaisir, comme les gros rires, réside dans les détails.

Quand cet homme raconte une histoire, en effet, c’est toujours en pointillé. Il arrête aux deux phrases, parfois après la première, puis il recommence avant de remarquer quelque chose, une femme qui rit fort, les gens au balcon, et le voici qui déc(r)oche: «Je ne suis pas habitué de faire des salles qui ont des étages. Alex (son souffre-douleur, assis près de la scène), si tu ne voulais pas participer au spectacle, fallait aller en haut avec les pauvres!»

Toujours au bord du dérapage, il reprend le fil de son sketch, mais ajoute un gag sorti de nulle part et ça suffit pour ouvrir une porte dans laquelle Phil Roy s’insinue en affichant une agilité intellectuelle remarquable. Pour vrai, on dirait le regretté Robin Williams dans un talk-show, quand son cerveau donnait l’impression d’avoir été plogué sur la guitare d’un adepte du speed metal. Ça va vite. Très vite. Et des fois, on rit en retard, alors que lui est rendu dans une autre galaxie.

Il y a aussi des moments où sa pensée va plus vite que son ombre, au point de l’amener à un millimètre du point de rupture. C’est ainsi qu’à la fin de la première partie, on l’a entendu dire, un brin défiant, puis résigné:

-«Je suis pas perdu.»

-«Je suis perdu.»

Et bien sûr, les gens ont ri et ils ont eu raison parce que Phil Roy prend des risques, au lieu de suivre le texte à la lettre comme s’il jouait au théâtre, et parce qu’il était vraiment perdu. Mais pas longtemps.

Ce qui ajoute une couche de complexité à sa performance, c’est le nombre de voix qu’emprunte l’humoriste. Il y a la stridente, la posée, la pleine de testostérone, la très efféminée, la piteuse, et il s’amuse à les superposer pour garder son monde sur le qui-vive avec une efficacité diabolique. Ainsi a-t-on découvert deux facettes du débat sur le pot, celle de la tolérance, bien cool, et celle, exagérément scandalisée, qui a articulé un point de vue restrictif.

Entre deux outrances, néanmoins, Phil Roy a brossé le portrait d’un homme qui laisse voir un reste de vulnérabilité, ce qu’illustrent les problèmes générés par son obésité. On l’a accompagné au bord de la piscine, pendant un cours de natation où, pour garder contenance, il a inventé son premier gag sur fond d’autodérision. On a également appris que ce grand bonhomme pesait 307 livres à l’âge de 22 ans et qu’aujourd’hui, il se promène avec 68 livres en moins.

«Je ne sais pas juste faire des «jokes»», a résumé l’invité de Diffusion Saguenay qui, ce soir encore, arpentera d’un pas léger la scène du Théâtre Banque Nationale.