L’artiste Jean-Marie Laberge, dont l’oeuvre Vers l’avenir a été restaurée, souhaite qu’elle soit davantage mise en lumière.

L’hommage à l’éducation de Jean-Marie Laberge renaît

Mobiliser les acteurs impliqués autour de l’élève afin de créer une oeuvre dont la thématique dominante serait l’éducation, voilà l’audacieuse idée qu’a eue l’enseignant en arts plastiques et sculpteur Jean-Marie Laberge en 1985. L’imposant monument de béton et d’aluminium qui en a découlé, intitulé Vers l’avenir, célèbre ses 30 ans. Sa récente restauration confirme sa pertinence et porte à se questionner, comme l’art le fait si bien, sur le legs que la sculpture a transmis.

Rencontré devant sa création, le grand-maître des beaux-arts Jean-Marie Laberge, qui a récemment soufflé 85 bougies, se montre volubile, fier et un soupçon critique.

« C’est une illumination que j’ai eue lorsque le gouvernement de René Lévesque a sabré dans les salaires et les conventions collectives de la fonction publique. Je voyais un projet accessible et rassembleur, montrant le dévouement du milieu scolaire. Et c’est ce dernier qui a permis tout cela. C’est grâce à beaucoup d’investissement personnel et à l’apport précieux de tout le milieu qu’on a érigé Vers l’avenir, sans attendre le financement ni l’acceptation du projet par les instances gouvernementales et scolaires », rigole l’artiste, qui s’est prévalu, à l’époque, d’un congé sans solde d’un mois pour s’y investir pleinement.

L’artiste précise qu’il y a aussi englouti quelques milliers de dollars de sa poche.

Quatre départements (arts plastiques, menuiserie, soudure et électricité) de divers établissements s’étaient alliés afin de concevoir les moules et la charpenterie, et d’assembler l’oeuvre gargantuesque, constituée de quatre panneaux (chacun mesurant près de 70 pieds carrés), dont les dimensions totales sont de 43 pieds de largeur sur 27 pieds de haut et 15 pieds de profondeur.

En raison de sa superficie, les travaux sur l’oeuvre ont dû se continuer dans l’atelier de mécanique automobile. L’imposant personnage en aluminium est façonné de 438 plaques gracieusement fournies par Alcan à l’époque et qui ont été soudées au centre de formation professionnelle attenant. Le 29 juin 1988, l’oeuvre était inaugurée.

La sculpture, principalement construite de béton et d’aluminium, représente l’évolution d’un apprenant, de sa naissance dans le havre parental à sa diplomation.

Le premier panneau exhibe un nouveau-né. Les autres murales illustrent son parcours au primaire et au secondaire. Enfin, le victorieux diplômé, personnage géant construit d’aluminium, coiffe le monument, représentant l’ascension et la réussite. En appui sur le côté, un dernier personnage soutient tous les autres. Il représente les parents, l’ensemble du personnel scolaire et la société, parties intégrantes du cheminement scolaire.

Présente depuis longtemps, l’oeuvre n’a bénéficié ni d’un aménagement paysager ni d’une stèle explicative. « Il faudrait songer à mettre en valeur cette sculpture au concept intemporel, avec un éclairage et un aménagement adéquats », ajoute Jean-Marie Laberge, précisant qu’il en avait été question, à l’époque, mais que cette étape ne s’est jamais réalisée.

Lustre d'antan

Récemment entièrement nettoyée au jet d’eau, la sculpture, sur laquelle dame Nature avait laissé son empreinte depuis trente ans, a plus que jamais un lustre qui mérite qu’on s’y attarde. Le géant d’aluminium qui la domine, quelque peu terni, a aussi subi une cure de jouvence, avec un sablage de précision. Reste à refaire le crépi qui décore l’imposant socle qui sert d’assise à cette sculpture d’envergure.

L’artiste, intronisé grand maître de l’Académie internationale des beaux-arts du Québec, en 2009, est encore pleinement empreint de l’oeuvre, à tel point qu’il souhaite s’y investir encore. « Je déplore qu’aujourd’hui, les élèves passent devant Vers l’avenir, mais n’en connaissent ni la signification ni la provenance. Un panneau explicatif devrait être installé, tout comme un aménagement paysager qui rehausserait le coup d’oeil et montrerait la portée encore étonnamment d’actualité du projet », finalise le lauréat de l’Ordre du Bleuet en 2015.

Jean-Marie Laberge est même prêt à donner l’une de ses oeuvres à l’enchère, afin qu’une collecte de fonds s’enclenche pour bonifier son oeuvre qui trône devant l’établissement scolaire de la rue Bégin. Comme en 1985, il croit, dur comme fer, que l’initiative est le primat de toute entreprise. « Une fois commencé, tout le monde était mobilisé, et il n’y avait plus moyen de nous arrêter », raconte l’artiste.