La productrice Marie-Claude Beauchamp et le réalisateur Benoit Godbout entourent la chanteuse Alexe, ainsi que la comédienne Ludivine Reding, deux artistes qu’on peut entendre dans le long métrage d’animation La Course des tuques.

L’hiver au rythme de La Course des tuques

Ceux qui ont vu La Guerre des tuques 3D se souviendront qu’à la fin de ce film, la bataille de balles de neige à laquelle les enfants ont participé avec tant d’entrain a rendu le village encore plus blanc, encore plus cotonneux. C’est à partir de cette image qu’un membre de l’équipe a imaginé la suite des choses, ce qui forme la trame du nouvel opus baptisé La Course des tuques.

« Quand il y autant de neige sur le sol, on a envie de glisser dessus », a expliqué le réalisateur Benoit Godbout mardi après-midi, à l’occasion d’une entrevue accordée au Quotidien. Cet homme rencontré à la librairie Les Bouquinistes de Chicoutimi en compagnie de la productrice exécutive Marie-Claude Beauchamp, de la comédienne Ludivine Reding et de la chanteuse Alexe, originaire de Dolbeau-Mistassini, a donc tourné une histoire centrée sur une compétition de luge digne de la Formule Un.

Elle oppose le petit génie de la place, François les Lunettes, à un nouveau personnage répondant au nom de Zac. Celui-ci vient d’emménager dans une maison qui fait penser au Bates Motel dans le film Psycho. Sa seule amie - et encore - est sa cousine Charlie, qui rêve de devenir chanteuse. Ensemble, ils remportent la première course en trichant. Une revanche est planifiée, avec pour enjeu la magnifique grange où les jeunes prennent plaisir à se réunir.

Ça ressemble à une confrontation entre les bons et les méchants, sauf que le portrait des protagonistes est plus nuancé. « François veut être reconnu comme l’enfant le plus intelligent du village, un statut que menace l’arrivée de Zac. Il finit par tout perdre, ce qui constitue un puissant ressort dramatique », affirme Benoit Godbout. Or, Zac aussi présente un visage contrasté. Fendant à l’extérieur. Meurtri en dedans de lui. « Il n’est pas méchant pour rien. Il y a une faille », explique Marie-Claude Beauchamp.

Le réalisateur ajoute que sa phrase préférée, dans le film, est celle que François lance à Zac : « On est pareils, dans le fond ». À ses yeux, elle traduit le caractère universel du propos, qui pourrait même se mouler à l’actualité du moment. « On peut transposer ça ailleurs, notamment dans le dossier des migrants », fait observer Benoit Godbout, qui était également aux commandes de La Guerre des tuques 3D.

Charlie, elle, se découvre des atomes crochus avec le sympathique Chabot, dont la candeur est mal récompensée, du moins au début. Comme son cousin, elle pose des gestes qui entrent en contradiction avec ses aspirations les plus profondes. C’est l’espionne qui joue de ses charmes pour arriver à ses fins. « Elle est mal à l’aise, ne souhaite pas tricher, mais est tentée par la proposition de Zac d’aménager un studio dans la grange avant d’atteindre le point de rupture », souligne Marie-Claude Beauchamp.

Un défi différent

Présenté en salle à compter de vendredi, La Course des tuques existe parce que le film précédent a été bien accueilli, rappelle la productrice. Sorti en 2015, il a généré des recettes totalisant 4 millions $, décrochant au passage le Billet d’or attribué à la production la plus populaire au Québec, mais également au Canada. Les craintes de voir la version originale de La Guerre des tuques faire ombrage au dessin animé ne s’étaient pas matérialisées.

« Nous devions être à la hauteur des attentes des parents qui, eux, l’avaient vue dans leur enfance. Cette fois-ci, par contre, le défi consiste à garder les jeunes dans l’univers qu’ils ont découvert il y a trois ans. Or, depuis quelques semaines, nous sentons à quel point ce film est attendu. Les enfants sont excités à l’idée de plonger dans une nouvelle aventure », analyse Marie-Claude Beauchamp.

Elle sera offerte en version 3D ou régulière, selon les attributs de la salle où on la projettera. Une fois de plus, l’objectif est d’atteindre la barre des 4 millions $, ce qui représenterait une performance remarquable en raison de l’évolution des habitudes de consommation, davantage centrées sur le petit écran. « Juste de répéter, ce serait très bien », confirme la productrice.

Elle garde cependant ouverte l’hypothèse d’un troisième chapitre, une perspective qui fait sourire Benoit Godbout, puisqu’il voit la petite Lucie dans sa soupe. Il aimerait placer au cœur de l’action cette petite rouquine à l’esprit vif, aussi courageuse que déterminée. Après lui avoir accordé une plus grande visibilité dans La Course des tuques, le réalisateur la croit capable de porter un long métrage sur ses frêles épaules.

Ludivine Reding et Alexe prêtent leur voix à Charlie, un nouveau personnage qui se joint à la bande.

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DEUX FILLES POUR UN MÊME PERSONNAGE

Bien qu’elle soit devenue l’une des comédiennes les plus en vue grâce à la série télévisée Fugueuse, c’est par le truchement d’une audition à l’aveugle que Ludivine Reding a attiré l’attention du réalisateur de La Course des tuques, Benoit Godbout. Il était à la recherche de celle qui incarnerait Charlie, l’un des personnages que le public découvrira à compter de vendredi.

Pour une fois, la jeune femme qui pratique le doublage depuis l’âge de huit ans, qui compose bien avec l’anonymat associé à cet art, ne s’est pas contentée de poser sa voix sur celle d’une autre interprète. Il s’agit d’un long métrage d’animation, en effet, et surtout d’une œuvre originale. « J’étais dans ma zone de confort, même si ça prend plus de temps pour créer un personnage. J’étais familière avec la technique », a-t-elle mentionné mardi, au cours d’une entrevue réalisée à la librairie Les Bouquinistes de Chicoutimi.

Ludivine Reding estime que Charlie possède un bon fond, en dépit des manigances de son cousin Zac auxquelles il lui arrive de participer. Cette fille qui vient d’emménager au village est cependant différente de ses nouveaux voisins, ce que la comédienne a tenté de faire ressortir au fil de son interprétation. « Lorsque Charlie s’exprime, son parler québécois est moins accentué », précise-t-elle.

Puisque son personnage rêve de devenir chanteuse, ça donne lieu à deux numéros mettant sa voix en évidence. C’est là qu’est intervenue Alexe, une artiste originaire de Dolbeau-Mistassini. Pour la première fois, elle a enregistré des pièces qui débordent de son univers narratif. La première a pour titre Comme si, tandis que l’autre, livrée à la conclusion du long métrage, se nomme Fidèle à ton cœur.

« J’étais contente qu’on fasse appel à moi, puisque j’avais aimé le film précédent, La Guerre des tuques 3D. Moi qui ai l’habitude d’écrire des chansons tristes, j’ai profité de l’occasion pour livrer des airs joyeux. Cette expérience a aussi fait ressortir la dimension d’interprète, ce qui m’a donné la piqûre », fait remarquer la Jeannoise, qui prépare son deuxième album.

Fait à noter, c’est un collègue qui provient également de la région, le guitariste et réalisateur Fred St-Gelais, qui l’a épaulée en studio. « Il ne m’a pas demandé d’imiter Ludivine, mais comme je possède une voix feutrée, c’était raccord », raconte Alexe.