Jean-Philippe Tremblay annonce que l’Orchestre de la Francophonie demeurera actif cet été, sans toutefois que ses membres aient la chance de se côtoyer autrement que par le truchement du Web. Le programme a été modifié afin de tirer profit des possibilités qu’offrent les nouvelles technologies.
Jean-Philippe Tremblay annonce que l’Orchestre de la Francophonie demeurera actif cet été, sans toutefois que ses membres aient la chance de se côtoyer autrement que par le truchement du Web. Le programme a été modifié afin de tirer profit des possibilités qu’offrent les nouvelles technologies.

L’été numérique de l’Orchestre de la Francophonie

La 20e saison de l’Orchestre de la Francophonie (OF) ne ressemblera à aucune autre. Les 36 membres formant la cuvée 2020 ne donneront pas de concerts devant public et se verront uniquement par le truchement du Web. Ils ne seront pas aux travaux légers, cependant. On peut même dire que les apprentissages effectués à distance comporteront leur lot de défis, une impression confirmée par le Saguenéen Jean-Philippe Tremblay, qui assume les fonctions de directeur artistique et pédagogique.

« Même si nous ne pourrons pas nous rassembler, il y aura des classes de maître, des conférences sur des sujets comme l’histoire de la musique et les questions de santé liées à la pratique d’un instrument, ainsi que des cours privés centrés sur l’interprétation. Pour nous donner toutes les chances possibles, nous avons acheté 50 caméras pourvues de micros stéréo qui donnent un très bon rendement. Elles seront remises aux élèves et aux professeurs », a-t-il annoncé lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Autres outils indispensables dans ce contexte, l’OF a mis à profit l’expertise de Maurizio Ortolani afin de se doter d’une plateforme numérique, ainsi que d’une interface interactive. Qu’ils se trouvent en France, en Italie, en Belgique, aux États-Unis ou au Canada, les pays représentés cette année, les musiciens seront en mesure de communiquer efficacement. « Nous voulons que ces outils restent avec nous au-delà de la présente édition. Nous pourrons tenir des activités digitales à l’automne, de même qu’en hiver », avance Jean-Philippe Tremblay.

Concerts en solo

Tenu du 1er au 31 juillet, le camp 2020 imposera quelques devoirs aux participants. Ainsi, chacun devra recourir aux nouvelles technologies pour promouvoir son concert solo, lequel durera 30 minutes. Cette série de performances débutera dans la deuxième semaine de juillet et le public y aura accès par le biais de la page Facebook et de la chaîne YouTube de l’OF. La programmation comprendra également un balado animé par le directeur artistique et pédagogique, ainsi que des interventions effectuées par différents invités.

« Nous demanderons aussi aux étudiants de piloter une aventure Web pouvant emprunter différents formats. Pour donner un exemple, il pourrait s’agir d’une conférence de type TED », raconte Jean-Philippe Tremblay.

Il ajoute que la bourse attribuée aux participants, pour les aider à assumer les frais de transport, a été maintenue en dépit du fait qu’ils demeureront chez eux. Cet argent sera d’un précieux secours lorsque ces futurs professionnels se déplaceront pour passer des auditions.

Parlant d’argent, le budget de cette édition représente 50 % du volume habituel, mais les frais aussi ont baissé. On n’a pas à loger et nourrir les musiciens, ni à louer des instruments, des partitions ou des salles de répétition. « Je dois dire que Patrimoine Canada a été incroyable. Il ne voulait pas qu’on ferme. En plus, la majorité de nos donateurs sont demeurés fidèles. Ceux que nous avons perdus misaient sur les concerts pour se donner de la visibilité », indique le fondateur de l’OF, qui a confiance de les retrouver dans un contexte plus familier.

Nouvel album

Bien sûr, les concerts représentent le plus gros sacrifice imposé par l’urgence sanitaire. Cet été, la formation devait interpréter les neuf symphonies de Beethoven à Montréal. Ce projet ambitieux se concrétisera finalement en 2022, puisque l’an prochain, un programme différent marquera le 20e anniversaire de l’orchestre. Les effectifs seront portés à 80 musiciens et ceux-ci se produiront dans quelques régions du Québec, ainsi que dans l’Ouest canadien, ce qui constituera une première.

« Nous inviterons d’anciens élèves et des solistes pour aborder le répertoire de Bruckner, en plus de créer une symphonie commandée à Simon Bertrand. Ça va prendre une bonne section de cordes », anticipe Jean-Philippe Tremblay.

Puisqu’il est question de musique orchestrale, un nouvel album de l’OF vient de sortir, centré sur le compositeur québécois Airat Ichmouratov. Enregistré en 2019, il est disponible en format physique, de même que sur les plateformes numériques. « Airat est un romantique dans l’âme, un artiste incroyable. Il a trouvé un langage personnel dans lequel on perçoit des influences émanant de la Russie et de l’Europe centrale. Sa musique est l’fun à jouer et l’enregistrement sonne bien », fait valoir le maestro.

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DES CONTRATS ANNULÉS JUSQU'EN MAI

Le jour où la crise sanitaire a entraîné la fermeture des salles de spectacle, Jean-Philippe Tremblay venait de compléter une série de concerts à l’Université d’Ottawa, où il donnait un cours sur la direction d’orchestre. « Nous avons été chanceux de tenir chacune des représentations », a-t-il confié au Progrès.

La suite fut moins heureuse. Une tournée en Asie a été annulée, puis un chapelet de contrats s’étirant jusqu’en mai 2021. Un retour en Asie figurait dans ses plans, ainsi que des sorties en Europe et en Amérique, toujours en tant que chef invité. Parmi ces engagements, notons celui qui l’aurait ramené à Chicoutimi en janvier, à l’invitation de la Société d’art lyrique du Royaume.

« Elle a pris une sage décision en reportant son opéra. Même si on trouvait un vaccin à la fin de l’année, le temps qu’on le distribue, il serait trop tard pour assurer le succès de cette production pour laquelle il aurait fallu engager des frais ce printemps », fait remarquer Jean-Philippe Tremblay.

Les orchestres symphoniques aussi traversent une zone de turbulence en raison de la pandémie. C’est particulièrement vrai aux États-Unis, où le soutien de l’État est soit modeste, soit inexistant. Le maestro originaire du Saguenay croit que plusieurs formations de types B et C, ce qui correspond à leur niveau de financement, pas à la qualité du produit, ont été fragilisées.

« Faute de donateurs et de subventions, ce sera dur de maintenir ces orchestres, qui n’ont plus de revenus de billetterie. C’est pourquoi je trouve important de garder le contact avec le public. C’est ce que fait l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) en tenant des concerts virtuels à 15 musiciens », mentionne Jean-Philippe Tremblay.

Même si 80 % de ses contrats ont été annulés, il n’attendra pas que les choses se replacent pour meubler ses journées. L’Université d’Ottawa compte en effet sur lui en vue de la session d’automne, qu’elle soit virtuelle ou traditionnelle. 

Il sera à nouveau professeur invité et ses champs d’intérêt comprennent la direction d’orchestre, la recherche et la musique comme outil social.

« J’aime oeuvrer dans un milieu où les choses se développent et c’est ce qui arrive à cette université. Elle se trouve dans une ville dont la croissance est impressionnante. La population augmente. L’aéroport grossit », décrit Jean-Philippe Tremblay, heureux de pouvoir concilier le rôle d’enseignant avec sa carrière en tant que chef d’orchestre.