Cette photographie représente bien l’effet d’ensemble qu’a créé Stéfanie Requin Tremblay à L’Oeuvre de l’Autre.

Les vraies couleurs de Stéfanie Requin Tremblay

Dix années se sont écoulées depuis la dernière exposition solo de Stéfanie Requin Tremblay au Saguenay–Lac-Saint-Jean. D’autres projets ont sollicité son attention au cours de cette période, dont un engagement de deux ans à titre de commissaire au Lobe. L’artiste était donc heureuse d’emménager à la galerie L’Oeuvre de l’Autre, située sur le campus de l’Université du Québec à Chicoutimi. Elle y présente l’exposition True Colors, jusqu’au 6 février.

« Dans le milieu, il y a un consensus à l’effet que c’est le plus bel endroit pour présenter ses choses. Le plancher de béton a un côté à la fois brut et neutre qui fait ressortir les oeuvres. En même temps, le format de la salle est idéal. Il m’a permis, par exemple, de montrer des photos sur le mur du fond, sans que ça perturbe l’effet d’ensemble », a énoncé Stéfanie Requin Tremblay, au cours d’une entrevue accordée au journal.

Ces images, justement, roulent en boucle pendant trois minutes, 12 secondes. C’est le temps que dure la chanson qui accompagne le montage, Fade To Grey, du groupe Visage. « J’ai jumelé des personnalités à des objets pris sur Internet au moyen d’une capture d’écran. De cette manière, le numérique devient physique, tout en étant figé dans le temps. Et justement, le titre de l’exposition témoigne du fait que j’y présente mes vraies couleurs, ce qui comprend mon obsession pour la mort », indique l’artiste.

Houston, Cobain

Ainsi voit-on défiler les visages de Daniel Balavoine, de Whitney Houston et de Kurt Cobain, pendant que le succès de Visage enveloppe l’espace, lointain écho des années 1980. « C’est à partir de cette chanson étrange, avec son côté mélancolique, que j’ai créé mon exposition la plus intime. J’ai sélectionné une version pour karaoké parce que j’aime participer à ce genre d’activité. C’est une manière de faire revivre des gens qu’on aime et qui sont décédés », fait observer Stéfanie Requin Tremblay.

Pour connaître ses peurs, ses joies et ses obsessions, les visiteurs peuvent s’attarder au texte reproduit sur trois feuilles grand format, qui a pour titre Hygiène. Avant même de le lire, on apprécie la mise en espace, clin d’oeil à sa formation de graphiste. « J’ai noté tout ce qui me passait par la tête pendant une période de deux mois, décrit l’invitée de L’Oeuvre de l’Autre. C’est un projet d’écriture automatique qui a pris une dimension artistique. J’ai rendu mes pensées physiques. »

Une bourse de la Fondation TIMI lui a permis d’effectuer une résidence d’une semaine à la galerie, ce qui lui a donné la chance de consulter les gens de passage, souvent des étudiants et des professeurs, à propos des installations qui prenaient forme dans la salle. Ce processus éminemment démocratique a mené à la création d’oeuvres qui ont été ajoutées à celles étrennées dans les derniers mois, à Rouyn-Noranda et à Rimouski. « J’ai agrandi les formats pour accroître l’impact des photos. C’est plus immersif », note Stéfanie Requin Tremblay, en regardant trois immenses photographies numériques où d’autres objets sont couplés à d’autres célébrités, mortes ou vivantes. Les couleurs évoquées dans le titre y sont présentes, jolies comme tout, très féminines. On les retrouve dans les installations posées sur le plancher, dans un coin de la salle, ainsi qu’au centre, reflets poétiques d’un monde en panne de magie.