AMC, la plus importante chaîne de salles de cinéma d’Amérique du Nord avec 8000 écrans, est en guerre avec Universal.
AMC, la plus importante chaîne de salles de cinéma d’Amérique du Nord avec 8000 écrans, est en guerre avec Universal.

Les salles de cinéma en guerre avec Universal à propos du streaming

LOS ANGELES — Le succès commercial du dessin animé Trolls 2 en streaming a envenimé les relations entre Universal et le numéro un des cinémas aux États-Unis, qui a annoncé qu’il refuserait dorénavant de projeter dans ses salles les films produits par ce studio hollywoodien.

En raison du confinement provoqué par le coronavirus, le dessin animé Trolls 2 - Tournée mondiale a été diffusé directement sur les plateformes de streaming, comme Apple TV, pour la somme forfaitaire de 19,99 dollars.

Cette décision avait à l’époque été présentée par Universal comme une exception justifiée par la pandémie qui a provoqué la fermeture des cinémas.

Mais le Wall Street Journal a révélé mardi que le film avait récolté la somme colossale de 95 millions de dollars en Amérique du Nord ces trois dernières semaines. Et fort de ce succès inattendu, le patron d’Universal a déclaré au journal que ses studios allaient désormais sortir leurs films «dans les deux formats», à la fois en salles et sur les plateformes de vidéo à la demande, même après la crise sanitaire.

AMC, la plus importante chaîne de salles de cinéma d’Amérique du Nord avec 8000 écrans, a pris ces propos comme une déclaration de guerre. Elle a écrit à Universal pour l’avertir qu’elle «ne projettera plus aucun film Universal dans ses cinémas des États-Unis, d’Europe ou du Moyen-Orient», une décision à effet immédiat.

«AMC croit qu’en envisageant de diffuser simultanément en VOD et dans les cinémas, Universal rompt le modèle économique et les accords qui unissent nos deux sociétés», écrit le pdg d’AMC, Adam Aron, dans cette lettre reproduite par de nombreux médias spécialisés.

Avant la pandémie, les studios américains attendaient généralement 90 jours après la sortie en salles pour diffuser leurs œuvres sur un quelconque format numérique.

L’an dernier, les cinémas ont engrangé des profits records, à hauteur de 42,5 milliards de dollars, à la faveur notamment d’une série de grosses productions Disney. Mais l’essentiel de leur croissance s’est fait hors d’Amérique du Nord et les exploitants de salles voient depuis longtemps d’un mauvais oeil l’engouement des spectateurs pour les services de streaming.

Les exploitants de salles se sont d’ailleurs alarmés du succès de Trolls 2 en vidéo à la demande, affirmant que cette performance exceptionnelle était la conséquence du confinement qui empêche des centaines de millions de spectateurs de se rendre au cinéma.

«Universal n’est pas fondé à utiliser ces circonstances inhabituelles pour court-circuiter les vraies sorties en salles», a insisté John Fithian, responsable de l’association américaine des exploitants de salles.

Outre Trolls 2, de nombreux films sont sortis sur internet directement, ou avec des délais raccourcis, en raison de la fermeture des salles dans de nombreux pays.

Ce sera le cas pour Scooby! de Warner Bros le mois prochain, de même que le film Artemis Fowl qui ira directement sur la plateforme Disney+. Les studios Paramount diffuseront quant à eux le film The Lovebirds directement sur Netflix sans passer d’abord dans les salles.

LES GRANDES CHAÎNES ATTENDRONT L'ÉTÉ POUR ROUVRIR

Par ailleurs, les cinémas de Géorgie ont été réautorisés à accueillir du public lundi, et le Texas suivra dans quatre jours, mais aucun des grands réseaux de salles ne compte en profiter avant l’été.

Les nouvelles règles d’exploitation en Géorgie imposent notamment aux salles de cinéma d’espacer chaque groupe de spectateurs d’au moins deux mètres et de nettoyer les fauteuils entre chaque séance.

Au Texas, le gouverneur Greg Abbott a fixé à 25 % de la jauge la capacité d’accueil maximale de chaque salle obscure.

Lors d’une présentation aux investisseurs, mi-avril, le troisième réseau de salles aux États-Unis, Cinemark, avait indiqué que son taux de remplissage moyen en temps ordinaire se situait entre 20 % et 30 %.

«Nous pouvons donc fonctionner de façon très rentable tout en respectant les obligations en matière de distanciation sociale», avait écrit l’exploitant dans sa présentation.

Mais lors de la même présentation, le directeur général, Mark Zoradi, a indiqué que Cinemark visait une réouverture vers fin juillet.

Il s’agit pour le réseau de s’assurer que les mesures de prévention contre la propagation du virus sont en place, mais aussi d’attendre la sortie d’un film à gros budget, pour inciter le public à revenir.

La chaîne de cinémas a ainsi jeté son dévolu sur le nouveau film du réalisateur Christopher Nolan (Dunkerque, Le chevalier noir, Origine), Tenet, dont la sortie aux États-Unis et au Canada est prévue le 17 juillet.

Elle compte aussi sur l’arrivée, dès le week-end suivant (24 juillet), de Mulan, version en prises de vue réelles du film animé de Disney.

AMC prévoit de rouvrir ses salles «quelques semaines avant [la sortie de] ces nouvelles superproductions», mais «directement avant», a-t-il indiqué vendredi.