Les sacrifices d’une ballerine

Anaelle Carette, une jeune ballerine d’Alma, a quitté le nid familial à seulement 13 ans pour faire son entrée cet automne à l’École supérieure de ballet du Québec située à Montréal. Sa passion et les efforts investis depuis son tout jeune âge portent leurs fruits, alors qu’elle sera également de la deuxième saison de la compétition de danse Révolution, dont la diffusion débute dimanche.

Anaelle a débuté le ballet à l’âge de 3 ans. «Ma grande soeur faisait du ballet. Quand elle revenait des cours de danse, elle était vraiment heureuse, se souvient-elle. Je crois que j’ai juste demandé à mes parents de m’inscrire. Ma grande soeur, c’est comme un modèle et je voulais faire comme elle.»

Ses parents, Jérôme Carette et Claudine Tremblay, étaient alors loin de se douter que ce loisir allait devenir une véritable passion. Anaelle a bien essayé la gymnastique, le soccer, la course et le cross-country, mais elle est toujours retournée à ses premières amours, le ballet, auquel s’est ensuite ajoutée la danse contemporaine.

Élève du Prisme culturel, elle aurait même pu faire son entrée à l’École supérieure de ballet à 11 ans. Elle avait alors réussi à se tailler une place au sein du programme professionnel, une formation de calibre international, après avoir été admise à la suite du stage d’été de l’institution.

La jeune fille ne se sentait cependant pas encore prête à faire le saut. «J’étais moins mature. J’aimais vraiment ça, mais j’étais moins prête à m’investir à 100 % dans la danse et à faire le gros changement. Mais à 13 ans, j’étais rendue là», laisse-t-elle tomber, lors d’un entretien téléphonique avec Le Progrès. À l’autre bout du fil, à quelques jours de son anniversaire, le 14 septembre, sa petite voix rappelle son jeune âge, mais son propos, lui, témoigne d’une étonnante maturité.

Maturité et discipline sont requises pour suivre la formation exigeante de l’École supérieure, qui forme des interprètes en danse classique pour les Grands Ballets canadiens et pour des entreprises de renommée mondiale.

«C’est vraiment exigeant, mais c’est ça que je recherchais et je m’améliore déjà vraiment beaucoup», souligne Anaelle avec enthousiasme.

Période d’adaptation

Depuis son arrivée au sein de l’institution montréalaise, à la fin du mois d’août, elle est soumise à un horaire serré afin de conjuguer sa formation professionnelle en danse et ses études en troisième secondaire. Elle est inscrite et hébergée au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, l’école secondaire privée affiliée à l’École supérieure de ballet.

Quelques semaines seulement après ces importants changements, Anaelle dit bien s’adapter à sa nouvelle vie. «Pour faire tous ces sacrifices et ce gros changement, il faut que tu sois passionné […]. Ce qui me motive, si je m’ennuie de la maison, de mes parents ou de mes amis, c’est de penser à la raison pour laquelle je suis ici.»


« Pour faire tous ces sacrifices et ce gros changement, il faut que tu sois passionné […]. Ce qui me motive, si je m’ennuie de la maison, de mes parents ou de mes amis, c’est de penser à la raison pour laquelle je suis ici. »
Anaelle Carette

«C’est sûr qu’il y a des soirs que je suis plus triste, mais je compte les dodos et ça finit toujours par passer», partage la ballerine, qui étudiait au pavillon Wilbrod-Dufour d’Alma en danse-études.

Révolution

La persévérance dont elle a fait preuve dans les dernières années lui a permis de se tailler une place au sein de la deuxième saison de Révolution, qui débute dimanche, à 19h, à TVA.

Une entente de confidentialité qui lie la famille à la production l’empêche de mentionner toute information liée à sa participation à la compétition de danse tournée au printemps. Il a été impossible de savoir si l’émission compte d’autres participants du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Chose certaine, on pourra constater au petit écran la passion d’Anaelle pour la danse. «La danse, c’est une possibilité énorme de présenter notre personnalité, parce que c’est tellement mettre ta propre couleur, ta propre émotion. […] J’aime ça danser du ballet, ça me rend juste, comme, heureuse.»+

+

CONSERVER UN ÉQUILIBRE FAMILIAL

L’entrée d’Anaelle à l’École supérieure de ballet du Québec à Montréal demande d’importants sacrifices à toute la famille Carette-Tremblay, qui tient à conserver un équilibre et des liens forts, malgré la distance.

Les soupers familiaux ont depuis quelques semaines pris une tout autre tournure pour la famille almatoise. Ses parents, Claudine Tremblay et Jérôme Carette, tenaient à préserver cette tradition où chacun raconte sa journée et c’est maintenant sur un écran que le visage de leur fille Anaelle apparaît à table aux côtés de ses soeurs Alicia, 11 ans, et Léanne, 16 ans.

« La technologie aide vraiment, car on fait du FaceTime je ne sais pas combien de fois par jour ! », partage Mme Tremblay en souriant. 

Les contacts sont cependant courts, partagent les parents rencontrés au centre administratif de la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean, à Alma, où ils travaillent tous les deux. Anaelle a un emploi du temps chargé, dans lequel les moments de temps libres sont circonscrits, en soirée, au travers des périodes d’études à l’horaire.

Sacrifices financiers importants

La séparation a été émotive pour les parents. La famille n’a eu que quelques semaines, à partir de l’acceptation d’Anaelle, au début du mois d’août, afin de planifier la logistique entourant le départ d’Anaelle, qui implique également d’importants sacrifices financiers pour la famille.

La formation, l’hébergement, le transport et les autres dépenses nécessaires demanderont un budget de plus de 20 000 $ par année de formation aux deux écoles privées, ont-ils estimé. La fréquentation de l’école privée du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie est obligatoire lors de l’admission à l’École supérieure de ballet du Québec.

« On voulait qu’elle n’ait pas de regrets, parce qu’il y a une fenêtre et une opportunité », ajoute Claudine Tremblay, en soulignant la qualité de l’enseignement et de l’encadrement offerts par les deux écoles.

L’équilibre demeure cependant une priorité pour le couple, qui préfère regarder la situation à court terme et non voir son admission comme un départ définitif de la maison. « C’est elle qui nous a parlé des auditions au départ, mentionne Jérôme Carette. Il faut que ça reste sa volonté première et qu’elle reste heureuse là-dedans. »

Si une carrière en danse ne se concrétise pas, ses parents ne sont pas inquiets pour son avenir, peu importe les choix qu’elle fera. « C’est une intense, quand elle fait quelque chose, elle s’embarque à fond », partage sa mère.