Ces photographies produites par Kathy Lapointe découlent d’une démarche provoquée par le choc culturel qu’elle a ressenti à son arrivée à Ottawa. Les réactions des gens à son endroit, jumelées à des recherches généalogiques, lui ont permis de découvrir qu’elle était Métis du côté de ses deux parents.

Les racines retrouvées de Kathy Lapointe

À l’époque où Kathy Lapointe assumait le rôle de photographe pour le Festival international des Rythmes du Monde, il lui arrivait de monter au-dessus de la scène principale, voisine de la cathédrale de Chicoutimi, afin de présenter les artistes et la foule sous un jour différent. Ni la hauteur ni l’apparente fragilité du toit ne rebutaient cette jeune femme qui, à la même époque, travaillait également pour le Théâtre du Saguenay.

« Après, je me suis tannée. J’ai voulu prendre du recul et c’est pourquoi j’ai fait du management de contrats pour des firmes d’ingénierie. J’ai commencé au Saguenay, avant de me rendre à Sorel, puis à Ottawa où j’ai eu un choc culturel en réalisant à quel point mon visage, comme celui de bien des gens au Saguenay-Lac-Saint-Jean, était différent de ceux que je croisais. Très autochtone. Très métissé. Je me faisais regarder souvent », a-t-elle raconté au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Cette prise de conscience l’a amenée à se poser des questions au sujet de son identité. Des recherches ont suivi, qui ont confirmé que ce n’était pas l’effet du hasard si ses traits ressemblent à ceux d’une Autochtone. « J’ai été choquée par mon amnésie. J’ai constaté que j’étais Métis du côté de mes deux parents », fait observer Kathy Lapointe, qui a abordé cette réalité en affichant la même persistance, la même témérité, qu’au temps des Rythmes du Monde.

C’est à ce moment que s’est définie sa nouvelle vocation, centrée sur son identité retrouvée. La photographe en elle a voulu reprendre du service en réalisant des portraits de membres des communautés autochtones. En parallèle, l’idée lui est venue de participer à différentes activités organisées dans ces mêmes communautés. « Pendant quatre ans, j’ai dû faire tous les pow-wow autour d’Ottawa. Je participais aussi à des cercles de tambours », mentionne-t-elle.

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Kathy Lapointe présente les deux outils qui l’ont aidée à s’approprier ses racines autochtones, un canoë miniature et des portraits réalisés dans différentes communautés.

Rencontre décisive

Kathy Lapointe a effectué une rencontre décisive le jour où sa route a croisé celle de Christian Pilon. Lui aussi est Métis et pour tisser des liens entre ses deux ancrages, les communautés canadienne-française et anishnabé, il multiplie les visites dans les écoles primaires et secondaires. Son outil pédagogique épouse la forme du canoë d’écorce traditionnel, fabriqué en classe avec le concours des élèves.

Initiée à cet art il y a deux ans, la Saguenéenne y a trouvé une autre preuve que ses origines plongent bien creux dans la terre d’Amérique. « J’ai appris vite parce que je porte la mémoire de mes ancêtres. On a ça dans le sang, énonce-t-elle. Dès que j’ai commencé à manipuler les outils, les gestes sont venus spontanément. Je suis embarquée dans un voyage autochtone et ça m’a rendue accro. Mon virage artistique a commencé avec ça. »

Chaque canoë est fait de matériaux prélevés dans le respect de la nature, assure Kathy Lapointe. On y trouve des racines d’épinette, de l’écorce de bouleau, du bois de cèdre et de la gomme d’épinette, entre autres. « C’est le premier cadeau que les Autochtones ont donné aux Français. Pour ceux-ci, c’était une question de survie », affirme-t-elle.

Les élèves du primaire fabriquent un canoë miniature à l’intérieur d’une fenêtre de cinq jours, sous la supervision de Christian Pilon et de sa protégée. Au secondaire, la démarche est étalée sur trois mois, ce qui donne le temps de réaliser un canoë grandeur nature. « J’ai travaillé sur trois canoës de 14 ou 16 pieds, jusqu’à présent. À partir cet automne, je vais aider des jeunes à créer sept canoës d’une longueur de quatre pieds », précise la Saguenéenne.

D’autres projets figurent dans ses plans, dont la production d’un documentaire mettant en vedette Marcel Labelle, un trappeur et constructeur de canoës originaire de Mattawa. Les images sont en boîte et elle est rendue à l’étape du montage. Et puis, il y a les portraits mentionnés plus haut, une autre façon, pour Kathy Lapointe, de se réapproprier un passé trop longtemps oublié.

Cette photographie fera partie de l’exposition Nos visages, notre histoire, un projet monté par la Saguenéenne Kathy Lapointe.

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NOS VISAGES, NOTRE HISTOIRE OU LA MÉMOIRE PARTAGÉE 

Il y a quelques semaines, Kathy Lapointe a tenu une première exposition de photographies au Parc Omega de Montebello. Les visiteurs ont pu découvrir ses portraits ayant pour trait commun de représenter des personnes dont les ancêtres vivaient au Canada avant la création officielle du pays, en 1867. Or, ce n’était qu’un avant-goût de ce que deviendra son projet baptisé Nos visages, notre histoire, une fois qu’il aura atteint sa pleine dimension.

« Jusqu’à maintenant, j’ai produit de dix à 12 photos, alors que je veux me rendre à 20. Ce qui prend du temps, c’est la recherche effectuée pour chaque personne. Je mène une enquête sur ses ancêtres afin de montrer d’où nous venons. Je raconte de belles histoires, de beaux métissages. C’est une manière de susciter la fierté », indique la photographe originaire du Saguenay.

Plusieurs de ses portraits ont été captés dans des communautés autochtones et elle a pour politique de laisser les sujets déterminer le lieu où ils souhaitent être immortalisés, du moment que c’est à l’extérieur. L’intention derrière cette manière de fonctionner, ainsi que les textes qui accompagnent les images, consiste à « générer une vague positive d’identification culturelle », avance Kathy Lapointe.

« Je suis chanceuse, parce que j’ai amorcé cette démarche au moment où le ministère de l’Éducation de l’Ontario se montrait favorable aux partages culturels dans les écoles. À travers ma démarche artistique, notamment les portraits, je crée des plans de redressement identitaires. C’est passionnant de s’associer à des gens qui veulent bouger positivement », confie la photographe.

Une fois que toutes les photos auront été prises, les textes dûment révisés, elle sera prête à présenter la version finale de l’exposition. Dans cette perspective, des approches ont été effectuées auprès de différentes institutions, dont La Pulperie de Chicoutimi. Dans son esprit, Nos visages, notre histoire se promènera longtemps sur le territoire. « Il va se passer des choses en Ontario, dans les Maritimes et au Québec », laisse entrevoir Kathy Lapointe.