Charlotte Cardin a séduit ses nombreux fans rassemblés vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Elle en a profité pour livrer plusieurs pièces inédites, en plus de ses succès.

Les plaisirs du spleen, version Charlotte Cardin

Combien de chanteurs québécois peuvent remplir un lieu comme le Théâtre Banque Nationale? L’état de l’industrie du disque étant ce qu’il est, deux mains suffiraient pour les compter et parmi eux, on retrouverait Charlotte Cardin. De passage à Chicoutimi vendredi soir, elle a rassemblé une foule qui débordait jusqu’au premier palier, jusqu’aux loges nichées de part et d’autre de la scène, en cette période de l’année où Noël accapare tellement les esprits.

Ce n’est pas banal, mais il a suffi que la jeune femme apparaisse, flanquée de deux musiciens, pour saisir l’ampleur du phénomène. Sa silhouette si gracile était à peine visible, progressant dans la pénombre, lorsqu’une puissante rumeur a enveloppé la salle. Même s’ils avaient apprécié la première partie assurée avec brio par le groupe Men I Trust, ses fans n’en pouvaient plus de l’attendre, à l’occasion de son unique escale au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Debout derrière son clavier, Charlotte Cardin leur a offert un titre phare, Big Boy, dans lequel s’est déversé un océan de mélancolie. Sa voix si particulière, tantôt nasillarde, tantôt céleste, avec une infinité de variations dans les inflexions, a exprimé pour la première fois le sentiment qui allait dominer la soirée. «Vous allez tout connaître de mes ruptures», a annoncé la chanteuse d’un ton enjoué, après avoir livré une deuxième composition carburant au spleen.

Charlotte Cardin a séduit ses nombreux fans rassemblés vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Elle en a profité pour livrer plusieurs pièces inédites, en plus de ses succès.

Comme elle prépare un album, plusieurs primeurs ont été partagées, dont Good Girl (en passant, il s’agit d’un titre provisoire. Si vous en avez d’autres à suggérer, l’artiste vous en saura gré). Piano grave jumelé à la voix, qui emprunte un ton de confessionnal. Une amorce intimiste avant que la batterie et la basse n’emmènent le public ailleurs, dans un crescendo émotif où la femme dont il est question implore l’être aimé. Cette performance a été saluée par des cris, ce qui regarde bien pour le nouvel enregistrement.

Autre variations sur le thème de la mélancolie, Les jupes, une composition sortie il y a quelques jours à peine, a pris des accents gospel par le truchement du piano. Juste ce qu’il fallait pour conférer une touche originale aux arrangements. Dans la même foulée, l’artiste s’est amenée au bord de la scène pour interpréter Drive, elle aussi inédite. Inspirée par le beat, elle a esquissé quelques pas de danse en marchant.

«Vous êtes tellement attentifs, c’est incroyable», a mentionné Charlotte Cardin, qui a récompensé la foule en livrant une pièce écrite à ses débuts, Just Like That. Seule comme une grande, s’accompagnant à la guitare acoustique sans le secours de la sonorisation, elle a livré une performance magnétique, un morceau de bravoure accueilli par des sifflets s’élevant par-dessus les cris et les applaudissements.

Il restait d’autres perles à enfiler, California, Dirty Dirty et Main Girl, ce qui a coïncidé avec l’arrivée de cette chose étrange, la légèreté, qui va si bien à Charlotte Cardin. Elle s’est remise à danser, doucement, sur des arrangements où on a décelé des traces de funk. Après une heure, toutefois, le moment était venu de fermer les livres, mais pas avant de proposer une version séduisante du succès de Julie Masse, C’est zéro, suivi de Faufile.

«Merci pour la belle soirée. C’était le fun», a lancé l’invitée de Diffusion Saguenay au moment de prendre congé de ses fans, qui en auraient pris davantage.