Marc-Antoine K. Phaneuf collectionnait les petites phrases depuis 10 ans, ce qui a donné naissance au Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne, un livre publié à La Peuplade.
Marc-Antoine K. Phaneuf collectionnait les petites phrases depuis 10 ans, ce qui a donné naissance au Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne, un livre publié à La Peuplade.

Les petites phrases et grandes vérités de Marc-Antoine K. Phaneuf

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Les ethnologues ont peur de prendre un taxi conduit par un Blanc.

La gangrène n’est pas héréditaire.

Les piranhas sont des vampires d’eau douce.

Che Guevara est une marque de t-shirts.

Ces observations émanent de Marc-Antoine K. Phaneuf, auteur du Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne. Publié à La Peuplade, cet ouvrage de 360 pages renferme des aphorismes qui ont germé au fil des dix dernières années. Les animaux. Les peuples. Les célébrités. Les prénoms. Les métiers. Ce ne sont qu’une fraction des thèmes abordés par l’écrivain, soucieux de respecter le sens du mot encyclopédique.

Toutes ses pensées ne font pas sourire. Certaines sont des constats livrés le plus simplement du monde. C’est le cas pour celle-ci: Marie-Antoinette était une chaîne de restaurants. D’autres, en revanche, ne trouvent aucun appui dans la réalité. À moins qu’un chercheur ne réussisse à prouver, hors de tout doute, que photographier une femme enceinte lui porte malchance.

« En 2008, j’ai complété un livre où je classais mes connaissances : Téléthons de la Grande Surface. J’amenais le lecteur à lire des listes qui constituaient des poèmes. C’est à la suite de ce projet que j’ai voulu expliquer le monde par des phrases simples. Elles se sont accumulées et en 2010, j’ai sorti un livre d’artiste avec 80 diapositives portant chacune une vérité », a raconté Marc-Antoine K. Phaneuf au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Le monstre n’avait pas finir de grossir, cependant. Il a pris les proportions que l’on sait, jusqu’au moment où La Peuplade a souhaité l’ajouter à son catalogue. De concert avec son ami Paul Kawczak, l’écrivain a cerné les thématiques les plus pertinentes, déterminé l’ordre d’apparition des aphorismes. « Nous avons travaillé méticuleusement sur le début et la fin des chapitres. Après, il m’est arrivé de rapprocher des phrases », rapporte l’écrivain.

Ce travail de mise en scène n’est pas allé très loin, cependant. L’idée de laisser une marge de manoeuvre au chaos était en effet séduisante. « La fonction shuffle représente une si belle invention. On ne s’en sert pas assez en littérature », note avec humour celui qui, depuis cinq ans, vit à Québec. Ne cherchez donc pas de sens caché aux phrases Les vraies vaches ne rient pas et Les chats blancs aux yeux bleus jugent tout ce qui les entoure. Elles ont beau se suivre, ça ne veut rien dire.

Le sens des mots

Derrière le caractère fantaisiste du Carrousel se cache une ambition mi-poétique, mi-sérieuse. « Je voulais offrir un portrait du monde qui soit juste, en plus d’en montrer l’absurdité », énonce Marc-Antoine K. Phaneuf. Le livre est donc chevillé au présent. Il y a même une référence au coronavirus, glissée à la toute fin du processus d’écriture. Pourtant, l’écrivain entretenait aussi un désir d’intemporalité. Il souhaitait que dans 10 ans, dans 20 ans, la plupart de ses petites phrases trouvent encore un écho.

Une autre réflexion a porté sur les mots et les concepts susceptibles de prêter à controverse. « Je ne voulais pas aller dans la culture du viol », donne-t-il en exemple. Quant au «N Word», ce terme qui colle à la peau des Noirs américains depuis des générations, il a été banni parce qu’aujourd’hui encore, on l’utilise afin de les déshumaniser. La proximité était trop grande.

Sur un registre différent, l’écrivain a d’abord cru que ses textes ne constituaient pas des aphorismes, ce genre qu’ont pratiqué avec bonheur des auteurs comme Oscar Wilde et Arthur Schnitzler. Il aura fallu l’intervention de sa conjointe pour le ramener dans le droit chemin. « Je trouvais qu’un aphorisme devait être brillant, une sorte de jeu philosophique, alors que mes phrases sont idiotes. Pour me convaincre, ma blonde a dit que je faisais des aphorismes idiots », lance Marc-Antoine K. Phaneuf d’un ton enjoué.

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UN ROMAN BASÉ SUR LES FAKE NEWS

Il y a beaucoup de mensonges dans le Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne et justement, on en retrouvera plusieurs dans le prochain livre de Marc-Antoine K. Phaneuf. Il sera centré sur un phénomène qui connaît une popularité inquiétante: les théories du complot.

«Le livre se trouve entre les mains de La Peuplade. J’ai écrit des choses farfelues, mais il y a des sections que je devrai modifier parce que l’actualité est encore plus folle. Ce texte a été nourri par Donald Trump et je sens que les élections de novembre vont jouer sur le récit », fait observer l’écrivain.

L’un de ses défis, dans le cadre de ce projet, consiste à produire une trame narrative. Ce ne sera pas une suite de phrases comme dans le Carrousel, mais une histoire que le lecteur suivra par l’entremise d’un narrateur. «Je veux que ce livre fonctionne comme un roman», confirme Marc-Antoine K. Phaneuf.

Il reconnaît que la réalité l’a rattrapé depuis la naissance de ce texte, il y a deux ans. « Je vois comment les choses se transforment et c’est troublant. Derrière les gens qui consomment des fake news, je perçois du cynisme. On croit à ce qu’on a envie de croire », mentionne l’écrivain.

Lui, en revanche, estime qu’il existe des vérités que l’on ne saurait contredire, puisqu’elles reposent sur le socle de la science. « On ne peut pas la nier. On doit faire confiance à l’expertise des autres, plaide Marc-Antoine K. Phaneuf. Mais comme l’a dit un artiste qui m’est cher, Christian Boltanski, la vérité, c’est quelque chose de très compliqué. »