Ainsi que le mentionnent Serge Bouchard et Luc Lessard, deux artisans des Mardis de la Saint-Do, cette activité lancée il y a sept ans est bien enracinée dans le coeur des amateurs de musique. Ils sont de 300 à 400 à assister aux concerts.

Les mardis de la Saint-Do: Des concerts de plus en plus courus

« Notre série de concerts est de plus en plus connue. C’est rendu que les gens nous demandent des signets lorsque nous allons en distribuer, parce qu’ils sont déjà venus et souhaitent connaître la nouvelle programmation. Il s’agit de notre huitième édition et la tradition s’installe », constate Luc Lessard, l’homme derrière les Mardis de la Saint-Do.

Le calendrier lui a laissé quatre cases à remplir cette année, une séquence qui sera amorcée le 7 août à 19 h 30. Comme toujours, un organiste sera invité à jouer sur les deux Casavant de l’église Saint-Dominique de Jonquière, celui qui se trouve à la tribune, installé il y a plus d’un siècle, et son lointain cousin placé dans le choeur. Certains feront aussi vibrer le piano donné par les Soeurs du Bon-Pasteur, histoire d’accompagner l’artiste qui partagera l’affiche avec eux.

« C’est une tendance qui se développe chez les organistes. La plupart amorcent le concert à l’orgue de tribune afin d’aborder le grand répertoire. Après la pause, où les spectateurs sont invités à effectuer un don sur une base volontaire, les artistes descendent dans le choeur et c’est une chose que le public apprécie. Le contact est plus direct et ça correspond à la réalité de notre époque. Les gens aiment autant voir qu’entendre », énonce Luc Lessard.

« La nouvelle programmation s’inscrit dans la continuité de ce que nous avons présenté dans le passé, ajoute un autre membre du comité organisateur, Serge Bouchard. Il y a des pièces légères et d’autres qui demandent de la virtuosité, une formule semblable à celle que préconisent les concerts d’orgue de la cathédrale de Chicoutimi, dont l’édition 2018 vient de prendre fin. »

Il a fallu bâtir un public, un exercice de patience qui s’est révélé fructueux puisqu’aujourd’hui, les Mardis de la Saint-Do affichent une belle santé. Chaque rendez-vous attire de 300 à 400 mélomanes et grâce aux commandites, lesquelles s’ajoutent aux revenus de la souscription volontaire, les finances sont saines. « On est chanceux, mais on souhaite toujours augmenter notre budget pour accueillir de bons musiciens », fait observer Luc Lessard.

Un beau mariage
Le premier programme de la saison traduit bien la philosophie qui guide les organistes invités à Saint-Dominique. Jean Côté, qui est directeur musical de la schola grégorienne Les Neumes, en plus d’assumer la fonction d’organiste à l’église Sainte-Monique de Québec, amorcera ainsi le concert à la tribune. Il ouvrira la saison en interprétant la Toccata en Fa majeur de Buxtehude, un maître de la période baroque que Jean-Sébastien Bach considérait comme un mentor.

D’autres compositions feront la part belle à la trompette, notamment une sonate de Purcell qui mettra en valeur le talent du Français Frédéric Quinet. Le duo se déplacera ensuite dans le choeur, où il proposera des titres de Mozart, Debussy et Holst, entre autres. « La trompette et l’orgue ensemble, ça sonne bien », note Luc Lessard.

Le 14 août, toujours à 19 h 30, les mélomanes auront droit à un programme copieux, gracieuseté de l’organiste Julien Girard et de la mezzo-soprano Claudine Ledoux, une interprète dont la longue feuille de route comprend des concerts livrés en Angleterre, en Belgique, en France, aux Pays-Bas et en Italie, ainsi que des apparitions sur les albums Noël à Darmstadt, et Les Sept paroles du Christ de Graupner, tous deux commercialisés par Analekta.

L’Angleterre sera en évidence dans la première moitié du programme, par le truchement de Purcell, Haendel, Thomas Morley et Vaughan Williams. Baptisée Beau jour, cette tranche du concert émanera de la tribune, tandis que la seconde, À la brunante, amènera les artistes dans le choeur. Debussy, Fauré et Poulenc lui donneront une couleur française.

La semaine suivante, l’organiste Marc D’Anjou sera accompagné par un couple de chanteurs, le ténor David Rompré et la mezzo-soprano Luce Vachon. « Ce sera spécial. Il est rare que nous ayons plus de deux invités », souligne Luc Lessard. Viendra ensuite la dernière soirée des Mardis de la Saint-Do, celle du 28 août. Elle sera marquée par la présence de l’organiste Jocelyn Lafond, ainsi que de Ludovick Lesage-Hinse, qui alternera entre la clarinette et le saxophone.

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DEUX ORGUES SUR QUI LE TEMPS N'A PAS DE PRISE

Les concerts présentés dans le cadre des Mardis de la Saint-Do permettent d’apprécier l’un des orgues les plus anciens de la région, l’un des plus impressionnants aussi. Du fait de ses 32 jeux, mais surtout des améliorations apportées au fil du temps, le Casavant de l’église Saint-Dominique de Jonquière possède une capacité d’expression qu’apprécient les musiciens invités à participer aux concerts du mois d’août.

« À l’origine, il fonctionnait grâce à deux pompeurs, une situation qui a prévalu jusqu’en 1944, lorsque François Brassard, qui était titulaire de l’orgue, a demandé qu’on procède à son électrification. On en a aussi profité pour changer la console, puis il y a eu une restauration complète en 1990. On a alors refait les plans sonores, ce qui a donné accès à tous les répertoires », raconte l’un des responsables de la programmation, Luc Lessard.

C’est aussi lui qui veille à ce que l’instrument soit dans une condition optimale, ce qui lui permet d’affirmer qu’à l’aube d’une nouvelle série de concerts, ses qualités sont bien en évidence. « Il joue bien. Ce Casavant peut se montrer aussi doux que puissant, ce qui est différent du côté triste, “pleureux”, des orgues de l’ancien temps », fait-il observer.

Un autre facteur qui rend l’écoute agréable tient aux propriétés acoustiques de l’église construite entre 1912 et 1914. « Il n’y a qu’une seconde de réverbération, comparativement à six dans certains édifices, ce qui est avantageux pour les artistes », mentionne Luc Lessard. Cette caractéristique vaut également pour l’orgue de choeur, un autre Casavant qui, lui, comporte 16 jeux.

Après avoir servi la congrégation du Bon-Conseil pendant quelques années, il a abouti à l’église Saint-Georges de Jonquière, maintenant fermée au culte. C’est justement Luc Lessard qui a procédé à l’ultime déménagement de l’instrument créé en 1942, une opération qui procure plus d’options aux organistes recrutés dans le cadre des Mardis de la Saint-Do. « Il est en excellente condition », résume le facteur d’orgue.

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DES VESTIGES DE LA PREMIÈRE ÉGLISE SAINT-DOMINIQUE

En plus de participer aux Mardis de la Saint-Do en tant que membre du comité organisateur, Serge Bouchard connaît l’église Saint-Dominique comme le fond de sa poche. Il en a été le sacristain pendant plusieurs années, en effet, ce qui lui a donné l’occasion d’admirer les attributs de cet édifice construit il y a 106 ans, à partir des plans de l’architecte René-Pamphile Lemay.

L’un des secrets bien gardés du temple jonquiérois se trouve sous terre. Pour y avoir, accès, il faut ouvrir une trappe discrètement aménagée dans la nef et descendre prudemment, puisque le lieu n’est guère éclairé. C’est ainsi qu’on se retrouve devant des vestiges dont l’existence même apparaît improbable: les fondations de la première église Saint-Dominique, celle dont le clocher a dominé le paysage jonquiérois de 1876 à 1911.

Elles sont en excellente condition parce que bâtiment actuel a été érigé par-dessus, les protégeant ainsi des intempéries. Comme il est beaucoup plus grand, ses propres fondations enserrent les anciennes. «À ma connaissance, c’est l’une des seules traces de la première église Saint-Dominique qui ait été préservée», fait remarquer Serge Bouchard.

Les fondations réveillent des souvenirs longtemps enfouis dans la mémoire collective. Les plus lointains, mentionnés par Russel Bouchard dans le livre Histoire de Jonquière, évoquent l’inauguration du temple par Monseigneur Dominique Racine, le 16 décembre 1878. Il avait fière allure et a donné lieu à des célébrations si fastueuses qu’un journaliste a écrit que le feu de joie allumé tout près était visible jusqu’à Hébertville et Chicoutimi, ainsi que la paroisse Sainte-Anne (Chicoutimi-Nord).

La petite communauté a connu un développement spectaculaire, cependant, si bien qu’entre 1910 et 1912, elle est passée de 2650 à 3500 âmes. Même le départ de 80 familles à Kénogami, fondée au même moment par William Price III, n’a pu freiner ce mouvement qui a justifié la construction d’une plus grande église, une église aux airs de cathédrale.