Dany Placard a procédé à une métamorphose lors de la création de l'album Full Face, qui sera lancé jeudi soir. Le Saguenéen a mis le folk de côté au profit de musiques évoquant ses anciennes amours avec le rock.

Les habits neufs de Dany Placard

Avant de créer les pièces qui forment l'album Full Face, Dany Placard est retourné loin derrière, à l'époque où il étudiait à l'école Dominique-Racine de Chicoutimi. Le chanteur et guitariste en avait assez de faire du folk et ressentait le besoin de mettre le compteur à zéro, ce qui s'est traduit par l'écoute de plein de vieilles affaires qui l'avaient guidé à ses débuts comme musicien.
« Je me suis déprogrammé parce que j'avais l'impression de refaire les mêmes mélodies. Chaque musicien a ses tics, ses influences, et j'ai effectué un gros travail pour éliminer ça. En même temps, j'ai eu le goût de chanter de la même manière que je le faisais à Dominique-Racine, quand j'écoutais beaucoup de Nirvana et de Alice In Chains. J'ai retrouvé ma petite voix », a confié le Saguenéen mardi, à la faveur d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.
C'est après avoir produit des albums pour d'autres artistes que ce désir s'est manifesté. Il l'a poussé à tasser sept ou huit chansons qui auraient dû figurer sur son prochain opus afin de construire Full Face avec des matériaux différents. Hormis Guillaume Bourque, qui a coréalisé l'album avec lui, tous les musiciens sont des collaborateurs de fraîche date.
« Ils sont au début de la trentaine, alors que je suis rendu à 41 ans. On a du fun à jouer les pièces et pour la première fois, j'ai quelqu'un aux claviers. Camille Gélinas apporte une autre couleur aux arrangements », se réjouit Dany Placard. Lui-même aurait poussé encore plus loin le bouchon du renouveau, mais la sagesse aidant, il a confié à Guillaume Bourque le rôle de garde-fou.
« Nous collaborons depuis huit ans et cette fois, il avait pour tâche de me ramener sur Terre, d'éviter de dénaturer Dany Placard. Si j'avais été seul à la réalisation, ça aurait été « flyé ». J'aurais triplé, quadruplé ma voix », lance le chanteur en riant. Aujourd'hui, en effet, on le sent heureux de s'être donné tout ce mal. Le résultat l'incite même à croire que son public va s'élargir.
« On fait de la musique pour la partager et parmi les personnes qui ont écouté Full Face, les réactions sont bonnes », affirme le chanteur. À travers quelques ballades, dont Virer d'bord, où sa voix est maillée à des cordes, le vieux rocker en lui montre souvent le bout de son nez. Ainsi, il y a une touche de Lou Reed dans la pulsation nerveuse qui anime Payer les Bills, un bout de Nirvana sur Notre maison et une jolie finale rock, très électrique, sur La confesse.
« J'ai utilisé de l'équipement d'époque pour obtenir des timbres de guitare électrique des années 1990 », révèle Dany Placard. Il ajoute que le spectacle épousera des traits similaires à l'album. Réunissant la même équipe, il donnera lieu à quelques sorties à l'automne (dont une le 4 novembre, avec Laura Sauvage, au Yourte Fest de Saint-David-de-Falardeau) avant de prendre son erre d'aller après les Fêtes.
« Sur les albums Démon vert et Santa Maria, il y a des chansons qui faisaient brailler les gens quand je les faisais en spectacle. C'est une chose que je désire moins, aujourd'hui. Je préfère les chansons plus rock et c'est sûr qu'il y aura moins d'humour, moins de parlage », annonce le Saguenéen, qui procédera au lancement de Full Face jeudi, à Montréal.
Voici la pochette de <i>Full Face</i>, le nouvel opus de Dany Placard.
Un clip ambitieux, au look post-apocalyptique
Dany Placard a-t-il développé un goût pour le cinéma lors du tournage de Bleu Tonnerre, le court métrage de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné ? Il faut croire que oui, à en juger par le travail qu'il a accompli sur le clip de la chanson Full Face, tirée de l'album du même nom. On est loin d'une collection d'images captées au fil d'un spectacle.
Sorti récemment, le film montre deux hommes enfermés dans une sorte de refuge. L'un deux, incarné par le chanteur, en a ras le bol du babil incessant de son compagnon d'infortune. Même si l'environnement terrestre est devenu toxique pour les humains, il sort vêtu d'un scaphandre qui semble tout droit sorti de l'univers de Jules Verne.
« Ça se passe dans un décor post-apocalyptique qui est celui de l'ancienne mine d'amiante d'Asbestos. Le tournage s'est déroulé à la fin d'août et le réalisateur, Pablo Taduri, tenait à ce que ça prenne la forme d'un court métrage et non d'un clip. Même sans la musique, en effet, ça fonctionne », estime Dany Placard.
Son personnage goûte à sa liberté retrouvée. On le voit marcher, s'essayer au golf, puis rouler au pied d'une dune, un événement qui le conduira à sa perte en raison d'un bris d'équipement. Cette scène fut la plus éprouvante pour Dany Placard, qui l'a tournée lui-même parce que le budget était trop serré pour autoriser l'embauche d'un cascadeur.
« Vu que le costume n'était pas brisé à la fin de la première prise, j'ai recommencé. J'ai eu mal partout pendant une semaine », raconte le chanteur d'un ton amusé.