Originaire de Chambord, au Lac-Saint-Jean, la compositrice Maggie Ayotte a produit une pièce inspirée par ses échanges avec la danseuse et chorégraphe Eva Kolarova, dans le cadre du Festival des arts de Saint-Sauveur.
Originaire de Chambord, au Lac-Saint-Jean, la compositrice Maggie Ayotte a produit une pièce inspirée par ses échanges avec la danseuse et chorégraphe Eva Kolarova, dans le cadre du Festival des arts de Saint-Sauveur.

Les fructueuses collaborations de Maggie Ayotte [VIDÉO]

Depuis quelques jours, sur YouTube, on peut voir comment s’est articulé le partenariat entre la compositrice Maggie Ayotte, la danseuse Eva Kolarova et le corniste Louis-Philippe Marsolais. Tous trois ont uni leurs talents afin de réaliser une oeuvre d’environ six minutes, dans le cadre du Festival des arts de Saint-Sauveur.

Tourné dans un décor sylvestre par le cinéaste Louis-Martin Charest, la vidéo immortalisant cette chorégraphie montre à quel point les artistes ont transcendé le thème de l’édition 2020, « Une solitude partagée », défini par le danseur jeannois Guillaume Côté, qui assume la direction artistique de ce rendez-vous annuel avec le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin.

La musique écrite par Maggie Ayotte fait ressortir la sensibilité que peut dégager le cor, lorsqu’on lui en offre l’opportunité. Or, cette approche empreinte de douceur correspond au physique de la danseuse, mais surtout à la fragilité intérieure que suggèrent ses mouvements. L’ensemble est aussi émouvant que séduisant.

« Je me sens vraiment chanceuse d’avoir été sélectionnée, d’autant que j’adore ce que fait Yannick Nézet-Séguin. Ça m’a donné un bel élan, surtout dans le contexte où nous nous trouvons, a confié Maggie Ayotte lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. En même temps, j’ai été contente de travailler avec un grand interprète comme Louis-Philippe Marsolais, que je ne connaissais que de nom. »

Questionnement sur la peur

Une rencontre particulièrement fructueuse fut celle avec Eva Kolarova. C’est d’ailleurs à partir d’une conversation entre les deux femmes que la composition a pris forme dans la tête de la musicienne originaire de Chambord, au Lac-Saint-Jean. « Je suis partie d’une idée qu’elle avait. Cette idée était fondée sur un questionnement au sujet de la peur », fait-elle observer.

Incarnée par une personne aux prises avec ce sentiment corrosif, la chorégraphie portait en elle l’oeuvre conçue par Maggie Ayotte. « Il y a des mouvements circulaires qui m’ont fait penser à un cercle vicieux, au départ. Puis, une évolution vers une forme de libération, décrit-elle. Pour illustrer tout ceci, j’ai créé des solos filés, des répétitions, ainsi que des élans avec des envolées qui s’écrasent. »

La jeune femme ajoute en riant qu’« il ne fallait pas que ça sonne comme l’arrivée des cavaliers ». Et justement, le ton emprunté par Louis-Philippe Marsolais, qu’on voit aux côtés d’Eva Kolarova sur la vidéo, a correspondu à ses attentes. Tout semble couler de source, une impression qui, bien sûr, ne permet pas d’imaginer le travail qui se cache derrière.

« Il joue comme du miel qui serait mêlé à du sirop d’érable. On perçoit des goûts différents, alors qu’au départ, ce projet m’a confrontée à tout un défi. Je devais faire matcher le cor, un instrument que je n’avais pas choisi, avec une danseuse assez délicate », résume Maggie Ayotte.

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UNE RÉGION PORTÉE DANS SON COEUR

Maggie Ayotte a une manière originale de cerner son approche musicale. « Mon côté minimaliste correspond à mes racines en région, à mon attachement pour la nature. À Chambord, je ne me tannais pas de regarder le lac Saint-Jean pendant des heures. Lorsqu’il y a du bruit, par contre, ça reflète mon côté sportif », avance la musicienne.

Son premier contact avec un instrument est survenu dès l’enfance. L’apprentissage du piano s’est révélé suffisamment gratifiant pour inciter la Jeannoise à s’inscrire au département de musique du Collège d’Alma. Ce passage fut important, entre autres parce qu’elle a produit des arrangements pour des formations de type big band.

« J’avais une curiosité vis-à-vis la musique moderne, mais c’est parce que je faisais du jazz que j’ai commencé à écrire mes solos. J’ai réalisé que ça me procurait du plaisir », relate Maggie Ayotte. 

Néanmoins, c’est en piano classique qu’elle a entrepris ses études à l’Université de Montréal. Trois sessions plus tard, cependant, la priorité fut accordée à l’écriture musicale.

Ce fut l’ultime virage et la dualité exprimée plus haut est devenue son point d’équilibre. « J’ai un penchant minimaliste, mais j’aime beaucoup le rythme et le bruit. Ça se chicane entre les deux », reconnaît-elle en riant de bon coeur. 

Certains projets la poussent d’un côté, puis vers l’autre, au gré des circonstances.

Au Festival des arts de Saint-Sauveur, par exemple, c’est une pièce minimaliste qui cadrait avec la chorégraphie dansée par Eva Kolarova. Quant au duo Fortin-Poirier, il lui a demandé une oeuvre pour piano à quatre mains, le créneau qui a fait sa renommée. Là aussi, il faudra caresser l’oreille.

« Ce sera une pièce douce, méditative. Je vais penser au lac Saint-Jean et ça va fonctionner », anticipe Maggie Ayotte. 

Si tel est le cas, ce sera un joli clin d’oeil au passé, puisqu’elle a connu Amélie Fortin au Camp musical du Saguenay–Lac-Saint-Jean, situé à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix. Chaque jour, le regard des deux Jeannoises embrassait le Piékouagami.

La jeune femme collabore également avec le Quatuor Lavoie, pour qui elle prépare un quatuor à cordes cet été. Quant à la musique d’orchestre, elle lui inspire un désir qui, souhaitons-lui, se réalisera. « J’aimerais vraiment qu’une de mes compositions soit jouée par l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, révèle la musicienne. Parce que c’est tellement cette région que je porte dans mon coeur. »