Bénédicte Décary joue la fille de joie dans la version 2019 de la pièce Les Fées ont soif.

Les fées ont soif: une soif impossible à étancher

Plus de 40 ans après sa création, la pièce Les Fées ont soif, présentée jeudi soir à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, brasse encore la cage. Elle soulève des problématiques féministes qui demeurent actuelles.

La pièce, faut-il le rappeler, est née dans la controverse à la fin des années soixante-dix. À l’époque, l’oeuvre écrite par Denise Boucher avait fait scandale, en remettant en question la toute-puissance du clergé et les archétypes de femme qu’on véhicule dans l’Église.

Au début de chaque représentation, les spectateurs devaient traverser les hordes de manifestants se trouvaient devant le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) et qui les apostrophaient. Des opposants catholiques accusaient les comédiennes et l’auteure d’insulter la Vierge Marie. On a même tenté de les censurer en les amenant devant les tribunaux.

La metteure en scène Sophie Clément fait le lien entre la version originale et celle présentée en 2019 par le Rideau vert. Elle faisait partie de la première distribution, en compagnie de Louisette Dussault et Michèle Magny.

Bénédicte Décary, Caroline Lavigne et Pascale Montreuil reprennent les rôles de la putain, de la vierge et de la mère, qui représentent trois stéréotypes de femme. Trois personnages bien différents, mais qui vivent tous, d’une manière ou d’une autre, emprisonnés.

La mère, coincée, est l’esclave de sa vie rangée et solitaire. Vivant avec un mari violent, elle chasse la solitude avec des choses futiles, comme les produits ménagers qui lavent plus blanc que blanc.

La prostituée traîne le boulet des hommes, qui passent les uns après les autres dans son lit, et de l’alcool qu’elle boit pour oublier sa tristesse.

Entre les deux, la vierge est prisonnière du piédestal sur lequel on l’a placé contre son gré. Elle est la victime de l’image d’une pureté impossible à atteindre que les hommes lui ont accolée.

Maux de société

Pendant les 90 minutes que dure cette pièce de théâtre, une contrebassiste et une pianiste encadrent les comédiennes et exécutent la trame sonore du spectacle. Les trois femmes, elles, tentent de s’affranchir du carcan dans lequel elles se trouvent dans des monologues croisés, coupés par des chansons.

Cette œuvre phare de la dramaturgie québécoise a un peu vieilli, mais reste pertinente. Si les problèmes qu’elle mettait en lumière existent encore (la violence sexuelle faite aux femmes, le modèle de la mère parfaite impossible à atteindre, etc.), la cause ne semble plus la même.

La dénonciation de la religion catholique au cœur des Fées ont soif provient d’une époque révolue. Cependant, la disparition de l’emprise du clergé n’a pas éliminé ces maux aux racines profondes.