Parce qu’on a tout ce qu’il faut cache des références au vin à travers ses poils de laine et ses crocs de verre.

Les étranges sculptures d'Ito Laïla Le François

La sculptrice Ito Laïla Le François convie les visiteurs dans un univers intriguant, où l’imaginaire est sollicité de toutes parts, dans Toi et ta splendide laideur présentée jusqu’au 14 janvier au Centre national d’exposition de Jonquière.

Entre des créatures humanoïdes et des paysages végétaux, les oeuvres sont à la fois attirantes et repoussantes. Surtout, elles impressionnent par la richesse des matériaux utilisés. Verre, bois, tissu, fourrure, laine, plume, céramique, corail et pierre sont des exemples de la variété retrouvée dans cette pratique alliant métiers d’art et art visuel. Chaque médium nécessite une technique différente, ce qui témoigne d’une grande maîtrise.


À l’entrée de la salle principale, deux crânes d’oiseaux accueillent le visiteur, comme des gardiens. Au mur, les deux parties de Brumes adipeuses sont accrochées de chaque côté de la porte. Des bulles de verre sortent d’une pièce de bois lisse, comme si un organe était infesté. Dans sa démarche, Ito Laïla Le François fait justement le lien entre l’homme et son environnement, et à quel point les deux sont collectivement traités de façon abusive et autodestructrice. Mutiler l’un revient à mutiler l’autre.
«Après tout, nous sommes la nature!», fait-elle savoir.


Au fond de la salle, trois sculptures évoquent plus la notion de territoire, tels des rochers sur pattes sur lesquels poussent des plantes inconnues. Au centre, Racines défoliantes retient tout de suite l’attention. Sous une douche de larmes de verre suspendues par de la laine rouge, un être difforme répand ses tentacules. À moins que ce soit des chaînes qui le retiennent? Sa peau à l’allure brûlée suscite une idée de souffrance.


Tout est mystère dans cette exposition. Enfin, presque tout. Inspiration détonne, en étant constituée d’une ancienne commode. Elle a appartenu à la grand-mère de l’artiste Louise Smith, est-il indiqué. Divers objets sont exposés sur des cloches de verre, et non sous comme le veut l’usage. On a un peu l’impression d’être chez un antiquaire. Un coeur bleu en céramique est logé dans le tiroir du meuble. Même si la sculpture provoque aussi beaucoup de curiosité, elle a un aspect plus normal dans ce monde de personnages inquiétants.

L’exposition Toi et ta splendide laideur transporte les visiteurs dans un monde imaginaire peuplé de créatures étranges.

Ainsi, Je vais manger vos enfants montre une créature aux crochets inquiétants avec une tête féminine. Cette partie familière ne rend le tout que plus monstrueux, on dirait. Par le ventre dégoûte un peu, en affichant des traces de pourriture sur un buste.


Plus on scrute une oeuvre, plus des détails se révèlent. On peut passer plusieurs minutes à faire le tour d’une sculpture. Des formes étranges deviennent alors plus reconnaissables, et on peut remarquer des têtes d’animaux, des plantes ou des champignons, toutes des suggestions non confirmées à l’esprit.


Avec ses couleurs pastel plus voyantes, Parce qu’on a tout ce qu’il faut fait une référence subtile au vin. Des coupes et des bouchons de liège se cachent à travers les amas de laine. Une couverture de princesse a aussi été utilisée.


À voir l’ampleur des oeuvres, leur conception n’a sûrement pas été facile. Ito Laïla Le François, qui vit à Saint-Narcisse de Rimouski, a reçu plusieurs prix pour son travail, dont la Bourse de la Banque Royale du Canada en 2015 pour un artiste émergent en verre.


Durant les Fêtes, le Centre national d’exposition est ouvert tous les jours de 12h à 17h, sauf le 31 décembre et le 1er janvier.