Comme toutes les autres salles de spectacles de la région, le Météore de Dolbeau-Mistassini est désert depuis quelques semaines déjà. Mathieu Savard, copropriétaire et responsable du volet artistique,espère que le gouvernement et les institutions financières soutiendront le milieu du divertissement.
Comme toutes les autres salles de spectacles de la région, le Météore de Dolbeau-Mistassini est désert depuis quelques semaines déjà. Mathieu Savard, copropriétaire et responsable du volet artistique,espère que le gouvernement et les institutions financières soutiendront le milieu du divertissement.

Les diffuseurs de spectacles fragilisés

« Nous avons été les premiers à fermer et nous serons les derniers à rouvrir. »

Les diffuseurs de spectacles du Saguenay-Lac-Saint-Jean subissent les effets de la pandémie depuis des semaines déjà. Ils s’attendent à en payer le prix encore plusieurs mois. Une situation qui pourrait avoir de graves conséquences pour certains.

« Tout le monde pense la même chose, le milieu du spectacle sera le dernier à être relancé », confirme Julie Maltais, directrice générale d’Objectif Scène, un réseau qui regroupe 11 diffuseurs de spectacles du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les membres demeurent positifs, assure-t-elle, mais certains pourraient se trouver en situation précaire si la crise perdure.

« Certains diffuseurs sont fragilisés. On surveille la situation d’au moins deux de nos membres de près. On a une sonnette d’alarme. Ils pourraient ne pas traverser la crise si ça perdure trop longtemps. La situation est préoccupante. »

En plus des billets qui n’ont pu être vendus, les diffuseurs perdent les revenus liés aux ventes d’alcool et à la location de salles.

Difficile de chiffrer les pertes encourues par la crise. À titre comparatif, l’an dernier, les membres ont accueilli 38 501 spectateurs dans leurs salles au cours des mois de mars et avril, ce qui représente 1,13 M$ en ventes à la billetterie uniquement et 741 000 $ en cachets d’artistes. « C’est une grosse période de l’année », confirme Julie Maltais.

Entre le début des mesures et le 4 mai, 143 spectacles auront dû être reportés ou annulés par les membres. Du nombre, 30 étaient des activités scolaires. À cela s’ajoutent les annulations d’une quarantaine de locations de salles.

Mathieu Savard, copropriétaire et responsable du volet artistique du Météore de Dolbeau-Mistassini, espère que le gouvernement et les institutions financières soutiendront le milieu du divertissement.

« C’est difficile de chiffrer les impacts. RIDEAU (NDLR : Le Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis) mène actuellement une cueillette de données pour chiffrer les besoins pour la relance. »

Julie Maltais ajoute que la gestion des ressources humaines crée aussi beaucoup de stress chez les diffuseurs qui ont dû faire d’importantes mises à pied.

« C’est le plus difficile, c’est une préoccupation importante. »

Chaque semaine, une rencontre virtuelle est organisée afin de prendre le pouls des membres.

« Le moral est tout de même bon, il y a une belle mobilisation. De notre côté, on tente de les accompagner du mieux qu’on peut. »

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DES PERTES DIFFICILES À MESURER

Difficiles à mesurer, les pertes encourues en raison de la pandémie se calculent en centaines de milliers de dollars pour les diffuseurs de spectacles de la région. Tous doivent composer avec l’absence d’entrées monétaires, les pertes d’emplois et bien des incertitudes. 

Environ 700 000$ de revenus en moins, près de 100 mises à pied, une trentaine de spectacles déplacés, huit autres annulés, 21 locations de salle décommandées … Les répercussions de la COVID-19 se font sentir chez Diffusion Saguenay dont l’équipe envisage un retour à la normale dans plusieurs mois, voire plus d’une année et demie. 

«Le calendrier locatif est important et on a dû annuler 21 locations. C’est des choses qui ne peuvent pas être reportées, souligne Isabelle Gagnon, directrice générale de l’organisation. On attend des nouvelles du ministère de la Culture pour savoir comment ils vont nous soutenir. Actuellement, ce n’est pas une priorité et on le comprend. On a la chance de pouvoir garder nos employés permanents grâce au 75%, mais on a besoin de savoir où on s’en va. Les choix vont se faire selon l’aide qu’on va recevoir. »

Pour le Comité des spectacles de Dolbeau-Mistassini, jusqu’à maintenant, la crise a forcé le report de sept événements et l’annulation de neuf autres. Deux ou trois autres événements devront également être reportés. Les célébrations entourant le 40e anniversaire de l’organisation sont du lot. «Du nombre, deux sont des spectacles professionnels, les autres sont des locations. Ce qui veut dire que la Ville perd aussi des revenus puisque nous sommes ensemble pour les locations », affirme Catherine Lemieux, directrice de la diffusion par intérim. Des employés ont dû être mis à pied, les techniciens qui travaillent avec eux se retrouvent sans travail et plusieurs billets déjà vendus devront être remboursés. «On ne sait pas encore ce que ça représente en terme de coût.»

Les conséquences sont aussi énormes pour le Météore de Dolbeau-Mistassini, un resto-bar assorti d’une salle de spectacles pouvant contenir de 150 à 200 personnes, où une dizaine de prestations étaient prévues jusqu’à la mi-mai. «C’est énorme. On n’a pas de subvention, on est des privés. On a de gros questionnements à savoir comment ça va redémarrer tout ça. Pour nous, la fermeture n’est pas une option, mais c’est énorme ce que ça représente, assure Mathieu Savard, copropriétaire et responsable du volet artistique du lieu. Les pertes vont être vraiment très importantes. C’est irréel tout ça. Le gouvernement et les institutions bancaires devront proposer aux entreprises de divertissement comme la nôtre des conditions facilitantes afin que nous puissions remettre le bateau à flot, sans quoi ce ne sera pas viable, estime celui qui est inquiet pour la trentaine d’employés qui se retrouvent sans travail. «Pour eux, c’est une incertitude incroyable.»

Manon Pilote, directrice générale d’Alma spectacles, estime qu’il y aura tout un travail à faire en terme de développement de public après la crise.

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UNE PROGRAMMATION À REVOIR POUR L'AUTOMNE

La programmation automnale des diffuseurs de la région doit être entièrement revue. Le report de nombreux spectacles risque de créer une congestion, ce qui force le déplacement de spectacles qui devaient lancer la prochaine saison. 

« Les diffuseurs décident de programmer moins de spectacles. Au début, on reportait tout, mais il y a une capacité de reporter. Les gens ne consommeront pas nécessairement plus », explique Julie Maltais, directrice générale d’Objectif Scène.

Chez Diffusion Saguenay, la grande majorité des spectacles ont pu être reportés jusqu’à maintenant. 

« On a déplacé 80 % des spectacles, mais si ça continue dans le temps, ce ne sera plus possible », affirme d’emblée Claudine Bourdages, directrice de la programmation et du marketing. Depuis quelques semaines déjà, cette dernière jongle avec les horaires afin de tenter de trouver des solutions. « Chaque fois qu’une nouvelle date est annoncée par le gouvernement, on se réorganise. Parfois, les agents annulent les spectacles, d’autres fois ce sont des décisions communes. Souvent, pour les artistes, faire juste une date, ça ne vaut pas la peine et plusieurs sorties de disques sont reportées puisque les tournées y sont arrimées. »

L’équipe de Diffusion Saguenay communique elle-même avec les détenteurs de billets chaque fois qu’on événement est reporté ou annulé.  « La billetterie est bien occupée. La première semaine, on a dû contacter environ 20 000 personnes puisqu’on s’occupe aussi de la vente de billets d’événements sportifs », souligne Claudine Bourdages. 

Elle rappelle que Diffusion Saguenay bénéficie du fait que plusieurs salles sont à sa disposition, ce qui facilite le réaménagement de l’horaire. Toutefois, l’organisation ne pourra compter sur le Théâtre Palace Arvida, en raison de l’arrêt des travaux.  « On devra être créatifs à la reprise, mais le mot audace ne sera pas mis de l’avant au cours de la prochaine année. »

Même son de cloche du côté du Comité des spectacles de Dolbeau-Mistassini qui optera pour une programmation conservatrice en 2020-2021. 

« On voulait faire des choses audacieuses, mais on a mis ça de côté », confirme Catherine Lemieux, directrice de la diffusion par intérim. L’organisation dispose aussi d’une marge de manoeuvre pour déplacer les spectacles qui n’ont pu avoir lieu. 

« Dès le départ, on a fait le plan de match de différents scénarios et dès le départ, on a pensé au pire, c’est-à-dire que ça irait jusqu’à la fin de notre saison. Comme les spectacles débutent habituellement à la mi-octobre, les événements ont pu être reportés en septembre. »

La programmation d’automne suscite aussi beaucoup de questions chez l’équipe d’Alma spectacles. 

« On travaille la programmation 12 à 18 mois à l’avance. On a déjà des contrats de signés et des billets en vente pour l’an prochain », affirme Manon Pilote, directrice générale. Cette dernière confirme que jusqu’à maintenant, les spectacles ont été reportés en septembre. Mais cette façon de faire connaît des limites. « Habituellement, on commence la saison à la fin septembre. Mais avec tous ces reports, on se questionne beaucoup sur la programmation d’automne. C’est inquiétant. On se fait des plans A, B, C et D. Probablement qu’on va prévoir moins de spectacles ensuite, même si on a déjà des ententes avec des producteurs. Ils sont très collaborateurs. »

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QUE FERONT LES SPECTATEURS

Des gens heureux de sortir ou craintifs de se retrouver dans une foule? Un public qui répond présent ou privé de budget pour le divertissement? De nombreuses questions demeurent en suspens quant au comportement qu’adoptera la population après la crise, accentuant l’incertitude des diffuseurs de spectacles du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Les diffuseurs de la région s’entendent sur une chose, ils ignorent tout de la réponse du public lorsque des spectacles leur seront à nouveau proposés. 

«Le milieu du divertissement et les endroits où il y a des rassemblements seront les derniers à se remettre à rouler et on ignore comment la population va réagir. Une anxiété s’est installée dans la population. Les gens vont peur-être être frileux à se retrouver dans des endroits comme ça au début», souligne Mathieu Savard, copropriétaire du Météore de Dolbeau-Mistassini.  

L’inquiétude gagne aussi le Comité des spectacles de Dolbeau-Mistassini qui tentera de s’adapter à la situation des consommateurs de spectacles. 

«On a peur que l’offre soit trop grande. Il n’y aura pas plus de personnes pour remplir les salles. On s’attend au début à ce qu’il y ait un boom ou encore une crainte. On ne sait pas. Les gens vont vouloir participer aux événements, mais on ne sait pas s’ils en auront les moyens. On va essayer d’offrir des forfaits moins coûteux en diminuant le nombre de spectacles qui y sont inclus. On doit s’adapter à la situation des gens, mais on ne peut pas se permettre de diminuer le coût des billets», souligne Catherine Lemieux, directrice de la diffusion par intérim.

Chez Diffusion Saguenay, l’équipe de direction est convaincue que beaucoup de temps sera nécessaire avant un retour à la normale. 

«On ne pourra pas rouvrir la lumière aussi vite qu’on l’a éteinte», image Claudine Bourdages, directrice de la programmation et du marketing.  

«Le retour ne sera pas instantané. Les gens ont un budget, ils auront aussi la crainte que quelqu’un tousse à côté d’eux. Ça va être progressif, ça ne reviendra pas le jour où l’interdiction va être levée. Après le pic, le virus va continuer. La distanciation sociale, dans une salle où les gens sont assis les uns à côté des autres, c’est difficile et compliqué. On s’attend à ce que ça prenne encore quelques mois facilement avant d’avoir un semblant d’activité normale. Je m’attends à ce que ça prenne un an à un an et demi avant que les taux d’assistance soient comme avant », estime Isabelle Gagnon, directrice générale. 

Julie Maltais, directrice générale d’Objectif Scène, abonde dans le même sens. «Il faut travailler divers scénarios pour la suite puisqu’il y a tellement d’inconnu en ce moment. On ne sait pas comment vont se comporter les spectateurs après tout ça. Est-ce que les gens vont consommer de la culture de la même façon? On envisage des répercussions en 2020-2021 et peut-être même en 2021-2022 chez nos membres.»

«Il y a trop de différentes questions pour prévoir, estime Manon Pilote, directrice générale d’Alma spectacles. Mais les plus grosses pertes, ce sera en terme de travail de développement de public, puisque ce sera à reconstruire.»