Elixir de Gumbo propose des tounes festives, mais aussi des ballades qu'on pourra découvrir samedi soir, alors que le groupe se produira au Sous-Bois de Chicoutimi

Les deux faces d'Elixir de Gumbo

Après avoir écumé Saint-Félicien et Alma la semaine dernière, Elixir de Gumbo retrouvera un lieu familier, le Sous-Bois de Chicoutimi, dans le cadre de la tournée lancée par l'album Le beau piège. Le quatuor se pointera dans cette salle le 11 février, à compter de 21 h 30, précédé d'une réputation festive qui peut se révéler réductrice.
Oui, il est capable de produire les mêmes sortilèges que le Québec Redneck Bluegrass, une formation à laquelle le chanteur Dylan Perron a déjà été associé. Au Festival de la chanson de Tadoussac, par exemple, on l'a vu faire slammer des dizaines de jeunes, aux alentours de minuit, sur des pièces de Gilles Vigneault qui n'auraient pas passé le test antidopage. De telles folies font toujours partie de son coffre d'outils, mais l'éventail de ses compétences est plus large.
S'appuyant sur la facture de l'album sorti en novembre, le fait que les chansons tranquilles ont été regroupées au début, suivies par les plus débridées, Dylan Perron revendique le droit de montrer ces deux facettes de la personnalité d'Elixir de Gumbo. « On commence les spectacles en présentant des ballades. Quand ça écoute, on en fait d'autres et quand le monde s'en contrecrisse, on fait des tounes de party », explique l'Abitibien.
Lui et ses camarades sont à l'aise avec le comportement des gens, même si le soin apporté à la confection des textes du nouvel opus trahit un désir de toucher leur esprit, pas juste de les faire taper du pied. « Les textes du premier disque étaient peu travaillés, mais après, je me suis dit qu'on nous écouterait davantage, vu qu'on a gagné aux Francouvertes. J'ai donc écrit ceux du Beau piège en faisant plus attention », confie Dylan Perron.
Le groupe rejoint un public jeune avec ses chansons où le folk et de subtiles touches de jazz cohabitent avec le bluegrass. On utilise également l'étiquette folk sale pour caractériser sa musique, ce qui correspond au sillon que le Québec Redneck a creusé avec tant de succès. « Il y a eu une mise à niveau, au Québec, puisque cette approche marchait ailleurs. Par le propos, ça rejoint une certaine jeunesse. Ç'a produit une vague et on reste sur les vapeurs de ça », analyse le chanteur.
La vague en question est particulièrement forte dans les régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, où on se sent plus proche de l'imaginaire porté par Elixir de Gumbo. À Montréal, en revanche, c'est le carême à longueur d'année. Hormis la victoire aux Francouvertes, il ne s'est pas passé grand-chose. « L'industrie n'a jamais embarqué », résume Dylan Perron.
Un nom qui éveille de drôles de souvenirs
Derrière le nom du groupe Élixir de Gumbo, il y a moins une recherche d'exotisme que le désir de se coller au Québec des régions, celui qui l'a vu naître et qui, aujourd'hui encore, constitue son château fort. La chose en question, tombée dans l'oubli depuis des lunes, était un produit pas mal plus magique que le gumbo que les Cajuns de la Louisiane mettent dans leur soupe.
« Il s'agit d'un remède de vétérinaire qui était vendu dans les années 1930 et même après, un genre de PCP de cheval. L'un de ceux qui en vendaient était le petit-fils de l'auteur des Belles Histoires, Claude-Henri Grignon. On en trouvait dans les Laurentides, notamment dans le bout de Mont-Laurier, mais aussi en Abitibi, au Lac-Saint-Jean et dans le nord de l'Ontario », rapporte le chanteur Dylan Perron.
Alors que les jeunes fans du groupe s'intéressent d'abord à leur musique, il n'est pas rare de voir des retraités échanger avec les musiciens, intrigués qu'ils sont par leur nom. Certains sont assez âgés pour réaliser ce qui se cache derrière Elixir de Gumbo, ce qui donne naissance à des échanges instructifs, souvent très colorés. Ceux se trouvent cool en buvant du Red Bull peuvent en effet se rhabiller. Ils fréquentent une « trail » battue depuis longtemps.
« Mon père parlait de ça avec ses chums et en tournée, des vieux viennent nous voir en disant : "C'est-tu ce que je pense ? " On entend des histoires saugrenues, celles de gars qui en prenaient dans les chantiers, pour se donner de l'énergie. On prétendait que ça guérissait plein de maux, dont la grippe, mais que ça pouvait aussi rendre les os friables », raconte Dylan Perron.
L'inconvénient avec ce nom, c'est que maintes personnes ont de la misère à l'assimiler, ce qui était encore pire quand la marque de commerce du groupe était Dylan Perron et Elixir de Gumbo. « On s'est fait débaptiser allègrement. C'est d'ailleurs pour ça que mon nom a été enlevé. On était tannés de se faire appeler Diane Perron et les Exilés du Gumbo », lance le chanteur d'un ton amusé.