L’artiste a enseigné plusieurs techniques aux élèves. Ici, on le voit couper le verre avec une lame de diamant.

Les dérapages contrôlés de Luc Gauthier

L’artiste de Chicoutimi Luc Gauthier n’a pas peur des accidents. Depuis plus d’un an, il peaufine sa maîtrise du verre thermoformé, un matériau un peu capricieux, mais dont les possibilités sont immenses.

« Avec le verre, ce que tu fais et ce qui sort du four ne correspondent pas parfaitement. Il y a toujours des glissements. Il faut accepter les erreurs et s’en servir », image-t-il. Le temps passé devant son four lui a permis d’apprendre à contrôler et à apprécier ces dérapages.

Luc Gauthier se consacre maintenant à la création d’oeuvres en verre.

Mercredi, devant une classe d’élèves de sixième année de l’école Sainte-Bernadette, il a dévoilé le résultat d’une oeuvre qu’il avait fabriquée en collaboration avec eux, deux jours plus tôt.

La vingtaine d’élèves de la classe de Louise Aubin se sont émerveillés quand l’artiste a sorti la plaque de verre de son four de cuisson, une trentaine d’heures après y avoir été déposée avec soin. Les préadolescents avaient plusieurs questions sur le processus qui a mené à la création de cette oeuvre colorée en vitre.

Enseignant retraité, Luc Gauthier n’a pas perdu ses talents de pédagogue.

« Les jeunes n’ont pas souvent l’occasion de visiter un atelier d’artiste. Ils ne savent pas nécessairement ce que c’est. La visite leur a aussi démontré que je peux arriver à faire quelque chose, à partir de pas grand-chose », explique Luc Gauthier, qui travaille à partir du même verre que l’on retrouve dans les fenêtres d’une maison.

Pour arriver au résultat final, Luc Gauthier mélange les poudres et les appose sur une pièce de verre qui n’a rien de particulier. Cette façon de modeler le matériau tient à la fois de la science et de l’art.

C’est dans ce four que sont créées les oeuvres en verre de Luc Gauthier.

« Je veux leur montrer la magie du verre. Ce n’est pas un matériau qui est toujours stable, c’est un matériau qui bouge, qu’on peut façonner », dit l’enseignant retraité, qui n’a pas perdu ses habiletés de pédagogue.

Vision

Depuis quelques années, Luc Gauthier travaille avec des motifs animaliers. On y retrouve beaucoup de chevaux, quelques taureaux, des poissons, toujours représentés avec des couleurs vives. Luc Gauthier leur donne souvent un regard humain, en peignant les yeux d’un homme ou d’une femme sur ces bêtes.

Cette préoccupation pour la nature et l’environnement a trouvé un écho chez les élèves de sixième année de l’école Sainte-Bernadette, qui sont plus touchés par le discours sur le réchauffement climatique que le sont les adultes.

« J’aime les animaux depuis toujours. Je suis centré sur la planète. On a un peu de misère avec elle ces derniers temps. Le rôle de l’artiste est d’essayer de sensibiliser les gens, de leur faire voir les choses différemment et de les faire réfléchir », a dit l’artiste devant la classe, qui ne manquait pas de questions à lui poser.

Luc Gauthier, qui crée maintenant à partir du Mexique cinq mois par année, aime travailler avec les jeunes. Ils ont souvent un regard différent sur les oeuvres d’art et gardent l’esprit plus ouvert que les adultes.

« Les jeunes sont capables de voir autre chose. Souvent, ils ont plus de facilité à dire ce qu’ils ressentent face à une oeuvre d’art », laisse tomber Luc Gauthier.

LA VILLE REPREND SON ATELIER

Luc Gauthier a appris avec tristesse qu’il devait quitter son atelier d’artiste situé dans le pavillon Murdock, dans le parc qui porte le même nom à Chicoutimi. La Ville, qui le lui louait, en reprend possession à la fin du mois d’octobre pour y loger des organismes à but non lucratif.

L’artiste planifie donc le déménagement de son matériel d’artiste et se départit des oeuvres qu’il y a créées au fil des ans dans une vente d’atelier. Les nombreuses toiles et oeuvres en verre sont vendues à un prix abordable, question de ne pas les entreposer inutilement.

S’il ne veut pas partir en guerre contre Saguenay, il s’interroge sur le peu d’aide qui est offerte aux artistes que l’on dit établis et qui ont plusieurs années de carrière derrière eux.

«Les organismes aident sans hésiter les artistes de la relève, mais nous, on dirait qu’ils croient que notre temps est fait», croit celui qui a fait carrière dans l’enseignement des arts plastiques, au Séminaire de Chicoutimi, et qui a remporté de nombreux prix pour ses projets menés en collaboration avec de jeunes élèves.

L’artiste rappelle que cet atelier était davantage un lieu pour vivre sa passion et qu’une fois les coûts des matériaux et le temps consacré à la fabrication de ses créations sont déduits, il n’y menait pas une entreprise très lucrative.

À son retour de son séjour de création au Mexique dans quelques mois, Luc Gauthier continuera de vivre sa passion, mais à partir de chez lui.