Même si le monde de l’opéra est confronté à des défis inédits en raison de la pandémie, Jean-François Lapointe demeure optimiste. Il croit que les contraintes stimulent la créativité, comme en témoigne le gala virtuel qu’il présentera le 25 octobre, en tant que directeur artistique de l’Opéra de Québec.
Même si le monde de l’opéra est confronté à des défis inédits en raison de la pandémie, Jean-François Lapointe demeure optimiste. Il croit que les contraintes stimulent la créativité, comme en témoigne le gala virtuel qu’il présentera le 25 octobre, en tant que directeur artistique de l’Opéra de Québec.

Les défis de Jean-François Lapointe

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Même si sa carrière d’interprète se trouve entre parenthèses depuis huit mois, les journées de Jean-François Lapointe sont bien remplies. En plus d’enseigner le chant à l’Université Laval, le baryton originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean assume la direction artistique de l’Opéra de Québec. Son entrée en fonction remonte au mois de septembre, tandis que le travail de réflexion et de planification a été engagé l’an dernier.

Revenant sur sa nomination, à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès, il l’inscrit dans le prolongement de son parcours personnel et professionnel. L’homme réside à Québec depuis ses études universitaires. Pendant sept ans, il a dirigé la troisième maison d’opéra de la province, la Société d’art lyrique du Royaume, tandis que sa carrière internationale embrasse trois décennies.

« Je suis très content parce que la vie m’a amené vers ça. Je garde en moi l’expérience acquise à la Société d’art lyrique, où j’ai effacé le déficit en l’espace de deux ans, tout en doublant le budget. Ici aussi, il y a des défis et je les trouve fascinants. Comme j’ai toujours été une personne énergique, je sais qu’on va trouver des solutions, d’autant que je peux compter sur une équipe extraordinaire », fait-il observer.

Premier signe de changement, un repositionnement s’annonce au Festival d’opéra de Québec. L’édition 2020 a été annulée en raison de la crise sanitaire, ce qui ne l’empêche pas de préparer l’avenir. «Désormais, le festival sera orienté vers les productions en français. C’est ma spécialité en tant que chanteur et peu de festivals s’inscrivent dans ce créneau. Ça nous fera fouiller pour trouver des opéras qu’on entend moins souvent», énonce Jean-François Lapointe.

Il souhaite également faire de la création, offrir une tribune aux compositeurs d’aujourd’hui, mais sans s’imposer l’obligation de programmer une oeuvre à chaque édition. «Ça ne faisait pas partie des habitudes de l’Opéra du Québec », met en relief le directeur artistique.

Il sait toutefois que 2021 ne sera pas une année normale. Une de plus. Question de budget, question de distanciation, sans doute faudra-t-il réduire les voiles en attendant de prendre le large.

«Mes activités professionnelles se sont diversifiées», constate Jean-François Lapointe, qui se partage désormais entre l’enseignement, le chant et sa nouvelle fonction de directeur artistique à l’Opéra de Québec.

Avancer malgré tout
S’agissant de la programmation régulière, le mandat de Jean-François Lapointe a commencé avec une ambition clairement exprimée, suivie d’une contrariété. Il n’a pas été possible de présenter l’opéra Don Pasquale de Donizetti, cet automne, pour les raisons que l’on sait. En revanche, cette production verra le jour en 2022 et tout aura été conçu, fabriqué à Québec, hormis le livret et la partition, bien évidemment.

« J’ai le désir d’offrir plus de variété. Cet opéra amusant, léger, n’a pas été proposé chez nous depuis une vingtaine d’années », signale le directeur artistique.

Quant au second opéra de la saison, Madama Butterfly, son sort est lié à celui de la ville et de la région, en quelque sorte. Si la crise persiste, cette production passera son tour, à moins qu’on trouve un moyen de l’offrir qui tiendra compte des normes sanitaires, ainsi que des contraintes budgétaires.

« Nous attendons de voir si les salles vont rouvrir et si oui, avec combien de spectateurs, explique Jean-François Lapointe. Au Grand Théâtre, il y a 2000 places et pour couvrir nos frais, le taux d’occupation doit atteindre 80 %. Si nous ne pouvons pas vendre autant de billets, comment fera-t-on pour financer ça ? »

La tenue du Gala de l’Opéra de Québec, le 25 octobre, à 15h, pourrait livrer une partie de la réponse. Cet événement sera accessible gratuitement, mais les mélomanes seront invités à effectuer un don, si tel est leur désir.

C’est le report de Don Pasquale qui a poussé Jean-François Lapointe à organiser ce concert auquel lui-même participera, aux côtés de six camarades dont la réputation est bien établie. « Ç’a été compliqué. Tout est compliqué, ces temps-ci, reconnaît-il. D’un autre côté, je crois à l’idée d’avancer dans la contrainte. Après tout, c’est la pandémie qui nous a permis de former un groupe aussi solide. »

Berlin et Marseille en 2021
Le gala virtuel de l’Opéra de Québec constituera la deuxième sortie de Jean-François Lapointe en sa qualité d’interprète, depuis le début de la crise sanitaire. La fois précédente, lui et Hélène Guilmette avaient chanté dans le stationnement de l’Aéroport international de Montréal, aux côtés de l’Orchestre symphonique de Montréal. Il garde un souvenir amusé de cette expérience, notamment des coups de klaxon tenant lieu d’applaudissements.

« La musique d’opéra doit continuer d’exister », plaide le baryton, dont la dernière production remonte à février.

Après avoir incarné le roi Thoas à Zurich, dans l’opéra Iphigénie en Tauride, les pages de son agenda sont restées vierges.

C’est la première fois que l’interprète est freiné aussi longtemps, une pause qui prendra fin en février. Il sera Frederick dans Lakmé, au Deutsche Oper de Berlin. Une prise de rôle avant de retrouver celui de Zurga dans Les pêcheurs de perles, présenté à l’Opéra de Marseille.

« À l’avenir, je souhaite me limiter à deux ou trois opéras par année, indique Jean-François Lapointe. Je dois tenir compte du fait que mes activités professionnelles se sont diversifiées. »

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UN GALA LYRIQUE NUMÉRIQUE


(Emmanuel Bernier, collaboration spéciale) - Malgré la fermeture des salles de concert, le directeur artistique de l’Opéra de Québec, le baryton Jean-François Lapointe, garde le cap sur un gala d’opéra entièrement numérique auquel prendra part la crème du chant classique québécois.

Ce gala, qui se tiendra dimanche, à partir de 15 h, sur Facebook, YouTube et le site Web de l’Opéra, sera offert gratuitement pour marquer la Journée mondiale de l’opéra. 

« Annuler et refaire des projets, c’est difficile », avoue M. Lapointe, qui a dû reporter la production de Don Pasquale de Donizetti. 

Elle aurait dû être à l’affiche en ce moment même, au Grand Théâtre. « Mon but est d’essayer de pérenniser l’Opéra de Québec, de faire en sorte que cette maison extraordinaire continue sa mission », poursuit le chanteur. 

« Disons que je ne m’attendais pas à commencer dans ces difficultés-là. En période de pandémie, il faut être modeste, y aller simplement », confie celui qui vient de succéder à Grégoire Legendre, dont le départ a été annoncé il y a quelques mois, après une quinzaine d’années à la tête de l’Opéra de Québec. 

« Tout devient intéressant aussi », ajoute-t-il, en soulignant l’obligation de penser différemment la façon de faire de l’opéra, mais aussi de le transmettre. 

« Je n’aime pas le mot ‘‘réinventer’’ parce qu’en arts, on se réinvente tout le temps », nuance toutefois le directeur artistique. 

Il critique ainsi à mots couverts l’exhortation faite par la ministre de la Culture aux artistes québécois, au printemps dernier.

Comment garder vivant l’art lyrique à Québec dans les conditions actuelles ? « On s’est lancé dans une grande aventure : faire un gala numérique », raconte M.  Lapointe. 

La Jeannoise Marie-Nicole Lemieux fait partie des têtes d’affiche du Gala de l’Opéra de Québec, lequel se tiendra virtuellement le 25 octobre.

Le projet était déjà avancé quand la fermeture des salles a été décrétée à la fin de septembre. Il n’était pas question pour lui de laisser tomber des plans bien échafaudés. Quant à l’aspect numérique, qui reste une nouveauté pour l’Opéra de Québec, il constitue pour lui un « moyen d’expression » prometteur, incontournable dans l’avenir. 

« Afin de couvrir une partie des frais de captation et de diffusion, nous faisons appel à la générosité du public, qui est demeuré solidaire et a démontré son soutien depuis le début de cette pandémie », fait remarquer Katherine Cyr, directrice générale de l’Opéra de Québec.

Karina Gauvin, Marie-Nicole Lemieux, Frédéric Antoun, Hélène Guilmette, Philippe Sly et Éric Laporte, en plus de Jean-François Lapointe lui-même : la liste des invités impressionne. « La pandémie m’a offert l’opportunité d’engager des chanteurs que nous n’aurions pas pu avoir [en temps normal], tout simplement parce qu’ils n’auraient pas été disponibles. Sept artistes de réputation internationale en même temps à Québec. […] C’est quelque chose d’extraordinaire », précise Jean-François Lapointe, qui se dit impatient de revoir ces artistes, qu’il considère comme des amis.

Après les Fêtes

Le concert mettra à contribution l’Orchestre symphonique de Québec, sous la direction de Jean-Marie Zeitouni. Il ne comportera pas d’entracte, mais sera divisé en deux parties : une première consacrée à l’opéra italien ; la seconde, au répertoire français. Afin d’éviter les contacts sur la scène de la salle Louis-Fréchette, il n’y aura pas de choeur et le programme sera essentiellement constitué d’airs. Le public entendra « les grands airs, les choses que les gens aiment. Il n’y aura pas de répertoire aride », assure le baryton. 

Qu’en est-il pour la suite ? Pour l’instant, la production de Madama Butterfly de Puccini prévue en mai reste au calendrier. Mais « c’est fort possible qu’on doive prendre des décisions […] après les Fêtes », avertit le directeur artistique.