Cette installation de Joëlle Gobeil a été créée avec le concours de dix élèves inscrits dans une classe de maternelle. Ils ont choisi et fabriqué des lettres qui ont été intégrées dans le poème imaginé par Kevin Girard. Ce projet a été inspiré par le spectacle 26 lettres à danser, présenté récemment dans la région.

Les croisements abordés par les étudiants en arts

La dernière exposition de la saison à la galerie L’Œuvre de l’Autre est cruellement courte. Le vernissage a eu lieu mardi soir et c’est jeudi que prendra fin Croisements sans frontières, qui réunit des œuvres conçues par des étudiants du programme en arts de l’UQAC. C’est dans le cadre de l’atelier de création dirigé par le professeur Marcel Marois qu’ils ont été invités à explorer la thématique suggérée par le titre.

« C’est la quatrième édition et nous avons un beau groupe formé de 15 personnes. Ils sont spécialisés en cinéma, dans les arts numériques, en théâtre, en arts visuels et, pour la première fois, dans la médiation culturelle », a mentionné l’enseignant au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. La médiation culturelle, justement, est évoquée par le biais d’une œuvre réalisée par Joëlle Gobeil avec la complicité de dix élèves d’une classe de maternelle.

Voici une partie des étudiants en arts qui participent à l’exposition Croisements sans frontières, laquelle est présentée à la galerie L’Œuvre de l’Autre située sur le campus de l’UQAC. À gauche, on remarque Marceli Fleming, Chloé Pradel, Jennifer Do, Karl Gaven-Venet, Joëlle Gobeil et Charles Buckell, tandis qu’à droite, on peut voir Marie-José Tremblay, Jessica Allicie, Alexandre Lapointe-Tremblay, Ysé Raoux et Nathan Gagnon. Les deux groupes entourent le professeur Marcel Marois.

« Ils ont vu la pièce 26 lettres à danser après avoir eux-mêmes fabriqué chacun une lettre. J’ai ensuite demandé à Kevin Girard, un auteur jeunesse originaire de la région, de les intégrer dans un poème qui a été accroché au milieu des lettres. À travers cette expérience, ils ont touché à la danse, au théâtre, aux arts visuels et à la littérature par l’entremise de la poésie », fait observer Joëlle Gobeil.

Son installation placée à l’entrée de la salle d’exposition tient compagnie aux 21 aquarelles conçues par Chloé Pradel. Elles forment un ensemble tout doux, très joli, mais quand on y regarde de plus près, on remarque un voile de tristesse enveloppant certaines des images. Il s’agit de portraits, en effet, lesquels ont été créés à la suite d’une conversation avec l’artiste originaire de la France.

Nathan Gagnon a créé une sculpture calquée sur son corps. Des images projetées sur cette oeuvre, jumelées à un film tenant lieu de décor, forment la trame de la pièce Napoléon voyage qu’il a créé dans le cadre de l’événement Croisements sans frontières présenté à l’UQAC.

« Ces portraits expriment le souvenir que m’a laissé chaque entretien. Les couleurs reflètent la personnalité des individus. J’ai mis ce que j’ai ressenti sur le papier », décrit Chloé Pradel. Dans le même esprit, son camarade Charles Buckell a fabriqué une marionnette représentant un Amérindien arborant de longues tresses. Modelé très librement sur Sitting Bull, ce personnage prend la parole à la faveur d’une courte pièce de théâtre centrée sur ses expériences dans les pensionnats.

« J’ai visionné des entrevues réalisées avec des aînés qui ont été exposés à ça. J’ai retenu les images les plus frappantes pour produire un spectacle d’une dizaine de minutes, Le pensionnat de la honte : paroles de survivants. Plus tard, je vais reprendre le même personnage afin de créer une œuvre plus longue », révèle l’universitaire originaire de Mashteuiatsh.

Charles Buckell a fabriqué une marionnette qui exprime l’impact qu’ont eu les pensionnats autochtones sur leurs infortunées victimes. Il en a tiré une pièce d’une dizaine de minutes qui pourrait constituer l’ossature d’un spectacle plus ambitieux.

Toujours en théâtre, Mathieu Gagnon a trouvé une façon originale de faire parler un comédien dans le spectacle Napoléon voyage. « J’ai moulé un personnage à partir de mon corps, puis j’ai filmé un comédien dont le visage est projeté sur la tête de la sculpture. Derrière elle, on voit un film libre de droits trouvé sur YouTube, ce qui ajoute au caractère multidisciplinaire de ce projet. Il y a des arts numériques, de la photo, des arts visuels et du théâtre », explique-t-il.

Sa démarche fait penser à celle de Karl Gaven-Venet, qui a monté une pièce de théâtre où les acteurs sont remplacés par des panneaux commandés à distance. Il a tricoté une histoire à partir de répliques tirées de films célèbres, une autre manière d’illustrer le thème proposé par Marcel Marois, qui est bien fier du travail accompli par ses étudiants.