À la fois les performances scéniques et vocales, et ici les chorégraphies crée un éblouissant rendu.

Les Belles-soeurs: spectaculaire et intemporel

De retour pour une seconde fois depuis 2010 avec une distribution renouvelée, la version musicale des Belles-soeurs débarque à Saguenay, pour pas moins de huit soirs. Supportées par un texte mondialement acclamé, mise en scène et musique à l’appui, les 12 interprètes (dont Kathleen Fortin et Sonia Vachon) livrent un moment véritablement inoubliable. La première de mercredi au Théâtre Banque Nationale en était la preuve.

Rares sont les divertissements qui jouent dans autant de registres, d’émotions et de variations sans détonner; c’est probablement parce que chaque spectateur se reconnaît dans Belles-soeurs (ou du moins y voit une parcelle de son univers) que l’effet produit est sensationnel. Si le texte de Michel Tremblay (dont la production célèbre ses noces d’or, soufflant cinquante bougies cette année) est depuis longtemps passé à la postérité, le théâtre musical né de l’union de René-Richard Cyr (mise en scène) et Daniel Bélanger (musique et arrangements) rend cette oeuvre déjà authentique, éclatante de vérité. Quoique portrait d’une autre époque (formidablement bien rendue à l’aide d’un décor qu’on qualifierait aujourd’hui de vintage), les stéréotypes et moeurs évoqués dans Belles-soeurs sont tellement ancrés dans notre société qu’ils remuent autant qu’ils font sourire. Cette magie repose entièrement sur les 12 interprètes qui brillent chacune à leur façon. Le spectacle se divise entre scénettes, dialogues d’où la sonorité du joual séduit l’oreille et monologues poignants. Ajoutez la prestation en direct de musiciens à peine dissimulés derrière un écran reproduisant des haut-parleurs et le résultat est stupéfiant. C’est d’ailleurs là l’artifice le plus agréable: avoir la sensation d’être dans la cuisine de Germaine Lauzon. Le rendu est tel que l’auditoire, dès les premières notes de l’hymne Maudite vie plate, se met à battre le rythme, à défaut d’avoir des timbres à coller.

Dans le rôle de Germaine Lauzon, Kathleen Fortin crève littéralement les planches.

Périple vocal et émotif
Les interprètes féminines, à la fois actrices et chanteuses, livrent un cheminement vocal sans faute, supporté par un jeu convaincant. Kahleen Fortin (Germaine Lauzon) crève littéralement les planches aux côtés de Sonia Vachon (Rose Ouimet), les deux seules rescapées de la distribution originale. Bien que l’acoustique agace un peu lors des répliques (où l’on perd l’effet déclamé), le résultat de l’amplification dont dispose chaque actrice est saisissant lors des chansons. Dans le rôle de l’Européenne bourgeoise Lisette de Courval, Hélène Major se hisse un cran au-dessus des mégères aux robes fleuries, autant pour son talent que pour sa diction. Les comédiennes livrent un parcours sans faille, à travers lequel la musique joue un rôle parfois de soutien, parfois de premier plan. Les multiples registres musicaux balancent les tonalités en autant de variations humoristiques que dramatiques, laissant place à des cassures parfois nettes. Comme le veut bien l’esprit de cette réunion de collage de timbres, c’est à l’unisson que l’effet (vocal et scénique)est redoutable. La pièce J’ai-tu l’air de que’qu’un qui a déjà gagné que’qu’chose? en est un exemple éloquent. Dans cette optique, l’ode au bingo, à la fois lyrique et tragique, illustre toute la réussite de l’union entre texte, parler, chorégraphies, décor et arrangements musicaux. Les harmonies vocales et amalgames réussis entre répliques et moments musicaux forts complètent un tableau déjà éblouissant de talent.

En ville pour encore sept soirs (du 19 au 28 juillet), Belles-soeurs jouit du même effet que notre Fabuleuse histoire d’un royaume: la découvrir procure d’inoubliables impressions, la revoir permet d’apprécier davantage la richesse et la beauté qui se déploie devant nous. Probablement parce que cette histoire qui se joue devant nous, c’est à la fois notre généalogie et notre présent.

Entre autres moments forts et émotifs, ceux où le chœur de comédiennes performe est saisissant.