Les Barr Brothers ont offert une performance remarquable, jeudi soir, lors de leur passage au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Les Barr Brothers, maîtres des ambiances contrastées

Ce n’était pas la plus grosse foule au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, peut-être la moitié du parterre. Elle a toutefois assisté à un spectacle remarquable, une performance où le blues, le rock, le folk et le country ont été maillés avec une rare intelligence, gracieuseté des Barr Brothers et des trois musiciens qui leur tiennent compagnie pendant le segment québécois de la tournée Queens Of The Breakers.

L’album est séduisant, certes, mais ne laissait pas deviner à quel point le groupe excelle dans la création d’ambiances contrastées. À l’intérieur d’une chanson comme Even The Darkness Has Arms, par exemple, on a entendu la guitare produire des sons évoquant la musique traditionnelle irlandaise, laquelle a été relayée par la «pedal steel», qui a elle-même cédé la place à hymne country-folk où la voix de Brad Barr a emprunté un débit similaire à celui de Paul Simon. Tout ceci en l’espace d’une dizaine de minutes.

À cet extrait du disque précédent, Sleeping Operator, opposons un titre récent, Song That I Heard. Cette fois encore, on aurait dit une courtepointe, mais sur des tons plus doux. Guitare acoustique pour une intro folk. Voix haut perchée du chanteur, vite appuyé par celui qui avait assuré la première partie avec aplomb, Jesse Mac Cormack. Ils ont fait des harmonies ensemble dans un micro dont le pied était paré de lumières de Noël, ce qui évoquait l’image d’une soirée au coin du feu. Ajoutez un peu de «slide» et ça donnait un match parfait, guimauves en moins.

Autre réussite, It Came To Me a permis aux musiciens d’afficher franchement leurs couleurs rock, alors que les mots prononcés par Brad Barr donnaient l’impression de sortir d’un porte-voix. Les arrangements sont devenus très denses, puis la guitare électrique s’est mise à gronder, prélude à une finale frénétique que le public, très éveillé, a saluée avec enthousiasme.

Comme sur le nouvel album, il y avait une harpe sur la scène et elle a justifié sa présence sur Half Crazy, plus spécifiquement au tout début, à la faveur d’un duo avec la guitare de Brad Barr. Elle avait quelque chose d’asiatique, tandis que l’as du manche distillait des notes empruntées au blues. Ce fut suffisant pour exciter les spectateurs, mais pas autant que les élans hendrixiens qui ont suivi, jumelés à une intervention spectaculaire du batteur. Ça correspondait à l’idée qu’on se fait d’un dérapage contrôlé.

D’autres perles ont été enfilées, notamment Love Ain’t Enough en fin de programme, ce qui a amené le chanteur - homme de tous les talents - à sortir sa voix de fausset. Le menu avait été copieux, mais c’est quand même à regret que le public a pris congé des Barr Brothers. Il faut juste espérer que le prochain album sorte promptement et qu’en dépit de la modeste assistance, le groupe ait toujours envie de traverser le parc des Laurentides. De la belle visite comme ça, on en prendrait n’importe quand.