Marc-André Grondin dans le film Les affamés, de Robin Aubert.

Les affamés, plus qu'un exercice de style

CRITIQUE / Les affamés représente un objet de curiosité au sein de notre cinématographie. Un film de zombies réalisé au Québec, dans notre forêt à nous, avec des personnages aussi québécois que Maurice Richard ? Ça prenait Robin Aubert pour succomber au désir de peupler l’écran de morts vivants et, surtout, de faire de cet exercice de style un objet de plaisir.

Il a tourné ce long métrage à Ham-Nord, son coin de prédilection, afin de vivre l’équivalent d’un trip de p’tit gars. Oui, il y a un contexte qui confine à la tragédie, celui d’une région où les gens qui n’ont pas encore été contaminés sont aux abois. Une morsure, en effet, et ils rejoindront le monde parallèle de ceux qui hurlent à la lune en érigeant de drôles de monuments faits de chaises ou d’objets empilés les uns sur les autres.

On comprend que la zone touchée est isolée du reste du Québec et que l’État n’est plus d’aucun secours, d’où la tension permanente avec laquelle doit composer le personnage incarné par Marc-André Grondin. Ce jeune homme considéré comme le « loser » de sa famille, dont la vie sentimentale s’apparentait à une suite d’occasions ratées, perd d’ailleurs son compagnon d’infortune dès les premières minutes.

Peu à peu, cependant, on le voit réuni à une femme dont le statut est douteux, puisqu’elle a été blessée à la main. Une fillette se joint à eux, puis deux dames âgées, un ado et un vieil homme qui a dû liquider sa femme parce qu’elle s’était transformée en zombie. Il est triste, mais pas longtemps, puisque la meute menace de le rattraper à travers bois.

Face aux zombies, la petite famille que forme le groupe de survivants ne fait manifestement pas le poids. On se dit que toute résistance est futile, mais à petites touches, Robin Aubert montre de quelle manière s’installe une forme de résilience. Ainsi, le personnage de Marc-André Grondin fait des farces plates qui incitent sa compagne d’infortune à le rabrouer, ce qui constitue une manière de se ramener dans la normalité.

La fuite vers un bunker censé offrir un minimum de sécurité au groupe représente un autre signe que l’espoir meurt difficilement. Se nourrissant de cornichons en pot, une image qui fait sourire au même titre que la solidarité qui les anime, les rescapés vont au bout de leurs capacités physiques tout en réalisant qu’à chaque détour, leur destin risque de basculer. 

Notons, à cet égard, que les images captées en forêt sont éloquentes. Les arbres aux branches dénudées, dont on a le sentiment qu’ils sont aussi malades que le gros de la population, inquiètent autant qu’une nuée de corbeaux chez Hitchcock. Le problème est que même un pick-up ne constitue pas un abri digne de ce nom, pas plus qu’une maison défendue à la pointe du fusil. Comment faudrait-il de balles pour venir à bout d’une masse aux yeux exorbités ?

Le plus étonnant est qu’en dépit du caractère extraordinaire de cette histoire, on s’attache aux personnages. On veut qu’ils sortent intacts de cette aventure improbable, ce qui témoigne du fait que Les affamés représente un vrai film, pas juste un exercice de style. Derrière l’horreur, les visages déformés, le sang qui coule abondamment, en effet, se profile un bout de l’âme humaine.