Le pianiste Philippe Prud’homme et la violoniste Chloé Chabanole ont démarré la soirée avec une pièce de Ravel.

L’église Notre-Dame a vibré

Seconde proposition audacieuse à la 12e édition du Rendez-vous musical de Laterrière, alors qu’une immersion dans l’influence américaine de grands compositeurs a été offerte aux mélomanes présents. La proposition, amplifiée par l’acoustique de l’église Notre-Dame-de-Laterrière, a touché droit au but. Les ensembles diversifiés, de grand talent, ont montré une définition peu usuelle de l’American Song book, mercredi.

Habituellement lié à la période musicale folle (swing, jazz) de nos voisins du Sud précédant l’arrivée du rock n’roll, ce répertoire a toutefois été, pour l’organisation de l’évènement laterrois, une occasion d’offrir un registre perché sur un amalgame de compositeurs européens contaminés par les rythmes américains ayant envahi le Vieux continent au tournant du 19e siècle. Ce fut fait, sans oublier l’un des grands compositeurs étatsuniens, Samuel Barber.

« Inévitablement, avec les relations incessantes entre les continents, la musique classique s’est imprégnée de la culture américaine et autochtone. Quelque chose arrivait définitivement en cet âge d’or, et il nous fallait le souligner », a lancé David Ellis, présidentdes Rendez-vous et directeur de la programmation.

Le théâtral pianiste Philippe Prud’homme et la délicate violoncelliste Chloé Chabanole ont brisé la glace en interprétant la sonate no.2 de Ravel, dont le titre (et les influences) du deuxième mouvement allaient droit au but avec Blues: Moderato. Les mélodies joueuses, peu usitées au classique, laissait aux oreilles le soin de faire le parallèle avec les racines afro-américaines. Courbé sur le clavier, le pianiste a bien fait sortir les syncopes alors que les deux instruments se perdaient souvent l’un dans l’autre, au bonheur des mélomanes présents devant eux.

Le discret chef d’orchestre et révélation Radio-Canada musique classique 2018-2019 a par la suite pris place aux côtés de Philippe Prud’homme afin d’entamer une ode à quatre mains de Samuel Barber, compositeur américain. Le rendu cinématographique, particulièrement lors de Hesitation tango, a conquis l’audience, tout comme la finale aux tonalités vibrantes.

Tel un récit raconté
Ellis est demeuré devant les touches afin d’offrir, en complicité avec le violoncelliste Blair Lofgren, un morceau d’un des seuls compositeurs de musique classique ayant fait carrière à Hollywood, Erich Wolfgang Korngold. Tout en saccades démarrée, sa suite Much ado about nothing a montré ce qu’il en ressort lorsque les cordes verticales s’unissent à celles horizontales, dans un éblouisant mélange de précision, de savoir-faire et de rendu. La dimension en sortant s’apparentait à une histoire brillament livrée.

Puis l’instrument vocal fut à l’honneur en la personne de la mezzo soprano Lysianne Tremblay, qui en compagnie de Prud’homme, a livré en duo une version méconnaissable de Mack the Knife, variant entre l’allemand et l’anglais. Emporté, le pianiste a malheureusement pris trop de volume sur la chanteuse, qui a par ailleurs elle-même fermé le couvercle avant le début de Summertime de Gershwin. La sonorité cabaret, dans laquelle le public a rapidement claqué des mains, a rapidement redonné le lustre aux deux musiciens.

Retour percutant
Le retour de l’entracte fut marquant: disposés en un demi-cercle séparé par le violoncelliste Lofgren, violons et altos ont offert une inoubliable prestation du Quintette op.97 du slave Dvorak. Percutante, l’oeuvre à la sonorité gigantesque, répercutée dans la sacristie de l’église, a résonné en chacun des spectateurs éblouis devant tant de justesse. Notre-Dame de Laterrière semblait toute petite à vibrer de si grandes envolées livrées par vingt cordes à l’unisson.