Directeur des communications et du marketing au Théâtre La Rubrique, Philippe Joncas affirme que la compagnie jonquiéroise partage les inquiétudes exprimées par le dramaturge Olivier Kemeid dans une lettre ouverte adressée à la ministre Nathalie Roy.
Directeur des communications et du marketing au Théâtre La Rubrique, Philippe Joncas affirme que la compagnie jonquiéroise partage les inquiétudes exprimées par le dramaturge Olivier Kemeid dans une lettre ouverte adressée à la ministre Nathalie Roy.

Le théâtre, grand oublié de la relance: La Rubrique en appui

Le Théâtre La Rubrique s’associe à la lettre ouverte rédigée par le dramaturge Olivier Kemeid, dans laquelle il demande à la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Nathalie Roy, de rencontrer des représentants du milieu théâtral afin de planifier la reprise de leurs activités. Ici comme ailleurs dans la province, en effet, le flou actuel se révèle préjudiciable. Il est difficile, voire impossible, de préparer une saison de spectacles quand on vit sous le règne de la rumeur.

« Nous sommes inquiets parce que le milieu théâtral n’est pas consulté au sujet du plan de relance, a souligné Philippe Joncas, directeur des communications et du marketing, au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. Ne ne savons pas à quel moment nous pourrons rouvrir les salles, ni quelles mesures sanitaires il faudra mettre en place. Quant aux sièges, disposera-t-on de 25 % ou moins encore ? Les informations arrivent au compte-gouttes. »

La Rubrique se sent doublement interpellée, vu son statut de diffuseur, superposé à celui de producteur. Dans ce dernier cas, la liste des zones d’ombre semble infinie. Elle embrasse la confection des costumes, plus spécifiquement les conditions d’essayage, autant que la façon dont les comédiens négocieront - ou non - avec la norme des deux mètres. Ce ne sera pas un luxe que d’avoir l’heure juste à ce propos, vu l’ampleur de sa prochaine création.

En septembre, en effet, la compagnie entend présenter Batalos, le chant du bègue, une pièce de Martin Giguère. Comme celui-ci partagera la scène avec 13 interprètes, on comprend qu’il s’agit d’un projet majeur nécessitant des balises claires. « Si, au moins, on pouvait commencer à préparer la pièce, ça donnerait du travail aux comédiens et aux autres membres de l’équipe. Mais c’est impossible parce qu’on n’a rien de tangible », déplore Philippe Joncas.

Dépassé, le théâtre ?

Une autre question se profile en filigrane, qui alimente les inquiétudes. Elle tient au biais qu’afficherait le Conseil des arts et des lettres du Québec au sujet de l’avenir du théâtre. La multiplication des diffusions sur le Web, depuis le début de la pandémie, conforterait l’idée que c’est dans cette direction que devraient s’engager les créateurs.

« Il y a ce discours sournois, latent, à l’effet que le théâtre est dépassé, fait observer Philippe Joncas. Or, sa force est de rassembler les gens et de les épater par du réel. Ça peut être des comédiens qui ont appris leur texte par coeur et qui, pendant une heure, le réciteront sans se tromper. Ou encore une marionnette qui provoquera l’étonnement. Il sera d’autant plus grand qu’on sait qu’elle n’est pas virtuelle. »

Il fait sienne l’affirmation d’Olivier Kemeid, qui a écrit que le théâtre se réinvente depuis 2500 ans, et ne voit pas comment on pourrait lui substituer des créations numériques sans le dénaturer. « Ce n’est pas la panacée. Ça “patche” le bobo, mais ça ne guérit rien. Si on utilise une caméra, ça devient autre chose. Du cinéma », soutient le représentant de La Rubrique.

Il encourage donc les personnes épousant des vues similaires à celles de la compagnie jonquiéroise à apposer leur griffe sur la pétition. Pour y avoir accès, il suffit de se rendre sur le site Internet de La Rubrique, ou encore sur sa page Facebook. « À l’échelle du Québec, le nombre de signatures a atteint 16 000 en deux jours », se réjouit Philippe Joncas.