Le photojournaliste Renaud Philippe a passé plus de quatre semaines au Soudan du Sud pour réaliser cette série de clichés.

Le Soudan du Sud dans le viseur

Depuis que le Soudan du Sud a déclaré son indépendance en 2011 et qu’un conflit a éclaté en 2013, forçant plus de trois millions de personnes à l’exil, l’Occident a peu entendu parler de ce jeune pays africain. Quand l’Organisation des Nations unies a déclaré l’état de famine au début de l’année, le photojournaliste de Québec Renaud Philippe a tout de suite voulu s’y rendre pour montrer au monde le quotidien des Sud-Soudanais.

Jusqu’au 12 novembre, son exposition Unité - Le Soudan du Sud est présentée dans le bâtiment 1912 de la Pulperie de Chicoutimi durant le Zoom Photo Festival Saguenay. Renaud Philippe a passé un peu plus de quatre semaines dans l’État d’Unité en avril et en mai derniers, là où la famine s’est fait sentir en premier. Autant les rebelles que le gouvernement utilisent la faim comme une arme pour combattre la faction adverse. Plusieurs photographies ont été prises au camp de réfugiés de Bentiu, qui est le deuxième lieu le plus peuplé après la capitale de Juba.

« Quand j’ai vu le cas du Soudan du Sud aux nouvelles, ça m’a rappelé les images de l’Éthiopie dans les années 70. Je ne pouvais pas croire qu’on parlait encore de famine en 2017, s’indigne Renaud Philippe. Et là, c’est une famine causée par l’homme, pas la sécheresse. »

Le photojournaliste propose une série généraliste d’une vingtaine de clichés, mais il s’attarde aussi à l’histoire personnelle des gens rencontrés sur son passage. À travers les traces de la guerre civile et la misère des abris de fortune, les portraits de ces Sud-Soudanais exilés sont sans doute les plus touchants. Par exemple, cette femme qui a passé des jours à parcourir les marécages avec ses cinq enfants avant de trouver refuge sur une île.

« Ce sont toutes des personnes avec qui j’ai partagé des moments, explique Renaud Philippe. Pour bien raconter, il faut connaître. C’était facile d’entrer en contact avec eux, car je collaborais avec des organisations non gouvernementales sur le terrain. Ces gens comprennent que s’ils sont pris en photo, c’est pour sensibiliser le monde. On a le devoir ensuite de diffuser les images le plus possible. »

Le photojournaliste est conscient que son travail ne changera pas directement la vie des Sud-Soudanais qu’il a croisés, mais qu’il peut influencer la pensée de ceux qui verront ses clichés. Le soutien passe par les organismes, qui sont dépendants de la générosité de la population. Renaud Philippe a préparé son voyage au Soudan du Sud avec la Coalition humanitaire canadienne et a suivi les intervenants de CARE et de Oxfam sur le terrain.

« Le plus difficile, c’est de planifier les déplacements. Il faut que ce soit sécuritaire. Une fois, ça m’a pris quatre jours pour faire une cinquantaine de kilomètres. J’ai fait trois vols d’hélicoptère. Il faut apprendre à gérer ses pulsions, car comme photographe, on a toujours envie de faire plus. Ce n’était pas mon but non plus d’aller sur les lignes de front », raconte le diplômé de l’Université Laval en journalisme. Il y a d’ailleurs une brumeuse vue aérienne dans l’exposition.

Renaud Philippe retient la résilience et la solidarité des Sud-Soudanais, qu’on voit notamment dans l’image de jeunes jouant au ballon. Le père de deux enfants pense déjà à un prochain projet lié à l’actualité, alors que la minorité ethnique des Rohingya en Birmanie est forcée de s’exiler au Bangladesh.

« Je n’ai pas manqué une seule édition de Zoom depuis les débuts, et le festival a contribué à faire grandir la communauté de photojournalistes au Québec. Même si ce n’est pas facile dans le monde des médias présentement, je fais partie des optimistes. Il y a d’autres moyens de financement. Dans mon cas, la compagnie Fujifilm m’a beaucoup aidé », souligne Renaud Philippe.

Son oeuvre a paru, entre autres durant sa carrière, dans le National Geographic, le New York Times et Le Devoir.