Alexis Aubin présente Une terre mutilée dans le cadre de Zoom Photo Festival Saguenay. Ses photos exposent la situation des démineurs et des victimes des mines antipersonnel en Colombie.

Le sinistre legs des mines antipersonnel

Un militaire privé d’une jambe. Un homme amputé des deux mains. La mort d’un garçon de six ans. Les mines antipersonnel ont fait des milliers de victimes en Colombie. Aujourd’hui, des démineurs travaillent à en débarrasser le territoire. La tâche est colossale. Les risques importants.

Les clichés d’Alexis Aubin ont été les premiers à être présentés au public de Zoom Photo Festival Saguenay, mercredi soir. La huitième édition de l’événement a été lancée avec le vernissage de son exposition à la bibliothèque de Chicoutimi. 

Une terre mutilée, présentée pour une première fois en sol canadien, expose le sinistre legs de plus d’un demi-siècle de guerre civile en Colombie, les mines antipersonnel. 

« La Colombie est le deuxième pays le plus touché par les mines antipersonnel après l’Afghanistan. Selon les chiffres de l’État, 11 500 personnes ont été blessées ou tuées par des mines. Le président a pris l’engagement de déminer le pays d’ici 2020. Dire que c’est ambitieux est un euphémisme, mais un grand travail est fait en ce moment », témoigne Alexis Aubin. 

À travers 25 images, le public peut voir les démineurs dans leur quotidien et sur le terrain, mais aussi des victimes. 

« Les documents qui fournissent de l’information existent déjà. Le devoir de la photographie, c’est de faire sentir les émotions et de montrer les choses que les documents ne vont pas donner. Il faut toucher et informer », estime le photographe. 

Alexis Aubin, originaire de Montréal. a vécu en Colombie pendant 18 mois. Il œuvrait pour une ONG qui a obtenu l’accréditation pour déminer au cours de son séjour. Il a ainsi pu suivre ceux qui font du déminage humanitaire. 

La plupart des clichés ont été pris il y a quelques mois à peine, au printemps 2017. « J’avais l’ambition de présenter le portrait global de la problématique. Je voulais traiter autant l’impact sur la population civile que le travail fait pour déminer la Colombie. »

Une photo troublante montre une carte utilisée dans un atelier éducatif sur les risques des mines antipersonnel. Les enfants doivent mettre des crânes aux endroits où il y a des risques de présence de mines terrestres. 

« Sur place, les gens sont conscients des risques. Ils déminent leur propre territoire parce qu’il y a une sorte de dévotion. Des gens veulent changer le pays dans lequel ils vivent pour le meilleur, mais il y a aussi une question d’opportunité de travail », estime celui pour qui le reportage est l’amalgame de sa fascination pour l’Amérique latine, ses études en sciences sociales et sa passion pour la photo. 

Une terre mutilée a été présentée dans un festival colombien, la semaine dernière. « Je l’ai présenté à un public touché directement et la réponse a été super bonne. C’était important pour moi qu’il n’y ait pas de prise de parti dans mon travail », souligne celui qui compte retourner en Colombie dès cet hiver.