Philippe Brach vient de lancer Le silence des troupeaux, un troisième opus qu’il a produit lui-même.

Le silence des troupeaux: la «claque dans la face» de Brach

Philippe Brach crée sans compromis. Pour lui, chaque petit détail a sa raison d’être. Fidèle à ses convictions, il a choisi de produire lui-même son troisième album, un opus qu’il voulait présenter rapidement, mû par l’urgence de passer un message.

Ceux qui croyaient bien connaître Philippe Brach seront encore surpris. Le silence des troupeaux, le nouvel album de l’auteur-compositeur-interprète qui se retrouve sur les tablettes depuis le 3 novembre, réserve son lot de surprises. 

Philippe Brach a d’abord publicisé une photo léchée et présenté une pièce en collaboration avec 2Frères et Paul Daraîche pour promouvoir l’album à paraître. Pourtant, rien de tout ça ne se retrouve sur l’opus. Il souhaitait amener les gens ailleurs, avant de leur offrir sa vraie proposition. 

« Je voulais sortir un truc pour diverger avec le vrai album, faire quelque chose de plus commercial où je joue avec l’image. »

L’exercice n’était pas sans fondement. Le rapport à l’image, c’est ce dont il est question dans Le silence des troupeaux. 

« Ça parle beaucoup du regard qu’on porte face à nous-mêmes et de l’importance qu’on accorde au regard des autres. On est une génération accro aux médias sociaux. On vit dans le regard des autres. Tout le monde est conscient de l’image qu’il dégage, estime-t-il. C’est une prise de conscience. » 

Philippe Brach a créé l’album rapidement, au retour d’un voyage au Pakistan. Un sentiment d’urgence s’est emparé de lui. « Chaque seconde qui passait était une seconde perdue pour passer le message. » 

Il a conçu Le silence des troupeaux avec tout ce qu’il avait mis de côté.

« J’ai fait une tournée de 125 “shows” avec le précédent album. J’ai pris l’argent des spectacles, des droits et des apparitions télé et j’ai tout réinvesti dans mon nouvel album. Je suis revenu à zéro, affirme-t-il. J’ai fait des demandes de subventions, mais je n’ai pas eu de réponse encore. Ça se peut que je n’en aie pas. Je suis correct avec ça. Je sais qu’une nouvelle tournée s’en vient. La seule chose qui a pris le bord, c’est mon projet d’acheter une maison dans le bois », affirme-t-il. 

Peu importe l’investissement monétaire, Philippe Brach tenait à produire son album, comme il l’a fait pour les deux précédents. 

« Je suis tellement “control freak”. J’ai besoin d’avoir le contrôle », admet-il simplement. 

L’auteur-compositeur-interprète ne fait pas dans la demi-mesure. Un orchestre de 43 musiciens dirigé par le Saguenéen d’origine Nicolas Ellis joue sur l’album, en plus de deux chorales de 20 personnes. « La maison de production aurait pu embarquer là-dedans, mais on m’aurait sûrement suggéré de me contenter de 20 musiciens et de leur faire faire deux partitions chacun. C’est peut-être une approche puriste, mais je trouve que ça sonne différent. Parfois, un détail coûte cher, mais pour moi, c’est important qu’il soit là. »

Qu’importe les montants en jeu, Philippe Brach ne s’inquiète pas pour la suite. 

« Je n’ai pas l’intention de m’arrêter. J’ai encore plein d’idées. » 

Pourtant, il sait bien que les disques ne se vendent plus comme avant. Il a même poussé l’audace jusqu’à proposer une pochette où son nom n’apparaît pas et où son visage a été transformé en un hybride entre homme et animal. « Normalement, la pochette fait vendre l’album, mais les CD se vendent de moins en moins. Les gens qui se rendent dans les magasins de disques et qui choisissent un album sur place, il n’y en a plus. J’ai donc décidé d’aller ailleurs. Ceux qui vont vouloir acheter le disque vont le faire quand même », explique celui dont l’album bénéficie de critiques unanimement positives. 

« Je croyais que les critiques seraient plus mitigés, admet-il. C’est un album en plusieurs couches qui devient de plus en plus accessible d’écoute en écoute. C’est un album très court. Je voulais que ce soit comme une claque dans la face, décrit-il. C’est très cinématographique. Pour la première écoute, ce n’est pas le genre de disque à écouter en voiture. Il faut l’écouter avec des écouteurs. »

Philippe Brach amorcera sa tournée au début du mois de février prochain. Il sera d’ailleurs de passage au Côté-Cour de Jonquière les 23 et 24 mars 2018. « On m’avait proposé une plus grande salle, mais le Côté-Cour m’a donné ma première chance. À l’époque, il ne pouvait pas se douter qu’il venait de créer un monstre. »