Le romantisme vu par le pianiste Jean-michel Dubé

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
En avril, Jean-Michel Dubé prévoyait donner son premier concert dans la région depuis qu’il y a élu domicile. Cet événement devait se dérouler au Conservatoire de musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais en raison de la pandémie, il a été annulé. Qu’à cela ne tienne, le thème que souhaitait aborder le pianiste, le romantisme, de Beethoven à André Mathieu, se trouvera au coeur du programme défendu le 27 août, à 19h30, à la chapelle Saint-Cyriac.

«Ce sera du bonheur, surtout que le solo est le format où je suis le plus à l’aise. Comme j’ai profité de la pause pour apprivoiser du nouveau matériel, je vais interpréter pour la première fois la Sonate pathétique de Beethoven. Il a été un précurseur du romantisme et cette composition émane de sa période de transition, ce qui correspond au moment où la surdité a commencé à l’affecter», a relaté le musicien lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Il ajoute que ce monument du répertoire a été écrit en do mineur, comme la 5e symphonie. « Chez lui, c’est une tonalité existentielle. Il y a l’idée que le destin frappe à sa porte, fait observer Jean-Michel Dubé. Je désirais jouer cette sonate depuis longtemps, parce que c’est puissant et parce que Beethoven est mon compositeur favori. »

Sauf imprévu, il ouvrira le concert avec cette oeuvre, tandis que la finale épousera les couleurs de la Vallée d’Obermann.

Le pianiste Jean-Michel Dubé a hâte de présenter son premier concert solo dans la région depuis qu’il y a élu domicile. Cet événement aura lieu le 27 août, à 19h30, à la chapelle Saint-Cyriac.

Ce titre de Franz Liszt l’accompagne depuis huit ans déjà. Truffé de difficultés techniques, il a été présenté dans différentes compétitions internationales. L’une de ses propriétés est qu’à chaque interprétation, de nouvelles possibilités apparaissent. En prime, la trame narrative, celle d’un homme qui ne voit plus de sens à sa vie avant de retrouver l’espoir, pose un défi stimulant.

«Pour moi, c’est l’oeuvre d’une vie, puisqu’il faut raconter cette histoire qui cadre bien, je trouve, avec la situation actuelle. Je dois me mettre dans la peau du personnage et je sais, pour y avoir joué il y a quelques mois, que cette oeuvre magistrale va bien sonner à l’intérieur de la chapelle, anticipe Jean-Michel Dubé. En raison de la réverbération, on n’a pas besoin de forcer pour que ça résonne.»


« Ce sera du bonheur, surtout que le solo est le format où je suis le plus à l’aise. Comme j’ai profité de la pause pour apprivoiser du nouveau matériel, je vais interpréter pour la première fois la Sonate pathétique de Beethoven. »
Jean-Michel Dubé

Le romantisme, c’est aussi Brahms, qui sera représenté par deux de ses Intermezzo. Le pianiste fera également honneur à Schubert, dont il maîtrise l’intégrale des Impromptus. Deux seront proposés à Lac-Kénogami, mais comme lui-même le souligne, le problème consiste à choisir lesquels. Enfin, il renouvellera ses fréquentations avec l’oeuvre d’André Mathieu en reprenant Printemps canadien, une pièce écrite à l’âge de 12 ans.

Trois albums, dont un qui a été enregistré aux côtés des Violons du Roy, témoignent de son attachement envers le compositeur québécois. «Il y a toujours une place pour Mathieu dans mes concerts, y compris en Europe, où ça m’a aidé à me faire connaître. Cette fois-ci, je présenterai une pièce qui remonte à la période où il était influencé par Rachmaninoff», annonce Jean-Michel Dubé.

Les billets sont offerts au coût de 25$. En raison des normes sanitaires, le nombre de places à la chapelle a été limité à 75. Pour réserver, il suffit de téléphoner à André Fradet, au 581 235-8540.

Jean-Michel Dubé devrait débuter son concert avec la <em>Sonate pathétique</em> de Beethoven.

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À L'INTERNATIONAL: MOINS DE CONCERTS, PLUS DE CONCOURS

«Depuis le début de la pandémie, j’ai perdu 36 concerts, ce qui couvre une période s’étendant jusqu’au mois de décembre. Quand on a l’habitude d’en donner un par semaine et qu’on tombe à rien, c’est dur, parce qu’il s’agit d’un besoin viscéral. J’aime partager cette musique extraordinaire», affirme le pianiste Jean-Michel Dubé.

Au Québec comme ailleurs dans le monde, les événements où on attendait plus de 250 personnes sont disparus de son agenda. Quant aux programmes livrés aux côtés d’un orchestre, la plupart ont été décalés jusqu’à la saison 2021-2022, dans l’espoir que la crise sanitaire aura eu le temps de se résorber.

Une fois le choc absorbé, le jeune musicien, qui voyait sa carrière de soliste prendre un tour prometteur, a adopté une nouvelle stratégie. Vu que du temps s’est libéré, il a pris la décision de participer à un certain nombre de concours internationaux. Ils lui permettront de faire d’une pierre deux coups.

«Les compétitions, ce n’est pas une obligation, mais ça aide à faire carrière à l’international. Elles donnent l’occasion de maîtriser du nouveau répertoire et on ne sait jamais qui se trouve dans la salle. On peut faire des rencontres importantes», fait valoir le pianiste saguenéen, qui s’est notamment distingué au German Piano Open, où on lui a attribué le Prix spécial.

Pour illustrer comment le facteur humain peut jouer, il raconte comment sa route a croisé celle d’Evgueni Kissin, en septembre 2019. Ce n’était pas à la faveur d’un concours, mais le principe est le même. Grâce à une dame proche du Club musical, une série prestigieuse présentée à Québec, Jean-Michel Dubé a eu le privilège de rencontrer son illustre collègue.

« Il m’a donné un cours privé à Paris, où je suis arrivé avec la Vallée d’Obermann, une pièce de Liszt avec laquelle je suis familier. Ce fut du perfectionnement à l’état pur », s’émerveille le jeune pianiste. 

Non seulement a-t-il appris des choses, mais l’un des solistes les plus réputés de son époque, tant sur la scène que par le disque, connaît maintenant son existence.

Pour revenir aux compétitions, elles le mèneront en France et en Italie, d’ici le printemps 2021. Il souhaite également s’inscrire au Concours Beethoven, qui aura lieu la même année, à Bonn, en Allemagne. « Juste pour aller là, il faut maîtriser huit heures de répertoire qui couvrent quatre épreuves. C’est immense », décrit Jean-Michel Dubé, enthousiaste à l’idée de se frotter à un tel défi.